Un peu plus tôt ce mois, dans l’Utah, aux États-Unis, une Model S roulant à 100 km/h s’est encastrée dans l’arrière d’un camion de pompier. Elon Musk, le cofondateur de Tesla s’est réjoui que la conductrice de la voiture se sa marque s’en soit sortie avec seulement un fracture de la cheville.

C’est un histoire parfaite, comme Tesla les aime. Mais c’est également l’une des raisons pour lesquelles les investisseurs devraient se tenir éloignés de l’action de la société.


Pour être honnête, c’est assez extraordinaire que la conductrice du véhicule ait survécu à la collision. Et normalement, l’histoire devrait s’arrêter là. Mais les histoires de Tesla parlent rarement de véhicules irréprochables. Malheureusement, d’une manière ou d’une autre, les histoires de l’entreprise se transforment souvent en promesse non tenues. Et si vous êtes actionnaire, vous ne voulez pas faire partie de ce genre d’histoires.

Heureusement pour Elon Musk, c’est un bon conteur. Il a longtemps parlé du « plan » de Tesla, et c’est une bonne stratégie. Il a commencé avec un roadster haut de gamme, méritant toutes les louanges des célébrités et des personnes aisées. Cette voiture deux places enjôleuse a permis d’introduire la marque au monde entier. Elle a même prouvé que les voitures électriques n’étaient pas forcément ennuyantes ou sous-vitaminées.

La suite de l’histoire présente des modèles plus classiques. Il y a tout d’abord le produit phare, la Model S. Il s’agit d’une grosse berline séduisante avec une tablette de 17 pouces incrustée dans le tableau de bord, et les portes papillon à la « retour vers le futur » étaient bien pensées.

Tous les véhicules de la marque étaient censés introduire la Model 3, une voiture conçue pour la vie de tous les jours et commercialisée à 35 000 $ (30 000 €). Elle devait être la première Tesla grand public et rendre l’entreprise rentable.

Honnêtement, il n’y a pas de problème avec le fait que Tesla ne soit pas rentable. Cela prend du temps, et demande beaucoup d’argent, de créer une entreprise de toutes pièces. Et c’est d’autant plus le cas lorsque toutes les facettes du procédé de fabrication sont radicalement revisitées.

En 2016, Elon Musk assurait avoir eu une révélation. Il réalisait qu’il était possible de construire une machine qui construit elle-même des machines. C’est profond comme réflexion. Il parlait alors d’une usine automatisée à la pointe de la technologie, un « Alien Dreadnaught », qui pourrait produire des Tesla en contournant les faiblesses humaines.

Immédiatement, les analystes sont retournés à leurs modèles. Si le Dreadnaught fonctionne, il bouleversera entièrement la structure de coûts de Tesla et révolutionnera l’industrie automobile.

Mais, c’était sans compter sur un petit problème : la réalité rarement à la hauteur des ambitions d’Elon Musk. Il y a maintenant un mois, ne parvenant pas à atteindre ses objectifs de production pour sa Model 3, Elon Musk a reconnu que l’usine Tesla de Fremont, en Californie, était « sur-automatisée ». Son rêve d’avoir une usine où les matières premières entrent d’un côté et les voitures sortent de l’autre comme par miracle est juste irréaliste, il s’est donc envolé. Ce qui nous ramène à l’accident survenu dans l’Utah.

Bien que la conductrice ait reconnu qu’elle était sur son téléphone lorsque la collision a eu lieu, les médias sont focalises sur le fait que le mode Autopilot était activé. Contrairement à ce que son nom pourrait laisser supposer, il ne s’agit pas d’un système de conduite autonome. Elon Musk a alors accusé les médias de ne pas se focaliser sur le bon sujet. Mais, il a tort de louer les capacités autonomes de l’Autopilot.

Les rendez-vous manqués sont monnaie courante chez Tesla :

  • son roadster original s’inspirait grandement de l’Elise de Lotus,
  • la Model S et la Model X ont fait l’objet de nombreux retards de production et de contrôles qualité insuffisants,
  • la plupart des versions de la Model 3 sont plus chères que le prix de base d’au moins 15 000 $ (13 000 €).

Aucune de ces raisons, ni l’angoisse des analystes concernant les liquidités de l’entreprise, n’arrivent à justifier une baisse du cours de l’action. Si Elon Musk arrive à résoudre ses problèmes de production, les statistiques financières vont vite changer. Mais sa capacité à raconter des histoires captivantes est sans égal.

Cette perspective, associée à l’intérêt historique suscité auprès des vendeurs à découvert, pourrait booster le cours de l’action. Certains investisseurs pensent même que cette dynamique peut fonctionner.

Mais il existe des moyens plus séduisants de participer au développement des véhicules autonomes. Par exemple, Microsoft établit actuellement une relation avec des constructeurs automobiles, qui lui permettent de prendre de l’avance dans la course à la voiture connectée. L’idée que les véhicules puissent communiquer entre eux pourrait également permettre d’éviter les accidents provoqués par des conducteurs qui regardent leur téléphone au lieu de se concentrer sur la route. Et cette technologie sera disponible bien plus rapidement que ce que pensent les investisseurs.