Fondée en 2013 par deux frères, Philippe et Maxime Wagner, Captain Contrat se présente comme une plate-forme numérique de services juridiques pour les TPE, les PME et les start-up. Enregistrer une société, embaucher ou se séparer d’un salarié, déménager un siège social… autant de questions juridiques auxquelles répond cette start-up de la LegalTech. L’entreprise vient de lever 4 millions d’euros auprès des fonds CapHorn Invest et F3A de bpifrance, ainsi que de plusieurs business angels. Promesse : créer une entreprise en 24 à 48 heures.

Tous les avocats rencontrés leur avaient dit de ne pas se lancer dans cette entreprise. « Ils nous mettaient tous en garde : le conseil de l’ordre allait nous faire fermer boutique », raconte Maxime Wagner, 32 ans, yeux bleus sur barbe et t-shirt. C’était en 2012, une année passée à rencontrer des professionnels, côté avocats et côté TPE-PME. « Nous ne sommes pas juristes. Ce sont donc les avocats qui font le conseil », ajoute Philippe Wagner, 29 ans, yeux bleus sur barbe et chemise. « Une marketplace », dit l’un. « Un tiers de confiance », renchérit l’autre. Ainsi les frères Wagner présentent-ils leur entreprise, Captain Contrat, fondée en 2013 et qui vient de lever 4 millions d’euros auprès des fonds CapHorn Invest, F3A de bpifrance et de business angels.

Captain Contrat est une plate-forme en ligne de services juridiques pour les petites entreprises. « Nous avons fait une centaine de rendez-vous avec des entrepreneurs pour comprendre leurs besoins », explique Maxime Wagner. Ils atterrissent sur une demande simple et essentielle : comment monter une entreprise. Les autres services se sont agrégés au fur et à mesure. Car finalement, tout part de là. Et même pour eux, tout est parti de là.

Première entreprise à 13 et 16 ans

En 2001, les deux jeunes garçons ont 13 et 16 ans. « Je voyais Philippe passer du temps sur l’ordinateur sans comprendre ce qu’il faisait, jusqu’à ce que je découvre qu’il apprenait à coder », retrace l’aîné. Ils créent rapidement un site de jeux vidéo en ligne et face au succès (30 000 utilisateurs), leur père suggère la création d’une entreprise qu’ils revendent quelque temps plus tard 100 000 francs. De cette expérience, ils conservent un très mauvais souvenir de la paperasse juridique accompagnant la création d’une structure.

Chacun suit son chemin, Maxime à Centrale puis à l’Essec avant de rejoindre Coca Cola, Carrefour et la finance à New York, et Philippe à HEC où il suit le programme entrepreneur. En 2012, les deux jeunes hommes sont prêts. « Nous avions envie de monter une entreprise. Nous avons réfléchit à plusieurs idées, notamment un moyen de protéger les chauves souries des éoliennes, avant de revenir sur le juridique », expose Philippe Wagner. A l’époque, ils voient cela comme une matière  poussiéreuse, mais avec un potentiel marché. Surtout, des innovations ont déjà émergé dans le secteur, mais seulement aux Etats-Unis. Ils décident donc d’utiliser le numérique pour aider les petites entreprises à régler leurs problèmes juridiques et administratifs.  

Aujourd’hui, les start-up de la LegalTech (passées de 5 à 70 entre 2014 et 2016) bousculent le marché du droit qui pèse 31,1 milliards d’euros (contre 24 milliards en 2015), selon l’étude Génération French Tech réalisée par SNCF Développement. De son côté, Reuters indique que le nombre de brevets déposés dans le secteur a explosé de 500% en cinq ans

Création d’entreprise en 24 à 48 heures

L’offre des deux frères Wagner s’est aussi étoffée. D’une « simple » plate-forme d’aide à la création d’entreprise, Captain Contrat s’est transformé en un site multi services. Plusieurs catégories sont proposées aux chef.fe.s d’entreprises comme créer et gérer ma société et mon personnel, rédiger un contrat, prendre contact avec un avocat. Ils peuvent également consulter des articles juridiques rédigés par la centaine d’avocats travaillant régulièrement par le biais de la plate-forme. Sur le site, l’entrepreneur répond à un questionnaire, remplis ses documents. Le tout est vérifié par des formalistes embauchés par le site. Après 80% du travail effectué par le site, les avocats interviennent, si besoin, sur les 20% restant. « C’est ce qui permet de créer une entreprise en 24  48 heures », assure Philippe Wagner, ravi de pouvoir contribuer au rayonnement de la France par ses nouvelles entreprises.

5 000 TPE, PME et start-up utilisent Captain Contrat, avec « 30% de repeat » et un panier élevé (autour de 600 euros), selon les deux confodateurs. Pas de mauvaises surprises : quand la profession facture à l’heure, représentant souvent un coût rédhibitoire pour de petites structures en création qui repoussent donc la question juridique à plus tard, la start-up impose aux avocats d’abandonner ce mode de rémunération et propose plusieurs forfaits pour les requêtes courantes, et s’adapte pour les demandes plus complexes.

Nouveau, en 2018, la plate-forme proposera un abonnement permettant aux entreprises d’avoir accès, quand elles le souhaitent, à une aide juridique ne nécessitant pas le déclenchement d’un forfait. Plusieurs formes d’accompagnement que Captain contrat commence à pousser en partenariat auprès de banques et d’assurances. Deux autres secteurs également confrontés aux changements d’usages. Les frères Wagner en sont persuadés, les métiers du droit sont appelés à se transformer, et ils comptent bien l’anticiper en imposant sur le marché leur entreprise dans laquelle ils promeuvent des valeurs telles que l’engagement, l’honnêteté, l’auto-régulation… Autant de valeurs décidées en commun, évidemment. Bientôt des conseils en management ?