Maîtres d’œuvre de la première plateforme de crowdfunding dédiée à la santé, au bien-être et aux sciences du vivant baptisée Booster Health, Christian Boillot et sa fille Manon, forts de leurs expertises et expériences respectives, s’évertuent à sélectionner avec le plus grand soin différents projets susceptibles d’attirer l’attention d’investisseurs privés. Un véritable travail de démocratisation et d’évangélisation d’un secteur, la MedTech, aussi dynamique que complexe.

Une complémentarité et une symbiose parfaite. C’est en parfaite harmonie – mêmes si les débats et les discussions sont parfois âpres – que Christian Boillot et sa fille Manon ont ciselé et peaufiné le lancement de Booster Health en 2015, première plateforme de crowdfunding dédiée au secteur de la santé. Une idée résolument novatrice qui a germé dans l’esprit du « tandem père-fille » une année auparavant en 2014. Le temps de matérialiser et de structurer un projet – et obtenir les autorisations réglementaires, notamment auprès de l’Autorité des Marchés Financiers (AMF) – aussi passionnant qu’ambitieux. Consultant (spécialité pétrole et finances) chez le mastodonte EY pendant 7 ans, puis œuvrant au rachat d’une SSII dont une partie de l’activité était consacrée à l’hébergement de données de santé « jouissant d’un degré de sensibilité comparable aux données bancaires », Christian Boillot, qui a créé entre temps la structure Abaco Conseil, se consacre pleinement à cette dernière activité dès 2014 après la cession du « volet » hébergeur de santé à un groupe britannique. « Abaco Conseil intervenait dans le secteur de la santé et des nouvelles technologies en fusion acquisition et en levées de fonds », raconte l’entrepreneur. Les prémices de Booster Health, en somme. 

Abaco Conseil est, à cette époque, régulièrement sollicitée par des petites entreprises sur la recherche de financement. « Mais nous nous sommes rapidement rendus compte que nous n’étions pas suffisamment ‘armés’ pour répondre de manière satisfaisante à leurs doléances » ajoute, tout de go, Christian Boillot. « Avec ma fille Manon, nous nous sommes alors interrogés sur les réponses concrètes que nous pouvions leur apporter ». Ayant fourbi ses premières armes chez un autre mastodonte du conseil, Accenture, au sortir d’un Master Finances-Entreprenariat à l’EM Lyon, suivi, plus tard, d’une incursion chez le leader européen de l’hôtellerie AccorHotels où elle occupe les fonctions de « Business Developer », la jeune Manon Boillot rejoint son père avec lequel elle réfléchit à l’émergence d’une plateforme susceptible d’apporter les réponses souhaitées auxdites entreprises désireuses d’en savoir davantage sur les différents circuits de financement. Disposant d’un regard aussi neuf qu’aiguisé en la matière, le binôme père-fille façonne cette plateforme de crowdfunding d’un genre nouveau. Booster Health est sur rampe de lancement parée au décollage. « En dépit de l’expertise de mon père, au regard de son activité précédente d’hébergeur de santé, nous partions véritablement d’une feuille blanche » souligne-t-elle.

« Les fourches caudines » de Booster Health

Dès lors, chacun a apporté sa pierre à l’édifice. « Nous avons tous les deux des compétences particulières. Disons, pour faire simple, que les finances et l’opérationnel relève du champ d’action de mon père quand, de mon côté, je m’implique davantage dans le marketing, la partie nouvelles technologies, création de la plateforme, mise en place des réseaux sociaux et communication ». Mais c’est bel et bien « uni » que le duo reçoit les entrepreneurs désireux de solliciter les investisseurs dans le cadre d’une levée de fonds. Mais avant cela, un premier contact est établi afin de s’assurer de la viabilité du projet de chacun. Un « premier filtre » ou étude de cas qui permet ainsi d’éviter de s’impliquer dans des dossiers pas suffisamment solides, et ainsi causer une perte de temps préjudiciable pour les deux parties. Une fois cette première étape franchie, un « executive summary » est envoyé et une réunion physique a lieu dans la foulée. « Cette première rencontre va permettre de faire de le point sur la genèse du projet, constater également si celui qui le porte a la tête sur les épaules et si sa vision est en parfaite adéquation avec la nôtre », souligne la jeune femme.  Un modus operandi qui permet également d’éviter les mauvaises surprises. « Comme, par exemple, une société en redressement judiciaire qui aurait omis de nous le signaler », sourit Manon Boillot.

