Aujourd’hui, les gares ferroviaires traditionnelles ne sont plus en capacité de répondre aux aspirations de voyageurs de plus en plus connectés ayant des modes de vie bouleversés. Pour faire face à cela, la nouvelle génération des gares caractérisée par une forme de créativité dans la conception et la modernisation des différents espaces, fait apparaître de véritables lieux de vie autour des transports, s’inscrivant dans une réflexion transversale qui associe les besoins contemporains en matière de développement urbain et les multiples exigences des maîtres d’usages qui sont en forte progression. Les gares sont des complexes techniques en pleine mutation. Le grand défi est de les rendre plus pratiques pour les passagers, et les habitants plus globalement, tout en instaurant un modèle économique renouvelé dans le but de faire émerger des « Smart Stations ».

L’intégration des nouvelles technologies de l’information et de la communication, en plus de l’impérieuse nécessité d’incorporer la durabilité dans ces espaces en mouvement, engendre des gains d’efficience au bénéfice des maîtres d’usages. En effet, la hausse du taux de pénétration du numérique dans les pratiques citadines ainsi que la décarbonation des modes de construction et d’exploitation, en créant de la valeur sociale et des services de proximité, permettent de bâtir des espaces de mobilités agréables, aimables, souhaitables et soutenables.

Les pôles d’échanges multimodaux sont des centralités majeures regroupant une diversité de moyens de déplacements, qu’ils soient doux ou durs. Ils visent à renforcer l’intermodalité en enrichissant les modes d’accessibilité, y compris pour les personnes à mobilité réduite, et à maximiser les liaisons à la ville dans son ensemble. Pour optimiser les mouvements humains, il faudrait réfléchir à un parcours voyageur harmonieux et complet à travers une information fluide et maillée, et une articulation efficiente des différents moyens de transports sur la base d’une tarification unifiée. Ces carrefours de mobilité donnent aux passagers le pouvoir de construire et personnaliser leurs propres trajets.

Ces hauts lieux de l’urbanité pourraient être irrigués par une offre riche pouvant contenir des commerces, des espaces de jeux, des activités culturelles et festives, des galeries d’art, des centres de soins, des crèches, des salles de sports, des espaces de coworking, des bibliothèques, des services publics du quotidien, des zones de stationnement de vélos, des espaces de détente, des recycleurs de déchets, des espaces dédiés à l’agriculture urbaine et des surfaces facilitant le circuit court pour mettre en avant les maraîchers locaux. L’enjeu est de faire en sorte que ces services soient accessibles au plus grand nombre pour rendre ces pôles inclusifs. Parallèlement, ces gares multi-servicielles forment l’un des axes touristiques d’une ville qui promeuvent l’économie locale, sociale et solidaire.

Pour assurer le bien-être et la santé des personnes transitant par ces espaces de vie, il est important d’y intégrer de la nature. Concrètement, la biodiversité et la biophilie deviennent un élément inhérent à la conception de gares apaisées et calmes en connectant l’Homme à la nature, à travers des espaces végétalisés, agréablement aérés, garantissant un confort thermique, disposant d’une luminosité adaptée et intégrant l’aspect de l’eau par la mise en place de fontaines ou d’aquariums. Ces mesures peuvent être englobées dans les démarches environnementales applicables aux espaces de gares, telles que les certifications HQE Exploitation, BREEAM In Use et LEED EBOM, pour maintenir une gestion durable dans la durée. 

Plusieurs villes à l’échelle mondiale sont impliquées dans l’invention de la gare de demain. Ceci est en ligne avec la construction de lieux de brassage social où toutes les catégories de populations se côtoient, et qui tiennent compte des transformations de notre époque concernant la fluidité, la facilité d’utilisation, la digitalisation et l’attractivité, tout en restant recentrés sur la fonction « transport » des gares et sans abandonner le lien à la ville.

La gare ferroviaire de Kyoto est l’une des plus importantes du Japon. Ce bâtiment futuriste qui s’étend sur 15 étages est une réussite architecturale et artistique qui permet à la ville de rayonner à l’échelle nationale et internationale. Ce pôle majeur représente un axe central au sein de la ville et constitue une plateforme multimodale donnant accès aux trains, métros, bus et d’autres moyens de déplacement. C’est la plus importante plaque tournante du transport interurbain de la ville. Cet édifice structurant abrite un théâtre, l’office de tourisme, un jardin suspendu, des centres commerciaux, des hôtels, des restaurants, des cafés et pleins d’autres services de qualité. Ce lieu pivot offre une expérience exceptionnelle de bout en bout à chaque visiteur en permettant des balades et une vue panoramique sur la ville.

