L’application Zyl, anciennement Comet, aide les photographes du smartphone à gérer leurs photos. Suppression des doublons, aide à la création d’album photos – collaboratifs ou non – et proposition de souvenirs. La Start-up se voit un avenir à la Zen.ly. Deux propositions de rachat lui ont déjà été présentées. Pour l’instant, c’est non. Mathieu Spiry, et son équipe de 16 personnes, compte bien peaufiner l’appli. Le produit fonctionne avec une intelligence artificielle capable de connaître vos goûts presque mieux que vous-même.

« Espace insuffisant ». Une petite alerte qui sonne comme un couperet. Il va falloir trancher : trier, télécharger, ou pire, supprimer. Prendre des photos est devenu pour beaucoup une habitude. Si la photographie était jusqu’à présent un loisir pratiqué plus ou moins en dilettante, avec le smartphone, c’est devenu une habitude. Une étude Deloitte (pour l’année 2016) montrait que 82% des utilisateurs prennent régulièrement des photos avec leur téléphone mobile. Quand on sait que 77% des Français possèdent un smartphone (toujours selon la même étude), cela en fait des photos à stocker et à partager entre amis, famille ou collègues. 

« En 2012, je me marie. Mes amis m’organisent un EVG [enterrement de vie de garçon], on s’amuse, on prend tous des photos, et puis, impossible de créer des albums partagés. » Voilà, pour la petite histoire. Mathieu Spiry, trentenaire souriant à marinière sur le dos, raconte la genèse, bien en amont de la naissance de Comet en 2015. Depuis, la Comet s’est transformée en Zyl. Cette application de gestion de photos intelligente, disponible sur iOS et Android, permet désormais de supprimer les doublons, de créer des albums partagés, suggère la création d’album en reconnaissant des unités de date et de lieux, et le tout en respectant la vie privée. Cerise sur le gâteau, une petite madeleine de Proust quotidienne : l’entreprise travaille sur une fonctionnalité qui permettra à l’intelligence artificielle de venir piocher dans de vieilles photos pour les mettre sous le nez de l’utilisateur. Un peu à la manière de Facebook. 

Amis entrepreneurs

En 2012, à l’émergence de l’idée, Mathieu et Aurélien, sont comme deux doigts de la main, à la tête de leur deuxième entreprise. Amis d’enfance, ils bidouillent des ordinateurs en revendant à leurs camarades de classe des composants achetés à Montgallet. Puis ils intègrent évidemment ensemble une école d’ingénieur post Bac à Villejuif. Tout commence en 2008. « Mon frère jumeau, (photo du frangin à l’appui pour attester la parfaite ressemblance) était en première année de médecine et galérait à faire à la main ses feuilles de QCM pour préparer ses exams », mime Mathieu. Ni une, ni deux, les deux amis viennent en aide à l’étudiant en créant, à 21 ans, une plate-forme de e-learning. Les futurs médecins s’en emparent. En 2010, Mathieu et Aurélien, poursuivent leurs études, l’un à Audencia, et l’autre à Stanford, et mettent donc fin à cette première aventure entrepreneuriale, malgré 30 000 euros de chiffre d’affaires par an.

« Aurélien, c’est le geek absolu », s’amuse Mathieu Spiry. Pour preuve, pour ses trente ans, le jeune homme a construit un bar autonome avec QR code et pièces en 3D. Deuxième association, en 2011, dès la fin de leurs études, les deux jeunes hommes montent une agence digitale. Ils développent des applications web et mobile pour des clients côté métier. En 2015, après la perte de leur principal et tout premier client, Chanel, ils décident de fermer boutique et de se concentrer sur cette affaire d’album partagé.

La marque blanche comme modèle économique  

L’intégration d’Orange Fab, accélère la croissance de Comet qui lève 250 000 euros auprès de bpifrance et de Scientipôle et de sept business angels (ils ont depuis levé 1 millions et préparent une troisième levée). Surtout, l’étoile naissante des start-up est repérée en 2016 par Roland-Garros qui signe un contrat en marque blanche pour permette à ses salariés de partager leurs photos pendant l’événement. Même chose avec Coca-Cola qui achète la prestation pour ses employés durant l’Euro 2016. « Nous n’avons pas imaginé ce modèle économique, il nous a été suggéré », avoue Mathieu Spiry.

Un modèle économique que l’équipe, passée de 5 à 16 employés en un an, a bien étoffé depuis : En plus de cette possibilité données aux marques d’acheter la fonctionnalité d’album partagé en marque blanche, les Zyl event facturés aux entreprises à la prestation, la start-up proposera dès décembre une formule Zyl at work. Dans l’esprit qualité de vie au travail (QVT), les entreprises permettront à leurs salariés des albums collaboratifs dans lesquels l’intelligence artificielle viendra se servir pour proposer des photos sur slack ou la messagerie utilisée en commun par les salariés. Drivy, ManoMano et DayUse testent déjà la première mouture.

Car pour le consommateur lambda, en B2C, l’application est gratuite. Zyl compte proposer la possibilité d’imprimer les photos, avec l’aide d’une autre entreprise, Cheerz. Pour l’instant, la jeune pousse compte 200 000 utilisateurs, mais espère un million en 2018. « Un quart de nos nouveaux utilisateurs viennent chez nous par le biais d’un album partagé », indique Mathieu Spiry.

Espace de stcokage

« Nous avons demandé à nos premiers utilisateurs ce qu’ils pensaient de l’appli, raconte Mathieu Spiry. Tous sont revenus avec un problème : le stockage. » Deux solutions : Zyl détecte les doublons, et propose à l’utilisateur, en lui laissant la main, les photos à conserver ou à supprimer. Autre solution, faire appel au cloud (les serveurs d’Amazon) dans lequel toutes les photos seront rapatriées, laissant la mémoire du portable tranquille.  

 Dans tous les cas, stockage sur le téléphone ou dans le cloud, Zyl l’assure : « nous sommes extrêmement attentifs au privacy by design ». En clair, aucune donnée n’est stockée dans les serveurs de Zyl. Tout est dans le téléphone de l’utilisateur qui peut même sécuriser ses albums par un mot de passe. De beaux efforts en terme de respect de la vie privée et des données personnelles. Le contraire, pour une app qui permet de faire des albums que l’on ne veut précisément pas retrouver sur les réseaux sociaux, aurait été un comble. Et Mathieu Spiry se rêve déjà un avenir à la Zen.ly, cette application française rachetée en juin dernier par Snapchat. « Nous avons déjà été approché pour deux rachats, mais pour l’instant, c’est non ! Nous voulons améliorer le produit au maximum. Et puis, on s’amuse trop.»