Une fois ces obstacles franchis, le dossier échoit au comité scientifique – composé de 3 personnes – qui étudie plus en profondeur le « cas ». Complémentaire du comité d’investissement composé, lui, de cinq personnes. Mais Booster Healt offre également la possibilité, non négligeable, d’accompagner les entrepreneurs novices et peu rompus aux arcanes du financement dès leurs premiers pas. « Beaucoup de porteurs de projets viennent avec un pauvre slide, voire même un post-it ou tout bonnement les mains dans les poches. Nous les aidons alors à restructurer le Business plan et les mettre dans l’état d’esprit d’un investisseur qui a, peu ou prou, toujours la même grille de lecture », développe Christian Boillot. Quid justement des conditions de sélection « sine qua non » pour franchir un à un ces différents garde-fous ? « Le point fondamental concerne l’équipe. Beaucoup d’entrepreneurs viennent seuls et estiment pouvoir tout porter sur leurs épaules. Nous devons leur faire prendre conscience d’accorder de l’importance au management et au marketing. Et aussi l’enjoindre à déléguer. Puis, au fil des rencontres, nous affinons la proposition de valeur, avec le concours du comité scientifique. Chaque rencontre ne correspond pas à un QCM à dérouler car chaque profil est différent. Enfin nous nous assurons que la levée de fonds soit en cohérence avec la taille du projet et soit utilisé à bon escient », déroule Manon Boillot.

Accompagnement personnalisé

Enfin, dernier point, et non des moindres, la valorisation de l’entreprise. Là aussi un moment parfois ubuesque. « Cela va du ‘je ne sais pas’ à la valorisation stratosphérique d’un projet qui n’existe que sur quatre Powerpoint » sourit l’entrepreneure. Là aussi, l’expertise du tandem s’avère précieuse pour ramener les doux rêveurs à la réalité. Concernant le détail des chiffres, les levées de fonds effectuées grâce à Booster Health sont comprises entre 100 000 et 2,5 millions d’euros, ce qui correspond aux seuils légaux. En outre, la rémunération de la plateforme s’effectue par un système de commission essentiellement liée au succès de la levée de fonds, dont la « durée de vie » classique est comprise entre 4 et 6 mois. Ainsi, 3% de commission sont ainsi prélevés lorsque de l’investissement effectif sur la plateforme auquel s’ajoute 5% supplémentaires rétrocédés par les porteurs de projets lorsque l’objectif est atteint, ce qui correspond, au total, à 8%. « Mais si le montant visé n’est pas atteint, les investisseurs sont intégralement remboursés », précise Christian Boillot. Un dispositif gagnant-gagnant.

Parmi les succès notables de Booster Health ces derniers mois, sa participation à la levée de fonds de la start-up Codesna et sa solution unique et brevetée baptisée « Physioner », qui permet de mesurer le stress chronique et lutter contre le burn-out. Lancé en pré-série en mars 2016, le produit Physioner se compose de capteurs ECG, d’une ceinture thoracique et d’une tablette contenant l’application dédiée. Un projet financé via Booster Health et qui espère faire des émules, la plateforme visant à financer un à deux projets par mois à l’horizon 2018. Une ambition qui devrait accélérer la mue de Booster Health. « Deux possibilités s’ouvrent à nous, réaliser une levée de fonds significative pour justement accélérer notre développement à l’international ou nous rapprocher d’une autre plateforme qui nous offrirait une palette d’activité supplémentaire », souligne Christian Boillot. Et perpétuer cette success-story familiale.