Au Canada, l’Union Station à Toronto, qui est l’une des gares les plus fréquentées du pays, revêt un caractère historique. Elle incarne une grande valeur patrimoniale au vu de sa qualité architecturale fonctionnelle et moderniste. Les lieux historiques ont été complètement restaurés et des espaces commerciaux ont été intégrés à la salle des pas perdus pour lui donner une nouvelle dimension. C’est une gare qui a pu préserver son histoire mais qui a su en même temps se réinventer. Il s’agit d’un hub de mobilités qui garantit une forte desserte et agrège l’ensemble des modes de déplacements, à savoir la marche à pied, vélo, bus, tramway, métro, train et avion. Ce pôle central extrêmement connecté aux autres polarités est au cœur du développement commercial et économique observé dans le quartier de la gare qui renforce nettement l’attractivité touristique.

Par ailleurs, la Gare Rabat Agdal, au Maroc, érigée en trois niveaux, est la plus emblématique d’Afrique. Elle s’appuie sur la convergence des offres de transport donnant accès à la grande vitesse ferroviaire nouvellement mise en place dans le pays. Les transports en commun desservant ce pôle forment un levier important pour soutenir les mutations en cours visant à réorganiser spatialement le quartier de la gare. Ce pôle est doté, entre autres, d’un centre commercial, d’espaces de détente, de billetterie et de restauration. Chaque composante de cette gare a été pensée de manière spécifique tout en harmonisant la structuration globale. Une attention particulière a été accordée à l’ergonomie de la signalétique, aux couleurs et aux matériaux ayant servi à l’aménagement et le design de la gare, de manière à assurer la lisibilité et la cohérence des cheminements. Les concepteurs ont mis l’accent sur l’innovation dans les dispositifs de la lumière et du mobilier pour donner un nouveau visage aux gares en construction ou en rénovation.

En Australie, la Gare Centrale de Sydney est le carrefour principal des services de mobilités au sein de la ville. Des travaux d’élargissement des infrastructures existantes et de construction de nouveaux espaces sont opérés pour répondre au fort taux de fréquentation de la gare. Ces transformations radicales ont vocation à assurer un meilleur service et un maillage des réseaux de transports à une plus grande échelle pour accompagner l’essor des mobilités partagées et des modes actifs. Les aménagements appuient l’optimisation des flux de voyageurs et l’intermodalité entre train, métro, bus, voitures, piétons, taxis et vélos. La finalité de ce projet est de convertir cette gare en un véritable pôle d’échanges multimodal accueillant des magasins, des galeries commerciales, un grand hôtel, des services annexes, et d’offrir de nouvelles perspectives à l’ensemble du quartier par l’émergence de nouveaux centres commerciaux et des bureaux.

En Europe, la France a lancé de grands chantiers de rénovation des gares visant à revitaliser l’économie des territoires et à embellir les espaces. La gare Saint-Lazare, classée monument historique et considérée comme la plus ancienne des gares françaises, a connu une restructuration de grande envergure qui a concerné l’entièreté des niveaux et des accès dans le but d’optimiser et de fluidifier les circulations à l’intérieur et à l’extérieur. Cette gare a fait également l’objet d’un agrandissement par la création de sous-sol permettant d’y intégrer une grande galerie commerciale, des connexions simplifiées avec le métro et un parking. Désormais, ce pôle d’échanges multimodal se renforce par une diversification d’offres de service via la multiplication des comptoirs d’information, des guichets supplémentaires, des espaces de loisirs et l’implantation d’une salle de sport. Cet accélérateur de dynamisme urbain a reconfiguré tout le quartier de la gare.

Les efforts consentis par ces gares majeures sont exemplaires mais demeurent insuffisants pour relever les grands défis de la période actuelle. Il faudrait exploiter le potentiel de ces infrastructures de transport en utilisant à bon escient la masse d’informations qui en résulte pour adapter la qualité de service de manière continue grâce à l’intelligence artificielle. Pour une meilleure insertion urbaine, il est nécessaire de lier encore davantage ces gares structurantes au reste de la ville pour donner la possibilité aux citadins de mutualistes et d’optimiser leurs activités quotidiennes sur un espace de gare servant de repère à tous les habitants. Cette approche oriente les manières de procéder et de fabriquer les pôles de mobilité qui dépassent les seules fonctions opérationnelles et classiques, via des partenariat public-privé solides et une volonté partagée d’avancer collectivement. Cette impulsion confère à ces nouveaux pôles d’échanges multimodaux, lieux facilitateurs de la vie quotidienne, un positionnement exceptionnel pour porter une plus grande ambition urbaine et écologique qui vise à bâtir des Smart Cities à terme.