Call a lawyer est une application mobile de la LegalTech qui permet d’obtenir rapidement un rendez-vous téléphonique avec un avocat. La start-up souhaite d’un côté faciliter et démocratiser l’accès au droit, et de l’autre permettre à de jeunes avocats d’être mis en relation avec des clients.

Création d’une entreprise, divorce, litige… Les raisons sont nombreuses de se poser une question d’ordre juridique. Pourtant, « un Français sur deux n’a jamais fait appel à un avocat, car ils sont considérés comme trop chers ou inaccessibles », avance Maître Mathieu Davy, spécialisé en droit des médias et droit de la propriété intellectuelle. En mars dernier, il a lancé Call a lawyer une application visant à rompre la fatalité en créant un nouvel usage. « Plusieurs clients me disaient « vous êtes en train de vous faire ubériser par des initiatives lancées par de non avocats » », indique Mathieu Davy. « Or, il y a une défiance et un fossé entre les citoyens et la profession. L’idée est donc de rendre accessible l’avocat. » Call a Lawyer est né de son association avec Nicolas Rebbot, Benoît Raphaël, Julien Tauvel et François Pekly. Comme son nom l’indique, l’application mobile permet “d’appeler un avocat”. Plus précisément, c’est l’avocat qui téléphone au client après avoir été choisi par celui-ci grâce à la plate-forme.

Dans un premier temps, l’utilisateur se dirige dans l’application en fonction de l’affaire ou du sujet qui l’inquiète : droit du travail, droit de la famille… Pour chaque spécialité, plusieurs fiches d’avocats lui sont proposées. « L’application permet une première mise en relation », résume Mathieu Davy. Vingt minutes pour vingt euros TTC. « On plonge dans le problème ce qui permet de dégrossir une situation. » Pour le cofondateur, il s’agit de « trouver des personnes compétentes immédiatement et donner au client les pistes de démarches à entreprendre », avec l’idée de faciliter l’accès au droit. La communication se fait de mobile à mobile. Depuis le lancement, 600 personnes ont téléchargé l’application et 200 avocats ont renseigné une fiche leur offrant une visibilité sur la plate-forme. « Pour l’instant, la plupart des  »call » s’arrêtent là, précise maître Davy. Quelques-uns peuvent se transformer en rendez-vous, voire en dossier ».

Démocratiser l’accès au droit

Call a lawyer a, selon son concepteur, deux missions : côté clients, l’idée est de « faire sauter le frein en proposant l’équivalent d’un service public », et côté avocats, l’objectif affiché est de « les aider à se développer ». Mathieu Davy constate « une paupérisation de la profession ». En France, il y avait plus de 63 000 avocats au 1er janvier 2016, mais « un tiers vit avec le Smic ». La majorité des avocats qui s’inscrivent sur la plate-forme a autour de 30-35 ans. Ils sembleraient y voir une opportunité de se créer une clientèle ou d’arrondir les fins de mois.

Comme pour l’utilisateur, le téléchargement de l’application est gratuite pour l’avocat. Le travail en profession libérale leur offre la possibilité de se mettre en ligne ou hors ligne quand ils le souhaitent et de n’être pas dérangé par un « call » en pleine plaidoirie. Pour le client, c’est la chance de pouvoir appeler un professionnel au moment précis où il en a besoin, « même à trois heures du matin ».

Pour assurer le professionnalisme des avocats en ligne, les fondateurs de la start-up se font recommander des professionnels ou rencontrent chacun d’entre eux. Avant leur inscription, leur compatibilité avec l’application est ainsi vérifiée : « Nous voulons des avocats rigoureux, compétents, courtois et accessibles », souligne Mathieu Davy, selon lequel la communication téléphonique permet de se dégager des carcans et du formalisme tenace au milieu. Les usages évoluent vite. « Certains clients appellent une première fois à propos de leur divorce et la semaine d’après ils sollicitent un autre avocat de Call a lawyer pour leur entreprise. »

Confidentialité respectée
Après la communication, avocat et client répondent à une série de questions qui restent en back office : l’appel a-t-il bien duré 20 minutes ? Client et avocat ont-ils été courtois ? Au moindre problème, d’un côté comme de l’autre, l’équipe de Call a lawyer reprend la main et contacte les deux parties. Quant aux conseils prodigués, « c’est l’avocat qui assume : il délivre un conseil sous sa propre responsabilité », précise Mathieu Davy. L’application ne conserve par ailleurs aucune donnée et la confidentialité est respectée puisque l’appel se fait entre deux personnes, en dehors de l’application. Côté paiement, l’usager crée un compte. Après le choix de l’avocat, une transaction s’active, mais le paiement ne sera enclenché qu’au moment de l’appel. L’avocat sera alors payé 24 heures plus tard et après le prélèvement d’une commission de trois euros par la start-up.

L’application, qui s’inspire de l’américain AVVO (un millions d’appels par mois) compte bien grossir. Elle vient de monter un partenariat avec Sation F, le futur campus de start-up parisien (XIIIème) où elle lancera un version spéciale start-up et professionnels, avec un « call » gratuit pour les jeunes pousses. Maître Davy espère également développer un maillage territorial en France pour permettre à tous les citoyens d’avoir accès à un avocat après l’appel, et un lancement à l’étranger, Belgique et Canada notamment, est dans les tuyaux.