Entre la gestion de sa griffe, son métier d’ambassadrice pour Roger Vivier, ses collections pour Uniqlo et d’autres, ses bouquins, ses filles… la « Parisienne chic », Inès de la Fressange, investit ses talents de styliste et de femme d’affaires dans la mode bien entendu !

Son carré souple qu’on lui connaît si bien, son sourire et son élégance qui ont fait d’elle l’icône de Chanel, Inès, à 60 ans, affiche toujours une beauté et un entrain rares. Celle qui à 16 ans parlait aux journalistes en plein défilé et affichait ses opinions sur la mode et son métier n’a rien perdu de sa verve ! « Le métier de mannequin est le seul qu’on ne choisit pas. Il dépend du hasard et d’une personne qui un jour vous repère » lance-t-elle d’emblée. Si la chance lui a souri, elle a  toujours aimé la mode. « Quand j’avais 12 ans, on habitait à la campagne et je faisais des vêtements sur ma machine à coudre. J’aimais ce qui était manuel » se souvient-elle. Une première apparition dans le magazine Elle en 1975, un premier défilé pour Thierry Mugler, puis choisie par le jeune Karl Lagerfeld comme égérie exclusive de Chanel : Inès décolle et embrase une carrière… loin d’être finie ! 


Elle contribue à faire connaître Chanel dans le monde entier. Quand elle en constate aujourd’hui la renommée planétaire, elle aime rappeler qu’à son époque « Chanel, ce n’était qu’une seule petite boutique à Paris, rue Cambon. Personne n’aurait pensé un jour que cela deviendrait l’une des maisons de luxe les plus connues au monde ».   

« J’ai tout appris chez Chanel »

Car déjà chez Chanel, Inès n’était pas qu’un simple mannequin. Celle qui dévore la littérature et les essais, qui a eu son baccalauréat à 16 ans (« sans savoir comment d’ailleurs !» lâche-t-elle en riant)  était investie dans la Maison. Comme styliste avec Karl, et comme femme d’affaires qui allait représenter et contribuer à l’essor de la marque partout dans le monde. « J’étais partie intégrante de la Maison. Je passais beaucoup de temps en studio avec Karl où je voyais tout le processus de création.  Il me disait souvent : « si tu fais un croquis, tu dois mettre les poches, les lignes de couture et des indications pour l’atelier ».

Moi je faisais un croquis pour lui faire comprendre ce que je voulais et lui m’apprenait réellement à faire un croquis.». Inès  a aussi appris l’aspect business, voyant comment était perçue, vendue et présentée la mode française à l’étranger, le fonctionnement des grands magasins et des marques, la communication et la presse. « Avec Chanel, j’ai appris toutes les facettes de la mode et du luxe » résume-t-elle.

La griffe retrouvée d’Inès de La Fressange

Une « école » qui lui servira à lancer sa propre marque à 34 ans en 1991 avec l‘ouverture d’un des premiers concept store à Paris, au 12 avenue Montaigne – là même où habitait son grand père. Si sa griffe de la « Parisienne chic » a connu un succès immédiat, la jeune femme d’affaires a pourtant douté d’elle. « A l’époque, le président de Chanel avait plus foi en moi que moi-même ! Il était persuadé que je pouvais créer une marque, être styliste et diriger une maison. Il a été de ces personnes qui parfois dans la vie vous donnent un coup de pouce » dit-elle en toute franchise. « Mode, accessoires, linge de maison, crayons… çà a étonné tout le monde ! » rappelle alors celle dont la réussite a été stoppée par des déboires judiciaires.

« Quand j’ai été licenciée de ma propre marque, je n’avais plus que mes Assedic. J’étais à découvert. Bon, je ne mourrais pas de faim, j’avais un appartement. Mais j’ai vu ce que c’était que d’attendre à l’ANPE ».  En 2013, après un combat de quatorze ans, Inès retrouve sa marque et prend la direction artistique grâce au rachat de la griffe par de nouveaux investisseurs rassemblés par Fabrice Boé.

Aujourd’hui, cette entreprise de trente personnes dont Inès est « consultante » a retrouvé une belle vitesse de croisière avec des ventes en progression constante. Une ligne de « luxe accessible », qu’elle définit comme « simplement jolie et facile à porter ».

« La Parisienne chic »…

Sa source d’inspiration ? Les bouquins, les expos, les tissus… et sa curiosité débordante ! « Pour créer, il faut être curieux » s’amuse Inès. « Des souhaits, j’en ai tout le temps !  Quand je vois un pull, j’ai envie d’en faire dans 12 couleurs différentes ! Je pourrai aussi dessiner 10 robes  et choisir 192 références de tissus. Le plus difficile n’étant pas d’avoir des idées mais la bonne idée».

