Objets connectés, big data, drones et logiciels font désormais partie du quotidien des agriculteurs. Plus que de simples gadgets, les outils numériques facilitent la vie des exploitants agricoles et leur permettent de développer une agriculture durable. Panel des dix start-up du secteur à suivre en France.

Les pieds sur terre et les yeux rivés sur un écran. Ce pourrait être la nouvelle image de l’agriculteur du XXIe siècle. Grâce à des capteurs connectés, les agriculteurs surveillent à distance la température des sols ou l’humidité de l’air. Avec des puces implantées, ils sont informés de l’état physiologique de chacune des bêtes de leur troupeau. Et des robots désherbent les champs en autonomie. Voici quelques exemples de ce que développent depuis quelques années les jeunes pouces du secteur. Selon le rapport agriculture-innovation 2025 du ministère de l’Agriculture, 79 % des agriculteurs utilisent internet, ce qui est plus que la moyenne française, et 70 % d’entre eux installent des applications professionnelles sur leur téléphone. Entre 2013 et 2015, le ministère constate 110 % d’augmentation de l’utilisation des applications professionnelles. L’AgTech, la filière agricole de la FrenchTech, semble avoir de beaux jours devant elle.

En février 2016, lors du Salon de l’agriculture, cinq start-up (Agriconomie, Ekylibre, Miimosa, Monpotager et Weenat) créent La Ferme Digitale. Un an plus tard, elles sont treize, toutes membres du même réseau, dont l’objectif est de « promouvoir l’innovation et le numérique pour une agriculture performante et durable ». Loin de se concurrencer, les jeunes pousses de la AgTech cherchent à créer des synergies pour développer de nouvelles solutions utiles sur les parcelles et dans les exploitations. Si leurs fondateurs sont pour la plupart sont des enfants ou petits enfants d’agriculteurs, voire agriculteurs eux-mêmes, ce n’est pas un hasard.

Les entreprises de la AgTech affichent plusieurs objectifs, notamment ceux de faciliter le travail de l’agriculteur et de l’éleveur, améliorer les performances, réduire l’utilisation de pesticides et d’engrais, et connecter les producteurs et les consommateurs. Les domaines couverts par la AgTech sont donc très variés : Objets connectés, logiciels de gestion, crowdfunding spécialisé ou marketplace. Petit panel des start-up représentatives des différents besoins des agriculteurs et de ce qu’ils peuvent proposer aux consommateurs.


La ruche qui dit oui ! Du producteur à l’assiette
5000 producteurs locaux en lien avec les quelques 160.000 consommateurs qui se fournissent dans les ruches. Une sorte d’ubérisation de l’amap : l’idée est de manger mieux et local, sans engagement. Il existe plus de 700 ruches aujourd’hui en France, et plus de 1000 au total avec les ruches qui s’ouvrent dans d’autres pays d’Europe. Lancé en 2011, la Ruche qui dit oui! a été soutenue par des géants de l’internet comme Kima Ventures, le fonds d’investissement de Xavier Niel ou encore Christophe Duhamel (Marmiton). En cinq ans, 75.000 euros ont été reversés aux producteurs.

Agriconomie, l’Amazon des champs
Lancée en 2014 par trois trentenaires de lignées d’agriculteurs, Agriconomie est une place de marché agricole en ligne. Le site reprend tous les codes et toutes les astuces d’Amazon, mais remplace livres et DVD par des outils, semences, pièces détachées et tenues de travail. 150 000 références sont présentes sur le site grâce à 250 fournisseurs. Primée fin 2016 par la Fevad comme meilleur site de e-commerce. L’entreprise revendique 8000 clients au panier moyen de 1500 euros et réalise 1,5 million d’euros de vente par mois et 7 millions de chiffre d’affaire en 2015.

