Teale est une application mobile, qui donne aux collaborateurs les outils dont ils ont besoin au quotidien pour prendre soin de leur santé mentale. Teale se commercialise sous forme de SaaS, et met la technologie et la data au service de la thérapie. En phase d’amorçage après son lancement en début d’année, la start-up vient de lever 2 millions d’euros pour continuer sa croissance. Entretien avec Julia Néel Biz, CEO et cofondatrice de Teale.


 

Quels sont les objectifs de l’application ? 

Julia Néel Biz : Quand on parle de santé physique,  on pense très souvent à quelqu’un qui fait du sport, mange sainement. La santé mentale, elle, évoque, les médicaments, la maladie. Pourtant ce n’est pas que ça. Nous avons deux objectifs chez Teale :  parler de santé mentale, pour mieux la définir et briser le stigma ; et donner les outils pour que chacun puisse s’occuper de sa santé mentale quotidiennement, comme on le fait pour sa santé physique. 
Pour cela, on a développé un indice de santé mentale, dit propriétaire, avec des psychologues et des psychiatres. En quelques questions, il nous permet de personnaliser l’expérience du collaborateur : l’application l’oriente alors, au choix, vers un programme de thérapie digitale ou vers un des thérapeutes partenaires.  

 

Pourquoi avoir choisi de cibler uniquement les entreprises ? 

J. N. B. : Les entreprises portent le coût d’une santé mentale mal adressée. Il n’est plus possible de dire que la santé mentale, c’est dans la sphère personnelle uniquement. Les dirigeants le savent, la santé mentale des collaborateurs est devenu un problème de l’employeur.
Pourtant, peu de solutions s’offrent à eux. Les lignes d’écoute sont trop impersonnelles, les solutions de conseil ne répondent pas aux besoins de confiance et de personnalisation des collaborateurs et les plateformes de mise en relation ne sont présentes qu’en curatif, qu’en cas de problème. Dans tous les cas, l’engagement est très bas, et l’investissement n’a pas le retour ni l’impact escompté.
Nous avons créé Teale pour aider les entreprises à protéger la santé mentale de leurs équipes. Mais à plus long terme, nous ambitionnons de nous ouvrir à destination des utilisateurs finaux, en France et en Europe.

 

Quelle est la réalité du secteur de la santé mentale  ? 

J. N. B. : Il y a en France près de 45% des collaborateurs en entreprise qui se disent être en détresse psychologique mais le tabou, contrairement à dans d’autres pays comme les États-Unis, reste très fort.
La  santé mentale a été délaissé par manque d’investissement et boudée par l’innovation, notamment dans les entreprises privées. Les solutions existantes sont dépassées et ne parviennent plus à mobiliser les collaborateurs.
Aujourd’hui, il y a certains acteurs qui émergent mais ils sont plus spécialisés dans la mise en relation entre particuliers et psy. Nous on croit à la technologie mise au service de la thérapie, dans l’alliance entre des outils de thérapie digitale et outils de thérapie live.  C’est un marché dont le potentiel est immense, il y a un vrai besoin de s’emparer de l’innovation pour la mettre au service de la santé mentale. 

 

Quel a été l’impact de la pandémie sur la prise de conscience des entreprises pour protéger leurs salariés ? 

J. N. B. : La crise sanitaire a eu le mérite de remettre le sujet de la santé mentale au cœur du débat. Elle a permis de lever le voile sur certains problèmes et d’accélérer la transition. On a remarqué que les entreprises sont beaucoup plus réceptives depuis.  Nous avons trouvé chez nos interlocuteurs RH un changement de paradigme.
Quand la crise est arrivée, il y a eu une forme de sidération, les entreprises ont été touchées de plein fouet. Évidemment, la crise a eu un impact négatif sur la santé mentale des collaborateurs, renforcée par le télétravail. Après cette phase, les entreprises se sont emparées du sujet et aujourd’hui elles réfléchissent à comment répondre à cette problématique. 
Des entreprises innovantes nous ont très vite fait confiance, comme 360Learning, Meero, Selency, Tiller ou encore Libeo. Des acteurs de l’assurance collective et de grands groupes nous ont aussi approché, et nous sommes avec eux en phase de tests. La confiance des investisseurs nous conforte aussi dans nos choix et nous montre que nous allons dans la bonne direction. 

 

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