Dans un marché de la location extrêmement tendu, voire archaïque, Julien Chenet, co-fondateur de Cautioneo, offre une solution de garantie et de caution à la location via sa plateforme digitale. Une start-up qui « labellise » les candidats exclus du système, du freelance au petit salaire en passant par les possesseurs de revenus fonciers, avec un système d’assurance. Rencontre avec Julien Chenet, le fondateur de Cautioneo.

Il y a 7 millions de locataires en France. Mais avec les prix des loyers qui augmentent et le CDI comme norme sociale pour convaincre des propriétaires de plus en plus frileux, il n’est pas inhabituel de ne pas arriver à se loger même lorsqu’on gagne sa vie correctement. Un marché de la location qui peine à s’adapter aux nouveaux modes de vie, à un marché du travail en transformation et à des parcours de vie décousus (séparation familiale, perte d’emploi…). Cautioneo contrebalance avec une solution de garantie et de caution à la location… un système d’assurance ingénieux, et pour beaucoup, libérateur.


Forbes : Quel a été le déclic pour entreprendre ?

Julien Chenet : Je crois que j’ai toujours voulu entreprendre. J’avais déjà mis « le pied à l’étrier » de l’entrepreneuriat en devenant actionnaire d’une agence immobilière avec mon meilleur ami et associé, Romain Solenne qui fait partie de l’aventure Cautioneo. Il est l’« expert immobilier » de l’équipe et ses compétences ont été inestimables pour concevoir ce projet 100% digital de garant et caution de la nouvelle location.

A qui s’adresse Cautioneo ?

J. C. : Depuis son lancement (6 mois), Cautioneo compte déjà 10 000 inscriptions de locataires par mois. Tous ne deviennent pas clients mais ils veulent en savoir plus sur notre modèle. Même s’ils n’ont pas de projets de location immédiats, ils posent des questions, et certains qui nous avaient rendu visite, il y a quelques semaines, sont revenus quand leur projet de location s’est concrétisé. Pour répondre à votre question, Cautioneo s’adresse à tous, mais surtout à ceux n’ont pas de CDI ou la chance d’avoir des parents qui peuvent se porter garant. Alors que le système de location en France est figé par des exigences énormes de garantie, ils s’aperçoivent que c’est enfin possible avec nous.

« Chez Cautioneo, nous réfutons cette idée du mauvais candidat, parce qu’il n’a pas à minima un CDI et un salaire qui fait trois fois le loyer »

Est-ce que tout le monde peut s’inscrire chez vous ?

J. C. : CDD, intermittent, freelance… il n’y pas de distinction. On s’adresse à l’ensemble des locataires : on peut être en CDI et ne pas avoir de revenus suffisamment élevés pour couvrir le loyer et, à l’inverse, être freelance et avoir des revenus importants mais être inéligible pour un propriétaire. Chez Cautioneo, nous réfutons cette idée du mauvais candidat, parce qu’il n’a pas à minima un CDI et un salaire qui fait trois fois le loyer. Notre travail est de savoir analyser des situations de vie. Même si, bien sûr, nous ne pouvons pas répondre positivement aux personnes sans aucune activité depuis six mois et sans solvabilité.

Quelles solutions exactement apporte Cautioneo ?
J. C. : En fait l’équation qu’on résout au quotidien c’est de protéger le propriétaire pour faire en sorte qu’il accepte notre locataire. Aujourd’hui, on constate qu’il a deux grandes craintes : l‘impayé du loyer et la dégradation du bien. On y répond avec deux formules – des passeports – qui permettent à nos locataires d’offrir une garantie optimale et de devenir le candidat idéal. En échange, le locataire paie un pourcentage (entre 1 et 3 % selon la formule) de son loyer. Cautioneo repose sur un système de garantie assurantielle avec des vrais gages financiers pour le propriétaire. C’est-à-dire l’accompagner dans l’ensemble de ses démarches en cas de besoin : couvrir les loyers non versés, rembourser les dégradations, prendre en charge les frais juridiques avec nos avocats et ce, avec une meilleure efficacité que s’il devait faire cela tout seul.

Quel est le profil de vos locataires ?

J. C. : On a évidemment majoritairement de jeunes actifs (20 à 35 ans), plutôt urbains, qui s’installent en couple. Mais aussi un certain nombre de freelances ou intermittents confrontés aux difficultés que nous avons évoquées pour louer, et cela dans toute la France. Enfin nous avons une catégorie de clients que nous n’avions pas imaginée comme les cadres de la quarantaine qui divorcent et doivent en urgence trouver un logement… Parfois ce sont des personnes en situation en détresse où notre offre est libératrice. J’ai en tête un adulte dont l’« aide handicapé » n’était pas considérée comme un revenu.

Quel est votre modèle économique ?

J. C. : Dans ce modèle assurantiel, on a pour objectif 100 000 clients : un effet volume suffisant pour mutualiser au mieux les risques et les financer. Aujourd’hui on n’a pas beaucoup d’inquiétude. Même s’il y a de la concurrence car l’offre répond à un besoin sociétal, on a besoin d’évangéliser sur nos nouvelles solutions. Donc finalement à plusieurs on est plus fort !

Les agences immobilières ne sont pas vos concurrentes ?

J. C. : Au contraire, car nous avons vocation à devenir une plateforme de caution digitale et non une plateforme de location, contrairement à certains concurrents. Nous nous positionnons comme tiers de confiance en épaulant les agents immobiliers sans l’analyse des problèmes des locataires tout en protégeant les propriétaires.  Résultat : cela augmente le nombre de candidats locataires. On travaille avec des réseaux immobiliers (1 000 agences partenaires) sur un document que le candidat pourra présenter aux agents immobiliers comme une pré-garantie.

Les prochaines étapes pour Cautioneo ?

J. C. : Mener une action de communication auprès des locataires qui ont leur argent bloqué en garantie chez leur propriétaire : notre offre qui remplace la caution par un modèle assurantiel est une garantie bien supérieure à la norme pour le propriétaire. Et cela représente 4 milliards d’euros en France de pouvoir d’achat à récupérer !

Le conformisme est-il une mauvaise maladie pour une start-up ?

J. C. : Je pense qu’il faut profiter d’être petit pour être créatif… profiter de notre jeunesse. Avec mes associés, on avait travaillé pendant 15 ans avant Cautioneo : on arrive avec nos faiblesses et nos forces mais aujourd’hui je travaille complètement différemment. Un grand groupe ne pourrait pas faire Cautioneo car c’est plus difficile d’être agile, par exemple les banques nous sollicitent pour travailler avec nos solutions car elles sont conscientes qu’elles ne peuvent pas se lancer avec cette célérité.