Installé à Palo Alto depuis 2008, Michael Amar, maître-d’œuvre de la plateforme de promotion digitale Ifeelgoods, a décidé au cœur de l’été de revenir s’installer en France, redevenue à ses yeux une terre attractive et fertile pour les entrepreneurs. Notamment depuis le mois de mai dernier et l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République. Comme il le lui avait promis, sur le ton de la boutade, de revenir en France si Macron remportait l’élection, l’entrepreneur a tenu parole et « rapatrié » son entreprise la semaine dernière.

Pouvez-vous, dans un premier temps, nous présenter Ifeelgoods, structure que vous avez fondée en 2010, et ce qui constitue le cœur de son activité?


IFeelGoods est une plateforme de promotion digitale qui permet d’enrichir un programme de fidélité avec du contenu digital, de dédommager un consommateur mécontent avec une carte cadeau, d’implémenter une promotion offrant un cadeau digital. Cela permet ainsi, aux différents consommateurs et autres clients,  de bénéficier, via notre plateforme, de cadeaux « davantage au goût du jour » que la machine à café offerte par votre banque lorsque vous avez accumulé beaucoup de points fidélité par exemple. A la place, nous proposons, pour vous donner un autre exemple, un abonnement à Netflix ou encore des crédits sur iTunes. Nous travaillons aussi bien  en « B to B » qu’en « B to C » via une société dont nous avons fait l’acquisition l’année dernière et qui s’appelle « Ma Carte Cadeaux ».  Affichant déjà plus de 30 millions de récompenses distribuées dans le monde, la plateforme Ifeelgoods a développé les fonctionnalités les plus avancées pour offrir des cadeaux via le digital. Outre Apple et Netflix susnommés, Ifeelgoods travaille avec d’autres fournisseurs de cadeaux comme Amazon.com, Facebook ou encore le New York Times.

Vous avez récemment décidé de quitter la Silicon Valley, où vous étiez à titre personnel, pour revenir vous installer en France. Avant d’évoquer les raisons de votre départ, pouvez-vous revenir sur les causes de votre départ outre-Atlantique ?

Je venais de céder les trois sociétés – en 2007 plus précisément- que je détenais depuis 1994 à un acquéreur qui disposait d’un petit bureau de recherche et développement à Palo Alto. Je me suis alors dit que ce serait une excellente expérience de découvrir la Silicon Valley, ce qui était pour moi un rêve d’enfant. Et en même temps, au-delà de ces considérations plus personnelles, j’ai considéré qu’il s’agissait d’une formidable opportunité et d’un terrain fertile pour mes prochains projets. J’ai donc traversé l’Atlantique en 2008, tout en continuant à faire du conseil pour mon ancienne société, tout en réfléchissant à « la suite » et ma prochaine idée de business que j’ai pu « pitcher » à Facebook en 2010 qui m’a proposé une exclusivité sur mon produit si jamais je venais à me lancer. J’ai dit ‘banco’ et Ifeelgoods est sorti de terre cette année-là.

Après sept ans passés loin de la France, vous avez récemment décidé de revenir en France où, je cite, vous avez constaté « un impressionnant changement de mentalité » consécutif à l’élection d’Emmanuel Macron. Vous sentiez-vous davantage compris en tant qu’entrepreneur ?

Absolument. J’avais déjà eu la chance de le rencontrer, à un petit déjeuner avant même qu’il ne soit candidat, où je lui avais fait part des problèmes  que je rencontrais en tant qu’entrepreneur dans le digital. Si beaucoup de choses ont été réalisées, dans le bon sens, pour le financement des start-ups, l’acquisition de nouveaux clients, en revanche, s’avérait plus problématique. Je m’explique : nous avons comme clients plusieurs sociétés du CAC 40 qui nous payent à 90 jours tandis que nos fournisseurs, comme Apple par exemple, exigent d’être payés à l’avance. Nous nous retrouvons donc à financer des boites du CAC 40, ce qui relève de l’hérésie. Lorsque j’ai abordé ce sujet avec Emmanuel Macron, deux jours plus tard, il y a eu une demi-page dans La Tribune qui faisait état de ce problème. Alors, en effet, je me suis senti vértablement compris. Au regard de son « background », il a un positionnement différent sur l’entreprise par rapport à ces prédécesseurs, ce qui constituait un énorme changement.

Vous lui avez promis, par la suite, pendant la campagne, de « rentrer en France » si jamais il était élu président ?

Je n’étais pas complètement sérieux et pour vous dire la vérité je ne pensais pas non plus qu’il gagnerait. Mais j’ai, en effet, tenu cette promesse et je suis de retour en France, à Aix-en-Provence, même si je suis à Paris environ trois jours par semaine. Pour remettre les choses dans leur contexte, je ne suis pas parti en 2008 parce que je n’étais pas bien en France.  L’écosystème digital n’était pas vraiment structuré à cette époque. C’est par la suite, en revanche alors que je songeais déjà à revenir, que les choses se sont, à mon sens gâtées, l’épisode le plus révélateur étant la gestion du dossier Dailymotion. Les années Hollande ont été très perturbantes pour moi avec plusieurs sources d’incompréhension et autres mauvais choix économiques de la part de l’exécutif. Désormais la page est tournée et des initiatives comme Station F auront pour effet d’asseoir cette relation de confiance avec les entrepreneurs. Je pense qu’il faut encore plus d’initiatives de ce genre. Il faut également, je pense, se préparer, pas dans les dix ans à venir mais dans les prochaines années et cela a déjà commencé, à prendre définitivement le virage de l’Intelligence Artificielle. Il faut désormais être en mesure de former la population à ces nouveaux métiers. C’est l’un des enjeux à venir. Enfin, j’espère que le gouvernement ira plus loin que la loi Travail sous sa forme actuelle, (présentée ce jeudi ndlr), notamment en matière de souplesse de préavis des licenciements. Cela fait également partie des points intéressants à améliorer.