Créer, développer et inspirer, mais toujours dans la solidarité. C’est le fer de lance de Baluchon qui, au travers d’entreprises d’insertion, accélère la transformation des territoires périphériques. Implantée depuis 2014 au cœur d’une cité de Seine-Saint-Denis, la pépite philanthrope cocréée par Louise Fourquet est une véritable success story de l’entrepreneuriat solidaire.

L’histoire de Baluchon commence par une rencontre. Louise Fourquet, alors dans la coopération culturelle internationale, est en pleine reconversion professionnelle lorsqu’elle fait la connaissance de François Dechy, ancien banquier de la finance solidaire. Deux trajectoires bien différentes qui convergent vers un point commun : la solidarité et l’amour de la cuisine. « Nous nous sommes retrouvés sur une passion pour les bonnes choses à travers la cuisine, mais aussi sur l’envie d’entreprendre pour l’intérêt collectif », explique Louise Fourquet, présidente de Baluchon. « On voulait créer une activité économique qui contribue à la fois à rendre une alimentation de qualité accessible au plus grand nombre, mais qui allait aussi créer de la solidarité et de la valeur sociale dans les quartiers populaires ».

 

L’activité économique, créatrice d’impact social

Le premier projet des deux entrepreneurs sociaux, c’est une idée sur le modèle « Robin de Bois ». Une entreprise d’insertion en Seine-Saint-Denis, qui va chercher la valeur économique des marchés de la restauration des centres-villes, en vendant des bons petits plats faits avec des produits frais, locaux et de saison dans les périphéries martyrisées par les crises économiques et sociales. « Quand on pense à la Seine-Saint-Denis, on pense communément à une banlieue où l’on vit dans la précarité. Mais c’est en fait un territoire qui regorge de dynamisme, de jeunesse, de capacité de travail et surtout, d’envie d’entreprendre. Créer une entreprise d’insertion là-bas était une évidence ».
En 2014, il n’y a que très peu d’offre d’insertion par rapport aux besoins. Face à ce constat, Louise Fourquet et François Dechy se rapprochent de la communauté d’agglomération Est Ensemble, qui regroupe 9 villes de Seine-Saint-Denis, auprès de qui ils pitchent le projet de création d’une entreprise d’insertion. Prospectant des connaissances locales en cuisine qui pourraient accueillir cette activité, c’est à Romainville que les deux fondateurs posent leurs valises, dans la cité Marcel Cachin. En plein chantier de renouvellement urbain, c’est un endroit qui avait besoin d’une activité économique et d’insertion pour contribuer au renouveau du quartier. Aujourd’hui, le réaménagement est terminé et le quartier a été débaptisé cité. « Un bel aménagement a permis d’améliorer nettement le cadre de vie des habitants, mais ne changeait pas le manque d’opportunités. En apportant l’entreprise d’insertion, on est venus incarner la dimension d’activité économique au cœur de ce quartier », ajoute Louise Fourquet. Baluchon a donc élu domicile dans la cuisine centrale du quartier, avec une activité qui fonctionne de 6h à 20h et qui participe activement à cette vie de quartier.
Des actions de sensibilisation à l’alimentation, des ateliers de découverte des métiers, et bien sûr, des parcours d’insertion, l’entreprise anime la vie économique et la dimension travail du secteur.

Louise Fourquet, cofondatrice de Baluchon. (Photo : B.Lévy)

Un catalyseur de projets solidaires

Agréée par l’État comme entreprise d’insertion par l’activité économique, Baluchon aujourd’hui, c’est une centaine de salariés. Parmi ceux-ci, 48 sont en parcours d’insertion et titulaires de CDDI (Contrat à durée déterminée d’insertion). « Nous les recrutons, nous les formons aux métiers en situation, et nous mettons à leur disposition des ressources d’accompagnement social et professionnel pour aider chacun à lever les freins de retour à l’emploi classique ».
Dans le quartier Marcel Cachin se crée donc la première entreprise d’insertion de Baluchon. Une activité de traiteur, qui livre sur tout l’Île-de-France et qui fait 4 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2019.
Toujours dans le secteur de la restauration, Baluchon créé en 2017 le RADIS (Restauration Anti-gaspi à Double Impact Social), un projet co-porté par Emmaüs Défi. L’idée : collecter les invendus de la grande distribution, qui sont cuisinés dans les cuisines de Baluchon par des parcours d’insertion puis vendus à des centres d’accueil et d’hébergement d’urgence.
Le troisième projet de Baluchon fait sortir les équipes des cuisines, puisqu’il s’agit d’un tiers-lieu hôtelier. Toujours dans la lignée de l’insertion, la Maison Montreau, à Montreuil, propose auberge, chambre d’hôtes, camping et activités socio-culturelles. « Ce qui nous a mis en mouvement sur ce projet, c’est le territoire de la Seine-Saint-Denis et les besoins de ses populations, mais aussi les opportunités économiques que le territoire présente. Nous avons donc créé des parcours d’insertion vers les métiers de l’hôtellerie et du tourisme ». À travers cette troisième entreprise d’insertion, Louise Fourquet fait le pari de mettre ces métiers à la portée des habitants des quartiers populaires, qui vont subir de profondes transformations à l’approche des Jeux Olympiques de Paris 2024.

 

Aider les entrepreneurs à se solidariser

C’est donc en Île-de-France que Baluchon pose ses premières pierres. Mais l’histoire ne s’arrête pas là, puisque l’entreprise prépare également une ouverture à Lille. Un projet partenarial piloté par la ville, avec en ligne de mire l’inclusion professionnelle grâce à un incubateur et une activité de traiteur.
Si l’activité solidaire de Baluchon grandit et se diversifie, elle développe également différents outils d’accompagnement pour contribuer à des projets extérieurs. « Quand on a mis notre première entreprise d’insertion en orbite, on a partagé nos clés de succès avec d’autres entrepreneurs qui se lançaient sur des sujets d’alimentation et de solidarité », explique la cofondatrice. Un incubateur qui a notamment pris sous son aile les confitures Re-Belle, préparées par des personnes en parcours d’insertion avec des fruits invendus de la grande distribution, et revendues chez Monoprix.
Cette activité s’adresse aux collectivités locales, aux futurs entrepreneurs sociaux, mais aussi aux entreprises privées. À travers chacune de ces initiatives, la vision de Louise Fourquet est de réconcilier les sujets de transition écologiques avec le local, en créant des business à impact qui vont générer de la solidarité, pour contribuer au rééquilibrage territorial. « Nous sommes en train d’investir énormément de temps de travail dans la diversification de nos activités, mais toujours dans la solidarité ».
La cofondatrice de la pépite philanthrope compte bien varier ses terrains d’action, en se tournant notamment vers la restauration d’entreprise. Un marché qui a évolué au même rythme que la culture d’entreprise, et qui marquait déjà un profond renouvellement avant la crise du Covid. La cantine d’une grande entreprise est un élément de bien-être au travail et de marque employeur, et les attentes sont de plus en plus exigeantes. « Des offres comme les nôtres, conçues autour d’une proposition de valeur sociale et environnementale sont attendues par ce marché ».
Un boulevard de développement pour Baluchon, qui va apporter des offres engagées dans un esprit de start-up sociale de la restauration.

 

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