En 2020, une chaussure sur deux produites dans le monde était une basket, soit 15 millions de paires selon les chiffres de la fédération française de la chaussure. La basket est un incontournable des garde-robes, mais c’est aussi l’un des produits les plus polluants de l’industrie de la mode. La marque Me.Land va à contre-courant du modèle de production en proposant une sneaker recyclée et décarbonée. Entretien avec Frédéric Robert, le fondateur de la marque. 

Vous avez collaboré avec des maisons comme Dior, Hermès, Lanvin. Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans la sneaker recyclée ?

Le travail effectué dans ces grandes maisons a été très enrichissant et formateur. J’ai pu travailler aux côtés de Directeurs Artistiques de renom comme Kris Van AsscheAlber Elbaz, Véronique Nichanian ou Roy Krejberg. Ils ont formé mon œil, mes goûts et une partie de mon esthétique. Mais travailler pour d’autres signifie aussi défendre leurs valeurs, pas celle que l’on a au fond du cœur.

C’est avec cette idée et après 20 ans d’expérience que j’ai décidé de lancer ma propre marque de chaussures. J’avais envie de défendre mes valeurs en terme de coloris, d’influences et de respect de l’environnement en recherchant le zéro carbone, l’upcycling puis le recyclage des matières textiles.

 

Comment faire pour allier confort et élégance avec une sneaker responsable et décarbonée  ? 

L’important est de définir un objectif. Ensuite, c’est avec la contrainte des matières que vous réalisez votre chaussures. Sans la contrainte, l’acte créatif n’est pas aussi intéressant !

Pour le confort, il suffit d’une forme généreuse, mais avec du caractère et des artisans experts pour un savoir-faire irréprochable. Nous avons même ajouté une semelle intérieure à mémoire de forme pour donner un confort quasi sur-mesure à force de prendre l’empreinte de votre pied. Plus vous marchez, plus votre chaussure est confortable.

Pour l’élégance, nous avons choisi d’utiliser des matières nobles même si elles sont recyclées. Ce n’est pas parce que nous parlons de décarboner une production ou d’utiliser des matières recyclées que tout est moche ! Nous utilisons des matières intégralement fabriquées à partir de fibres nylon issues du repêchage des plastiques marins. Cela nous permet de proposer du neuf à partir de matières recyclées. Pourquoi produire à nouveau puisque tout est déjà là ? Et puis, toutes nos matières sont sourcées dans les 20km autour de l’usine. Nous connaissons la qualité des fournisseurs et nous les choisissons dans l’optique d’une chaussure durable et belle.

 

La crise sanitaire a-t-elle un effet positif sur l’envie des consommateurs de se tourner vers des produits moins néfastes pour le planète ? 

Je crois que les consommateurs se répartissent en deux catégories. Ceux qui souhaitent rattraper le temps perdu, ils vont consommer jusqu’à plus soif, se faire plaisir avec tout ce qui leur tombe sous la main. D’autres, par contre, ont pris conscience que nous devions prendre soin de notre planète. Cela a éveillé leur intérêt vers des marques plus responsables, plus respectueuses de l’environnement. Je crois que cette crise aura un effet bénéfique sur notre consommation à l’avenir.

 

Mis à part les chaussures, comptez-vous développer d’autres vêtements recyclés et responsables  ? 

Une fois que nos collections de chaussures seront bien implantées, nous souhaitons développer d’autres accessoires : casquettes, sacs, petite maroquinerie ou même tee-shirts en matières upcyclées, recyclées et responsables. Le vêtement à proprement parler est un savoir-faire différent du nôtre. Il va falloir l’apprendre si nous souhaitons nous lancer dans cette aventure. Mais c’est une belle idée, à réfléchir !

 

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