Littéralement mis en quarantaine par ses voisins du Golfe – et frappé au portefeuille par ces derniers -, le Qatar se cherche de « nouveaux alliés » sur le front économique et a profité de la visite du ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, pour exprimer sa volonté « d’accroître la coopération économique » avec Paris.

Dynamiser et développer les relations bilatérales. Tel était « l’ordre du jour » de la réunion entre le cheikh Mohamed ben Abderrahmane Al-Thani, ministre des affaires étrangères qatari et son homologue français, Jean-Yves Le Drian. Une manière pour l’émirat, mis au ban par ses puissants voisins du Golfe – Arabie Saoudite, Emirats Arabes Unis, Bahreïn et Egypte -, de colmater les brèches et renforcer ses relations avec Paris. Une façon également pour Doha de soigner son image écornée à l’international par ces accusations de financement d’organisations terroristes. Peinant à renouer le dialogue, le Qatar se tourne désormais vers d’autres interlocuteurs commerciaux comme la Russie, mais également la France.  « Ils ont des tentacules un peu partout, c’est étonnant » souligne Randa Slim, une experte du Middle East Institute, citée par l’AFP. Luxe, aéronautique, sport, médias… le Qatar a, en effet, tissé sa toile un peu partout dans le monde et dispose de « positions » économiques stratégiques aux quatre coins de la planète.

Pour ne citer que la France, l’émirat possède – via son fonds souverain Qatar Investment Authority (QIA), plusieurs fleurons, et non des moindres, comme le club de football du Paris-Saint-Germain, les magasins Printemps, la chaîne sportive BeIn Sports, ou encore le prestigieux hôtel Peninsula. Sans compter pléthore de prises de participation dans des grands groupes du CAC 40 comme LVMH, Total, Vinci, ou encore Vivendi. Autre « faveur » faite à Doha, depuis 2008, le Qatar et ses entités publiques sont exonérés d’impôt sur leurs plus-values immobilières effectuées en France. Une situation à laquelle Emmanuel Macron, alors simple candidat à l’Elysée, avait déclaré vouloir remédier.  Je mettrai fin, moi, aux accords qui favorisent en France le Qatar. Je pense qu’il y a eu beaucoup de complaisance, durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy en particulier », soulignait le 10 avril dernier le candidat Macron.

« Favoritisme fiscal »

François Bayrou, éphémère ministre de la Justice du premier gouvernement Philippe, avait également pointé du doigt les « faveurs fiscales » dont bénéficie l’émirat dans l’Hexagone « Sous la responsabilité de Nicolas Sarkozy, la République Française avait donné au Qatar un avantage fiscal incroyable. Est-ce que cette situation peut durer ? Je ne le crois pas. Je pense qu’il est très important qu’on ait en France une équité fiscale ». Mis en cause par François Bayrou, et donc Emmanuel Macron, l’ancien président de la République n’a jamais caché son amitié avec les plus hauts dignitaires de l’émirat. Présent à tous les matchs à domicile du PSG – son club de cœur passé depuis 2011 sous pavillon qatari – aux côtés du président du club, Nasser Al-Khelaïfi, l’ancien chef de l’Etat a également fait une entrée remarquée au conseil d’administration de l’hôtelier AccorHotels, en février dernier, où il est en charge de la « stratégie internationale ». Un autre fleuron de l’économie française… dont le Qatar détient aujourd’hui 10,4% du capital.

Visitant le Qatar à plusieurs reprises ces dernières années dans de ses fonctions de ministre de la Défense sous le quinquennat de François Hollande, Jean-Yves Le Drian a, par le passé, contribué – et de fort belle manière – aux relations économiques entre Paris et Doha avec la vente de 24 avions de combat Rafale en 2015 pour la somme de 6,3 milliards d’euros.  « Le Qatar est un partenaire stratégique de la France. Il ne faut pas mégoter sur les mots » avait déclaré, à l’époque, le locataire de l’Hôtel de Brienne. Arborant désormais les habits de chef de la diplomatie française, le discours de Jean-Yves Le Drian est résolument plus nuancé, au regard de ses nouvelles fonctions où chaque mot doit être savamment pesé.

« Le Qatar et l’Arabie saoudite ont financé le terrorisme »

Emmanuel Macron, dans son grand entretien de rentrée au Point, n’a, en revanche, pas fait montre de la même précaution oratoire. Interrogé sur le financement d’organisations terroristes par certaines puissances du Golfe, le chef de l’Etat n’y est pas allé par quatre chemins. « J’ai établi des relations d’une extrême franchise avec l’ensemble des puissances du Golfe », explique-t-il. Et d’ajouter : « Dans mon dialogue avec les Emiriens, les Saoudiens et les Qatariens, j’aborde la question du financement du terrorisme. Le Qatar et l’Arabie saoudite ont financé des groupements qui n’étaient pas les mêmes, mais qui ont de fait contribué au terrorisme ». Une manière de renvoyer dos à dos les deux voisins même si le Qatar, au regard de ses « tentacules » et de sa présence des milieux économiques français, a certaines ressources.