Agricool, des fraises cultivées à Paris, dans un container, sans pesticides ni OGM.
Ils font pousser des fraises en vase clos, en utilisant 100 % d’énergie renouvelable et 90 % moins d’eau que l’agriculture conventionnelle. Deux jeunes entrepreneurs, regrettant la distance entre les citadins et les fruits et légumes qu’ils consomment, ont décidé de faire venir le potager en ville. Le container filtre la pollution, des LED et des brumificateurs font grossir les fruits, et des bourdons assurent la pollinisation. Ils viennent de lever 4 millions d’euros auprès du fonds d’investissement Daphni et s’installent à la Courneuve avec une équipe d’agronomes et d’ingénieurs pour développer de nouveaux concepts de containers.

Naïo, des robots de désherbage et de binage
La start-up a remporté de très nombreux prix de l’innovation agricole. Les robots Naïo facilitent la vie des agriculteurs : le robot OZ par exemple désherbe mécaniquement et automatiquement les cultures. Après une première levée au lancement, la start-up toulousaine a bouclé une levée de fonds de 3 millions d’euros. Et Groupama, principal assureur du secteur agricole, vient de s’associer à Naïo technologies pour trouver une couverture adaptée à ce type d’engins.

Airinov, des drones agricoles
Pionnier et leader du drone agricole, les engins volants de Airinov sont déjà utilisés par 10 000 agriculteurs. Un capteur embarqué sur un drone permet de récolter des données (azote, biomasse…) essentielles aux agriculteurs. Ils s’en serviront pour traiter au mieux leurs parcelles. Fondée en 2010, l’entreprise a vu Parrot, acteur incontournable du marché du drone civil, entrer à son capital en 2014 après une levée de fonds de 1,6 million d’euros.

Sencrop, Station agro-météo
Fondée au sein d’Euratechnologies, la start-up a levé 1,4 million d’euros. Grâce à cette station météo connectée, les agriculteurs peuvent collecter sur un logiciel les éléments tels que pluviométrie, hygrométrie, vitesse du vent, température… Toutes les quinze minutes, le boîtier conçu par les deux fondateurs de Sencrop envoie ces données sur le smartphone, la tablette ou l’ordinateur de l’agriculteur. Ces données utlra-locales permettent à l’agriculteur d’adapter au mieux et en temps réel l’irrigation de ses champs, l’utilisation d’engrais et la récolte.

Miimosa, le crowdfunding agricole
Premier site de financement participatif entièrement dédié au monde agricole et à l’alimentation, Miimosa est monté en 2013 par un petit fils de viticulteurs qui a travaillé plusieurs années dans l’audiovisuel. Depuis le lancement de la plate-forme, 600 projets ont déjà récolté 2,5 millions d’euros. La start-up a levé 700 000 euros un an après sa création auprès des caisses régionales du Groupe Crédit Agricole et de plusieurs fonds d’investissements.

Weenat, des capteurs connectés pour une agriculture de précision
Créée en 2014 par un petit fils d’agriculteur, la start-up, qui a levé un million d’euros, a déjà installé plus de 800 capteurs chez 250 clients et pense atteindre 1 million d’euros de chiffre d’affaire. Les capteurs prennent le pouls des champs en temps réel et permettent à l’agriculteur de mieux gérer les besoins en eau et en intrants.

Monpotager.com, rétablir le lien entre les producteurs et les consommateurs
Cultiver son jardin… en ligne. Lancé en 2013 à Paris, puis dans d’autres grandes villes de France, Monpotager.com propose aux citadins de cultiver un potager à distance sur internet. L’internaute loue une parcelle qui sera cultivée, pour de vrai, par un maraîcher. Pour 14,90 euros par mois, le l’internaute peut avoir accès à 15m² de parcelle et huit livraisons dans l’année. La start-up comptabilise près de 3000 utilisateurs.

Ekylibre, gérer l’administratif
La start-up propose un logiciel tout-en-un qui permet à l’agriculteur de gérer plus simplement toutes ses tâches administratives : comptabilité, production, traçabilité, mais aussi gestion des objets connectés implantés sur la parcelle. Conçu par un agronome et un informaticien et lancé en 2015, le logiciel libre revendique une communauté de 260 utilisateurs. La start-up est en train de lever des fonds et espère avoir plus de 2000 utilisateurs à la fin de l’année 2017.