Les start-up françaises réalisent plus de la moitié de leur chiffre d’affaires à l’étranger, selon un baromètre EY et France Digitale. Cette sixième édition du baromètre annuel de la performance économique et sociale des start-up numériques a été réalisée auprès de 317 jeunes pousses.

Les start-up françaises voient global. C’est ce qui ressort du baromètre de La performance économique et sociale des start-up numériques réalisé par EY et France Digitale. L’objectif de cette étude annuelle est de « prendre le pouls des start-up », indique Franck Sebag, associé chez EY. « L’écosystème est en hyper croissance, tant sur le chiffre d’affaires (+33% entre 2015 et 2016) que sur la croissance des effectifs », constate Franck Sebag, selon lequel cette hyper croissance est un élément constant d’une édition à l’autre.  

Pour la première fois, la part de l’international dans le chiffre d’affaires des jeunes pousses dépasse 50%, avec 54% réalisé à l’étranger. Si ce pourcentage ne fait que croître d’une année sur l’autre, c’est à mettre en regard avec la croissance du chiffre d’affaires dans chaque zone : +21% en France, +44% hors Europe, et +47% en Europe. « L’idée de se développer à l’international n’est pas nouvelle », assure Franck Sebag, « mais l’ampleur et l’évolution de ce phénomène l’est. » 33% des jeunes entreprises ont un bureau à l’étranger, un chiffre qui grimpe à 81% pour les entreprises ayant déjà développé leur technologie et cherchant à présent un nouvel développement commercial.

Plus New York que San Francisco

L’étranger se résume bien souvent aux Etats-Unis. Surprise, ce n’est pas San Francisco (36%), berceau de la Silicon Valley, mais New York (51%) qui est privilégié par les jeunes entreprises françaises qui s’installent outre-Atlantique, suivies par Boston (10%). « Avant, les start-up allaient dans la Silicon Valley pour trouver des technos. Mais aujourd’hui, il est impossible de recruter un développeur américain. De plus, les innovations françaises sont de très bonne qualité », résume Franck Sebag. « La R&D est donc réalisée en France, mais le développement commercial se fait à l’étranger, aux Etats-Unis. »

D’autres raisons expliquent cet engouement pour New York au détriment de San Francisco : « Pour chercher le chiffre d’affaires, mieux vaut être à New York où sont les grandes entreprises, plutôt qu’à San Francisco où se trouve la technologie. De plus, New York est à six heures de Paris quand San Francisco est à 12 heures, ce qui ne facilite pas les échanges », ajoute Franck Sebag qui souligne que New York est à équidistance entre les deux villes.

À noter que les start-up pensent de plus en plus tôt à l’étranger. 30% des entreprises françaises réalisant un chiffre d’affaires entre 0 et 5 millions d’euros auraient déjà ouvert une filiale à l’étranger, et 81% pour les start-up « plus matures » réalisant un chiffre d’affaires supérieur à 50 millions. Enfin, l’international ne se résume pas seulement au fait de se déployer dans un autre pays. Selon le baromètre, 35% des sondés déclarent être financé par « au moins un capital-risqueur étranger ». « En deux ans, on est passé de 25 à 35% ce qui signifie que les start-up françaises attirent les investisseurs étrangers (leur présence est massive chez les entreprises réalisant un chiffre d’affaires supérieur à 50 millions d’euros) ce qui a pour effet d’augmenter la croissance. »

Nouveau modèle social

Toujours à propos du financement, 56% des jeunes entreprises ont ainsi bénéficié du crédit impôt recherche. Créé en 1983, et régulièrement mis à jour, le crédit impôt recherche permet à ces jeunes entreprises innovantes de s’investir dans la recherche et développement (R&D), puisqu’il s’agit d’une réduction d’impôts calculée sur la base des dépenses en R&D. Rien d’étonnant à ce que 52% des répondants aient utilisé les leviers fiscaux du label « jeune entreprise innovante », dont exonération d’impôts sur le revenu ou les sociétés la première année d’exercice.

Soucieuses de créer un nouveau modèle, le capital des start-up françaises est partagé à 59% entre managers et salariés. « Nous pouvons y voir un vrai renouvellement du contrat social avec un partage des valeurs », ajoute l’associé EY. De plus, l’écart entre hauts et bas salaires n’est que de 2,2 fois, ce qui est faible et s’explique selon Franck Sebag par « une réelle volonté d’alignement ». Pour lui, les acteurs de l’écosystème ont à l’esprit que si l’entreprise fonctionne, toutes les personnes ayant participé à sa création vont en profiter.

Des salariés de plus en plus nombreux puisque les effectifs augmentent de 25% depuis 2015. Les start-up créent des emplois : 2 795 en France et 1 269 à l’international. Loin de cette idée de précariat souvent véhiculée à propos de l’écosystème, 89% des travailleurs de ces jeunes entreprises sont en contrats à durée indéterminée. « Mais 45% font appel à des freelance. »