Clément Tsogo est lauréat de la promotion 3 des Déterminés, une association qui sélectionne les talents dans les quartiers « défavorisés » pour les connecter à l’écosystème entrepreneurial. Plus déterminé que jamais, mais avec patience, Clément Tsogo se bat pour concrétiser un jour son rêve de devenir entrepreneur. Il nous raconte son enfance et les raisons qui le motivent à rejoindre un jour le monde des créateurs d’entreprises innovantes. 

« Adopté par mon oncle et ma tante, on va dire » raconte-t-il. Originaire du Cameroun, Clément Tsogo est arrivé en France à l’âge de cinq ans. Il poursuit ses études jusqu’au baccalauréat « pour satisfaire les parents », dit-il.  Car ses études, Clément Tsogo ne les a pas choisies : « On m’a forcé à me tourner vers les métiers du bâtiment ». Ce domaine ne l’intéressait pas mais on lui a vivement conseillé de s’y faire.

Son bac en poche, Clément Tsogo décide de tout arrêter pour entrer directement dans la vie active. Il commence à travailler à la RATP afin d’y occuper un poste d’assistant logistique. Quelques temps après, le jeune homme décide de rejoindre une grande enseigne de fast food. Il évoluera du poste d’équipier à celui de responsable de magasin.  « Je suis quelqu’un de motivé, j’ai toujours voulu faire », explique-t-il.

« J’ai décidé de faire mes rencontres autrement en créant ma propre solution »

Un jour, lui vient une idée. Celle de créer un appareil pour faciliter la rencontre. « J’aimais sortir en boîte de nuit mais j’avais du mal à faire des rencontres. Pour faciliter les choses, je buvais jusqu’à en devenir soûl et j’allais aborder les filles. Ce n’était pas très efficace comme technique… En fin de soirée, c’était toujours le même scénario : les pompiers me prenaient en charge. À partir de ce moment, j’ai décidé de faire mes rencontres autrement en créant ma propre solution », ajoute-t-il.

Clément décide alors de conceptualiser une oreillette de communication connectée pour faciliter l’interaction entre les individus. « Avec Talk’in, les personnes ne seront plus freinées. Grâce à l’oreillette, elle sauront directement à qui elles ont à faire et pourront commencer à engager la discussion à distance ». Mais tout ne se passe pas comme prévu.

« L’entrepreneuriat n’était pas quelque chose de naturel chez moi. Quand j’ai annoncé à ma famille que je voulais lancer ma boîte, elle pensait que je sombrais dans un début de folie… », s’amuse Clément Tsogo. Idem du côté de ses amis et de son quartier : « J’ai grandi à Saint-Denis donc il vaut mieux garder ce genre d’idées au plus profond de soi et ne pas en parler aux copains », confie-t-il.

« Je savais que je voulais entreprendre, mais je ne comprenais pas comment faire »

Malgré tout, Clément Tsogo ne perd pas espoir et continue de travailler sur son projet. « Je savais que je voulais entreprendre, mais je ne comprenais pas comment faire », explique-t-il. Un jour, il aperçoit le bus « de l’initiative » passer en bas de son lieu de résidence. « Le bus de l’initiative » est un dispositif qui a été mis en place afin d’informer les habitants des activités à leur disposition dans les quartiers situés en zones prioritaires. C’est pour lui l’occasion de demander quelques renseignements. On lui conseille alors de déposer sa candidature à la formation des Déterminés. Clément Tsogo le fait aussitôt. « À partir de là, tout est allé très vite : j’ai envoyé mon mail un jeudi. Puis, on m’a répondu le vendredi pour me convoquer à un entretien le samedi et ainsi commencer la formation lundi ! », enchaîne-t-il.

L’entrepreneur en devenir a profité de cette formation pour perfectionner son projet et bénéficier du savoir-faire de chefs d’entreprise reconnus. « C’est compliqué de présenter son projet seul. On veut bien faire mais on n’arrive pas à être assez clair avec nos interlocuteurs. Chez les Déterminés, j’ai vraiment dépassé cette barrière grâce aux conseils de professionnels ». Au cours de sa formation, une entrepreneure en particulier l’a marqué : Marie Schneegans, la fondatrice de Never Eat Alone. « C’est grâce à une rencontre qu’elle est devenue entrepreneure. Pour moi, la rencontre a toujours été un processus créatif. Marie Schneegans m’a conforté dans cette idée et je crois encore plus en mon projet Talk’in : le dispositif qui met la rencontre au centre de tout  », précise-t-il.

« Quand on est entrepreneur, il y a certaines décharges auxquelles on ne peut pas se substituer… »

Aujourd’hui, Clément Tsogo a terminé sa formation. Il continue de travailler sur son projet et fait face aux imprévus. « Quand on est entrepreneur, il y a certaines décharges auxquelles on ne peut pas se substituer… Aujourd’hui, je dois encore perfectionner l’aspect technique de Talk’in en investissant dans de la recherche. C’est dur pour le moment ». En attendant, Clément continue d’exercer une activité salariale pour faire face aux dépenses de la vie quotidienne. « Ça, c’est mon côté pragmatique ». Et il nourrit toujours le rêve de devenir pleinement entrepreneur. « Ce n’est pas parce qu’on vient des cités qu’on ne peut pas devenir entrepreneur! ».

Khadija Adda-Rezig