Posée sur son rocher, La Petite Sirène du port de Copenhague a les yeux rivés sur le large. Cherche-t-elle son prince charmant ou bien observe-t-elle les mouvements de ses acolytes marins ? Aujourd’hui en danger, les précieuses coquilles pourront être surveillées non pas comme dans un conte pour enfants mais par la technologie Flex-Sense.

 


En deux mots. L’Huître Du Début.

Flex-Sense pour flexibilité et capteurs, nom qui reflète parfaitement l’activité de la jeune start-up qui propose de la télémétrie à distance pour milieux extrêmes. Par milieu extrême, entendez environnement subaquatique ou avec de grandes amplitudes de températures que sont par exemple les chambres froides ou les carrières d’extraction de minerai. Autant de secteurs qui ont besoin de récupérer des données de bonne qualité en continu.

Flex-Sense développe maintenant depuis plus de trois ans des technologies adaptables pour “les métiers anciens”, nous précise Emmanuel.

 

Problème. Une Lutte Sans Relâche.

L’ostréiculture, métier au grand savoir-faire, est au cœur des activités agricoles de nos littoraux. Or, durant la saison estivale, les ostréiculteurs font face à un fort taux de mortalité de leurs huîtres. Cette mortalité, très inégale entre les régions, ne touche pas les mêmes catégories de naissains, ce qui la rend difficilement analysable.

En complément de ce problème naturel irrésolu, les ostréiculteurs subissent des vols incessants de leur précieuses coquilles nacrées. Il y a seulement quelques semaines, un pillage de plus de deux tonnes d’huîtres a eu lieu sur l’île de Ré. Pour ces ostréiculteurs, décidément guère épargnés, peu de solutions existent sur le marché mis à part les survols en hélicoptère des cultures ou le gardiennage privé.

 

Idée. Bouées Et Huîtres Connectées.

La genèse de Flex-Sense est plus que scientifique. Pour permettre une meilleure compréhension des causes du taux de mortalité des huîtres, Emmanuel met au point une bouée connectée. Le but de cette petite station spécialement conçue pour le milieu aquatique est de récupérer des données sur la qualité de l’eau de mer à haute fréquence et à distance.

Mais à quoi bon améliorer le taux de survivance des huîtres, si elles sont volées dès que l’hiver arrive ? C’est sur ce point précis que les ostréiculteurs de Marennes d’Oléron contactent Emmanuel. Une réflexion commune amène Emmanuel à penser un « cadenas à huîtres ». Le boitier en forme de coquille d’huître contient une technologie de mouchards intégrés. Grâce à cette huître connectée dissimulée dans la culture, des alertes et un système de géolocalisation permettront à l’ostréiculteur de repérer géographiquement ses huîtres en cas de vol.

Aujourd’hui, l’huître connectée dispose d’une batterie de 60 mois et d’un traqueur fonctionnant sur 52 jours. Flex-Sense développe l’intégration d’un GPS basse consommation à son huître 2.0.

 

Equipe. Perles Rares.

Emmanuel est depuis toujours attaché à son “terroir” et s’oriente dans le domaine agricole dès le lycée. A la suite de son doctorat dans un laboratoire IFREMER/CNRS à l’université de La Rochelle, il crée un cabinet de conseil spécialisé dans l’aquaculture, “Parlier Environnement”. Emmanuel rencontre ses futurs associés en fréquentant les pépinières de la région. “Je souhaitais pouvoir échanger sur nos visions, avoir des regards croisés”, nous dit-il. C’est ainsi que Sylvain et Thierry rejoignent l’aventure. Respectivement spécialiste de la récupération d’énergie perdue et professeur d’électronique embarquée, la dimension industrielle des deux associés va être déterminante pour la suite du projet.

Aujourd’hui encore, Flex-Sense est composée de ces trois associés, qui recrutent en fonction des besoins de R&D. “Nous sommes à la recherche de profils très spécifiques et à la pointe de la technologie”, nous précise Emmanuel.

 

Mise en oeuvre. Vendée, Terre d’Accueil.

A la suite du prototypage de l’huître connectée, le produit est lancé en France début 2019. Le succès de la R&D et l’obtention des premiers clients français amène Flex-Sense à collaborer avec un grand assureur. Un partenariat entre Groupama et la start-up est monté. Il propose aux ostréiculteurs de s’assurer contre le vol de leurs huîtres s’ils sont équipés de l’huître connectée Flex-Sense. Un succès médiatique ouvre alors la voie à de nouveaux développements.

Flex-Sense

“Tout comme l’évolution des espèces, nous avons commencé dans l’eau et nous en sortons petit à petit”, nous dévoile Emmanuel. Belle comparaison pour parler de la diversification des activités de Flex-Sense, qui a débuté fin 2017. Sur la demande de partenaires et d’industriels de Vendée, la start-up sort la tête de l’eau et adapte ses capteurs à différents cas d’usage. Vous pourrez alors croiser la route de la technologie Flex-Sense dans les palettes de transport de véranda, les capteurs de pression hydraulique sur les machines agricoles, ou même pour mesurer les taux d’humidité du béton…

Depuis ses débuts, Flex-Sense est largement soutenu par le réseau vendéen. Emmanuel ne nous le répétera jamais assez, “la Vendée est la Silicon Valley française”. Premiers soutiens obtenus par le Cercle Vendéen et l’ex-PDG de Schneider, ce dernier donne en l’espace de 24 heures sa confiance à Emmanuel. L’intégration dans ce terroir vendéen continue pour l’entrepreneur qui peu à peu a appris à répondre aux codes de ce réseau : valeurs de transparence, d’intégrité et de travail. Cet accès au capital-industrie vendéen permet à Emmanuel d’être lauréat du Réseau Entreprendre Vendée puis d’être labellisé “Made in 85”.

Flex-Sense

 

Le développement de Flex-Sense ne se limite pas aux frontières de notre Hexagone et de la Vendée. La notion d’industrialisation, insufflée par ses associés industriels, prend tout sens dès 2018 pour la start-up. Les premières ventes de l’huître connectée se font sur le marché américain, alors en pleine relance de son économie locale. Aujourd’hui, Flex-Sense est présente sur les marchés canadien, américain, portugais et bientôt polynésien. La stratégie d’industrialisation de l’offre, poussée par les industriels vendéens, porte ses fruits. Emmanuel nous précise : “80% de notre chiffre d’affaires est à l’export”.

 

Finances. R&D Filialisée.

Emmanuel créé Flex-Sense avec comme actionnaire principale sa première société de conseil. Rapidement, le réseau vendéen fait son effet et Emmanuel obtient un prêt du Crédit Agricole Vendée Atlantique de 250K€. Ce prêt est alors complété par un prêt d’honneur de 25K€ par le Réseau Entreprendre Vendée. Ces fonds permettent à Flex-Sense de prototyper l’huître connectée. “Créer le produit a été un véritable défi, nous avons utilisé 700K€ en recherche et développement les deux premières années”, nous livre Emmanuel.

La suite de la R&D de Flex-Sense est entièrement financée et prise en charge par les industriels qui font appel au savoir-faire de la start-up. Une filiale est créée à chaque cas d’usage pour le développement de capteurs spécifiques.

En juin 2017, Flex-Sense opère sa première levée de fonds : 100% du capital de la start-up est vendéen. Emmanuel prévoit aujourd’hui une seconde levée de fonds avec les investisseurs historiques mais également quelques nouvelles têtes, attention toujours vendéennes !

 

Chronique co-réalisée avec @Jean Rognetta, Directeur de la rédaction de Forbes France et Adèle Pasquier d’Estimeo