La crise sans précédent du Covid-19 signe le retour en grâce de l’intuition, par un processus intellectuel bien établi, pour faire face à des décisions complexes.

Les dirigeants se retrouvent brusquement submergés de situations complexes qui engagent la survie de l’entreprise. Comment répondre sereinement face à l’inquiétude des salariés, aux ruptures brutales de la chaîne de production, au manque de trésorerie, aux litiges liés aux impayés, aux commandes annulées ?


Alors que les problèmes multi-dimensionnels réclament une compréhension précise de la réalité, le management s’appuie sur la simple logique et le rationnel pour décider. A l’image d’un soldat qui confond une mission de reconnaissance avec une attaque ennemie de grande ampleur, quel résultat peut-on en attendre?

L’intuition est l’évidence fulgurante qui éclaire puissamment la réalité. Par le fait de s’appuyer à la fois sur l’expérience et l’intelligence, elle complète avec précision la perception de l’environnement pour éclairer les décisions. Et c’est maintenant qu’elle revient en grâce dans l’organisation.

 

Pourquoi le raisonnement d’aujourd’hui ne suffit plus aux dirigeants?

Tout change en permanence. Il n’y a que des états qui se font ou se défont dans la durée. Pourtant, lorsqu’elle suit sa pente naturelle, notre intelligence recherche des immobilismes réels ou possibles afin de penser et agir facilement sur un problème: l’atteinte du chiffre d’affaire ce mois-ci ou l’interprétation des états financiers. 

Plus avant, enchevêtrée dans les filets de la paresse avec le process omni-présent, elle cherche des points d’appui solides pour simplifier davantage la réalité. Elle lui substitue des concepts qui se hâtent de rendre la réalité encore plus abstraite et insaisissable: les super-calculateurs sont soudainement anoblis en intelligence artificielle tandis que le potentiel formidable d’un salarié est sommé de rentrer dans une grille d’évaluation expéditive. 

Comment lire et comprendre la réalité à la lumière d’une succession d’états découpés, distincts et abstraits qui n’ont aucun sens une fois assemblés? Tout comme on peut découper un film par milliers de plans fixes successifs, notre perception dans sa globalité est privée du sens même de ce qui se joue sous nos yeux. 

Pour prendre une décision, la logique et la rationalité peuvent se suffire tant que l’environnement est à peu près stable et que les problèmes sont relativement simples; comme une erreur de commande par exemple. Face à des problèmes plus complexes comme la relocalisation de la production ou refaire tourner les usines en protégeant ses salariés, l’analyse du marché ou le droit du travail restent des points d’appui du raisonnement mais se révèlent imprécis. La réalité ne peut se résumer à une lecture rationnelle de l’idée qu’on s’en fait.

 

L’intuition est simple et éclaire puissamment la perception d’une situation

Les commandants d’élite la décrivent comme une évidence qui surgit en eux, une vérité qui éclaire finement la perception globale de la situation. Puisque l’intuition est une compétence qui réside en chacun, elle s’entraine et se révèle incontournable face aux situations complexes. Pourtant, elle est chassée de l’entreprise face à la suprématie des données qui se rallient à la rigueur scientifique. Imaginons un dirigeant qui avoue se référer à l’intuition avant d’opérer une fusion, autant vaudrait lui assigner le rôle et l’attitude d’un chamane qui invoque les esprits pour diriger sa société.

Si elle implique une certaine distance par rapport à une situation, l’intuition reste bien un processus intellectuel et prend appui sur la logique et le rationnel. Par exemple, avant d’investir dans une société, le travail fondamental de “due diligence” délivre les informations sur la stratégie, l’analyse de l’environnement, la situation financière. Si l’intuition entre en oeuvre par la suite, elle a de précieux de compléter puissamment ces éléments non seulement à la lumière de l’expérience accumulée mais également d’éléments impalpables, comme le ressenti de la culture de l’entreprise ou le profil des dirigeants, dans cet exemple. 

 

Le vrai travail du dirigeant commence quand tous les éléments d’information sont en sa possession

Comment expliquer que la grande majorité des dirigeants se contente de décider dans des situations complexes, sur la seule base d’informations élémentaires imprécises? Le vrai travail du dirigeant comment une fois toutes les informations analysées, les scénarii évalués, les recommandations données par les consultants. En explorant les idées les plus concrètes, l’intuition travaille et fait des allers-retours avec l’expérience accumulée et la logique/rationnel. C’est à la portée des dirigeants et du management de l’utiliser afin de prendre des décisions qui amènent plus de précision dans une réalité complexe. 

Plusieurs approches à explorer:

  • prendre un problème sous un autre angle;
  • comprendre comment un secteur connexe agit, confronté au même problème;
  • explorer les opinions divergentes;
  • utiliser des analogies;
  • rechercher l’information contradictoire;
  • percevoir la continuité de nouveautés et d’opportunités qu’apportent cette période. 

 

L’intuition se manifeste par la dimension humaine

L’intuition nous donne la dimension dont l’intelligence ne saisit que la transposition spatiale, la traduction métaphorique, souligne Bergson. De là vient que l’intuition se manifeste au dirigeant par la représentation, l’émotion, la sensation; en bref le vivant. 

Bien sûr, il arrive qu’on se trompe en écoutant son intuition. Mais il arrive qu’on se trompe également avec le simple raisonnement rationnel et logique promu par l’entreprise. Alors tenter de prendre une décision sans écouter son intuition est une aussi grosse erreur que de ne pas écouter sa logique. Un peu comme vouloir sauter en parachute en oubliant de monter dans l’avion.