Dans ses collections, elle incarne ce qu’elle a toujours représenté : la « Parisienne chic ». Son ouvrage « La Parisienne » (Flammarion) paru en 2010 a d’ailleurs été traduit dans une vingtaine de langues et s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires dans le monde ! « Pendant longtemps je me disais que la Parisienne était comme les autres femmes. Mais elle arrive à faire un look avec des vêtements pas chers. Elle sait se mettre en valeur plutôt que mettre en avant les vêtements », estime l’ex Top model. Inès de La Fressange, c’est plus qu’un nom ou une marque. C’est une personnalité qui pétille, une élégance moderne, un style « made in Paris ».

Pour le Japonais Naoki Takizawa, directeur artistique d’Uniqlo avec qui « La Parisienne chic » signe sa neuvième collection depuis 2014,  « les personnes qui ont acheté cette collection ont voulu acheter un bout de l’histoire d’Inès ». Son style décliné en deux collections, “Petite Parisienne” (une ligne pour tous les jours avec les indispensables de la saison) et “Note Parisienne” (plus sophistiquée) font fureur ! Dans sa création de tennis pour Bensimon à l’été 2016, « en une heure autour d’un café et d’une table, les prototypes étaient dessinés ». Succès là encore !

Une nouvelle collaboration avec des marques de lunettes, un contrat reconduit avec la DS3 de Citroën, signature de livres… l’élégante Inès au style si décontracté réussit tout ce qu’elle entreprend ! Sans jamais se prendre au sérieux ni mettre son ego en avant, elle attribue la plupart de ses réussites au contact humain. « Tout passe par l’être humain, et pas par les marques » assène-t-elle.

… en talons aiguilles

Quand elle n’est pas en train de concevoir une collection, elle est chez Roger Vivier, l’inventeur du talon aiguille, dans son même bureau peint en fuchsia il y a quinze ans, avec les photos de ses filles Nine et Violette. C’est en 2002, avec Bruno Frisoni comme directeur artistique, qu’elle rejoint  la marque  pour prendre en charge l’aménagement des boutiques et devenir l’ambassadrice de la Maison. « Il a fallu remettre en place le nom, l’image, la déco des boutiques, le packaging, la com… Tout ce qu’il y a à faire pour une entreprise ! » lâche-t-elle avec son sourire si franc et naturel. Avant d’évoquer l’épopée ! « Au départ, nous étions trois. J’étais derrière mon ordi, dans le garage,  essayant d’avoir une connexion wifi avec mon téléphone. C’était une aventure incroyable  très atypique ! Avec lui, j’ai beaucoup appris du marketing ».

Une approche du business du luxe et de la mode qu’Inès, mannequin phare des années 80, a vu évoluer. Marraine de la nouvelle  Paris School of Luxury, elle n’hésite pas à dire « qu’un stage est aussi intéressant chez Kookai que chez Dior » pour apprendre et comprendre les enjeux de la mode qui  passent aujourd’hui par le digital et la génération Y. Et que le discours du luxe est faussé car « on veut tout appeler luxe alors que c’est juste bien ! ».   

La famille avant tout

Marraine de l’association Mécénat Chirurgie cardiaque et soutien actif de l’Association Orphelinats d’Afrique, Inès a la voix qui se charge d’émotion quand elle parle de ces vies d’enfants. « Humainement, je me sens concernée et si ma notoriété peut aider ces associations à se faire connaitre, je le ferai d’autant plus ». Pas plus tard que dimanche dernier, elle accompagnait également l’une de ses filles bénévole aux restos du cœur pour l’aider à distribuer soupes et repas. Fière de ses filles, elle peut l’être ! L’aînée, Nine (23 ans), vient de sortir de l’Ecole normale et suit des cours de théâtre alors que sa « petite » Violette (17 ans) est en prépa à Henri IV. Des parcours brillants alors que la maman avoue ne jamais avoir trop été derrière pour les devoirs. « La scolarité n’était pas ma priorité et jamais je ne les ai grondées pour des mauvaises notes.

Par contre il était important pour moi d’éveiller leur curiosité, et la culture a été toujours été joyeuse et gaie » raconte Inès, riant parfois à gorge déployée quand elle se remémore certains souvenirs de ses filles petites. Sa famille n’est pas une priorité mais « La » priorité insiste Inès. « Il y a d’abord çà et ensuite tout le reste. S’il n’y a pas d’équilibre affectif de base, rien d’autre n’est possible. Ce sont les fondations de tout. C’est ma priorité absolue et les gens avec qui je travaille le savent. ».  

Styliste, ambassadrice, femmes d’affaires, auteur, maman, dans l’humanitaire… Inès mène tout de front et si tous les ans, elle prend la bonne résolution « de se la couler douce », elle est rattrapée « par des opportunités formidables ». Que lui réservera 2018 ? De beaux succès sans doute !