OPINION | Airbus, Air France et Renault s’écroulent, les GAFAM et la Chine triomphent… La crise sanitaire aura contribué à redistribuer les cartes entre les acteurs économiques. En réalité, elle s’est révélée être un accélérateur des stratégies de développement des entreprises, quand elle n’a pas cruellement frappé celles qui n’en avait pas ou bien quand elle était mal appropriée. La sanction est alors lourde.

D’une manière générale, on peut affirmer que la Chine aura été la grande gagnante de cet événement majeur, renforcée dans son leadership mondial, montrant qu’elle est passée d’atelier du monde à une véritable puissance économique. Elle se consacre désormais à son développement intérieur et se renforce dans son extension commerciale à l’extérieur.

A l’opposé, les GAFAM ont su étoffer leurs offres et élargir leur part de marché, notamment dans le Cloud et les market places liées à l’e-commerce, au détriment des revendeurs de terrain. Cela a conduit, en revanche, à un déclin – déjà engagé – de l’industrie textile en général et des enseignes de mode, en particulier. Ce secteur aura été particulièrement éprouvé (La Halle…).

Entreprises anéanties et secteurs épargnés

Les métiers de la restauration, de l’hébergement et du tourisme sont très touchés et certaines compagnies d’aviation sont même coulées : la britannique Flybe, l’américaine Trans State Airlines, filiale de Delta Airlines, mais encore la compagnie hongkongaise Dragon Air et la thaïlandaise NokScoot, dépendantes de leurs vols vers la Chine.

Le bilan provisoire de l’Europe est mitigé. Il est d’ores et déjà possible de relever que son déclassement, à l’œuvre, s’est accentué. L’agroalimentaire a globalement tiré son épingle du jeu, dans un contexte où, en la matière, la consommation ne s’est pas brutalement effondrée. Mais les distributeurs (GMS) ont largement pesé sur les prix d’achat, contenant cette croissance attendue. La branche proximité de la distribution a pour sa part largement bénéficié de la période.

Valeo, Faurecia et les effets d’aubaine

Désormais les circuits courts sont privilégiés, vantant les marques de producteurs locaux en opposition à un mode de consommation standardisé. Les clients acceptent de payer plus cher un produit local, plus saisonnier. Les clients ont pris conscience de l’impact carbone des produits alimentaires importés. 

L’industrie automobile – qui concentre encore de nombreux emplois du secteur secondaire sur le sol européen – a été très affecté, à l’instar de Renault sans doute en grande partie également parce que depuis deux décennies déjà, ils ne sont que des « assembleurs » sous marques, tandis que les équipementiers ont su capter la marge grâce aux efforts consentis en innovations (Valeo, Faurecia) ; ils sont ainsi passés du statut de sous-traitant sous pression des constructeurs à fournisseurs qualitatifs. Il faut d’ailleurs relever que Bruno Le Maire a conditionné le prêt garanti par l’état (PGE) à Renault sous condition de maintien de l’emploi afin de conserver les chaînes de production sur le territoire français.

Kering et Airbus à la peine

Concernant la France, ses activités rentables, et bénéficiaires dans la balance commerciale, ont enregistré des résultats en demi-teinte. L’aéronautique (Airbus en particulier) a inévitablement subi les coups de boutoir portés au tourisme de masse et aux voyages d’affaires, désormais limités durablement. Il en est de même pour les chantiers navals concentrés sur les grands paquebots de loisirs, qui ne trouvent plus la clientèle de masse pour ce type de navigation.

Dans l’armement, incontestablement ce secteur aura été vecteur d’exportations, bénéficiaire des rivalités géopolitiques. Que l’on songe à la Grèce ayant souhaité s’équiper de Rafale face à son voisin turc et ses velléités. Enfin, le domaine du luxe n’est pas épargné par les turbulences de la crise sanitaire. Cela reste la vitrine de la France en matière de savoir-faire. Si le secteur a pâti de la consommation des touristes asiatiques absents des aéroports, la production a su s’exporter.

Par ailleurs, tout à sa volonté de s’offrir une nouvelle marque – en l’occurrence le joaillier américain Tiffany & Co – LVMH a renforcé son portefeuille et consolidé son offre. Tel n’est pas le cas de Kering qui, avec son département sous la marque Gucci, s’est montré très dépendant des boutiques de duty free et a mis en évidence la moindre notoriété de ses marques.

Ainsi, la période de crise sanitaire, agissant comme un révélateur au sens chimique du terme, nous amène à constater des succès et réussites disparates, témoin d’une destruction créatrice à l’œuvre. Et les stratégies en cours vont sans doute à brève échéance traduire les choix pertinents et opportuns réalisés dans ce contexte.

Tribune rédigée par Olivier de MAISON ROUGE, docteur en droit et avocat d’affaires 

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