Le métier d’ingénieur est l’emploi cadre le plus recherché et parmi le plus difficile à recruter au monde. Profil pénurique depuis de nombreuses années, les cabinets de recrutement et des sociétés de conseil qui le chassent sans relâche. Pour optimiser les processus et aider les entreprises à recruter les profils de pointe, Strateos a mis au point une solution basée sur l’IA. Alexandre Roy, son fondateur, nous éclaire sur son utilisation mais aussi sur l’avenir du recrutement grâce à l’intelligence artificielle.


Qui êtes-vous et que propose Strateos ?

Alexandre Roy : Bonjour ! J’ai 35 ans, je suis ingénieur de formation (EPF) et je suis le fondateur & CEO de Strateos. Strateos est une solution de recrutement d’ingénieurs digitalisée sur-mesure que nous avons créée en 2017. Nous nous démarquons des acteurs traditionnels par une approche « Engineer Centric » (​​qui place l’ingénieur au centre du processus) et un investissement important dans les nouvelles technologies.

Comment vous est venue l’idée de créer ce service ?

A.R. : Le point de départ est certainement ma passion pour l’innovation et mon envie d’y contribuer d’une manière ou d’une autre. Cela m’a mené en société de conseil en ingénierie et c’est là que j’ai eu un déclic. J’y étais business manager et mon rôle était d’embaucher des ingénieurs pour ensuite les “placer en mission” chez des clients finaux. J’ai fait deux constats durant cette expérience : le premier était que les process n’avaient pas évolué depuis quarante ans : ils étaient peu digitalisés et encore moins automatisés. Le second était que le rapport avec les ingénieurs n’était pas toujours juste, une espèce de relation à sens unique. Strateos est ainsi née de la volonté de rendre le recrutement d’ingénieurs plus simple et efficace en les repositionnant au cœur du processus.

Pourquoi est-il parfois compliqué de recruter des ingénieurs ? 

A.R. : Il faut savoir qu’en France et en Europe, le marché souffre d’une pénurie d’ingénieurs depuis une quarantaine d’années et qu’elle va s’accentuer. Nous devons faire face aux départs en retraite des baby-boomers qui ne sont pas compensés par les nouveaux arrivants, mais aussi à l’évolution des technologies qui fait sans cesse évoluer les compétences à maîtriser. Enfin, il faut noter que les méthodes de recrutement agressives des ESN accentuent ce phénomène.

Enfin, le métier d’ingénieur est considéré comme l’emploi cadre le plus recherché et parmi le plus difficile à recruter au monde selon CDEFI (Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs).

Quels sont – ou ont été – les principaux challenges technologiques de votre application ? 

A.R. : Le premier défi que nous avons rencontré, au-delà du cadre de notre application, est la lecture et la structuration de la donnée. En effet, nous récoltons plus de 3 000 CV d’ingénieurs chaque mois via notre site d’emploi spécialisé, WebEngineering. L’enjeu est de lire ces CV pour les restituer de manière uniforme et accessible. Pour y arriver nous avons développé un parser basé sur des technologies de deep learning.

Le deuxième défi réside dans le matching entre un ingénieur et un projet. Pour parvenir aux résultats les plus précis nous mettons en place différentes solutions dont des filtres intelligents qui s’appuient sur du machine learning. 

Est-ce que selon vous l’IA deviendra un outil incontournable dans les recrutements ? 

A.R. : J’en suis convaincu ! Le « recrutement augmenté » a déjà fait ses preuves et permet un gain de temps considérable. Je pense que l’IA peut encore largement optimiser l’étape de sourcing qui représente aujourd’hui 80% du temps de travail des recruteurs “traditionnels”.

Quelles sont ses limites et comment y remédier ? 

A.R. : D’une part, l’analyse d’un CV ne présume pas forcément la compétence ! 
D’autre part, l’IA a une tendance à la discrimination qui ne doit pas être ignorée (lorsqu’elle compare un candidat en cours de recrutement avec ceux déjà en poste par exemple). L’expertise du recruteur reste donc essentielle pour identifier et pallier ses limites. Au-delà de ça, je pense que le recrutement doit rester profondément relationnel : la technologie est là pour soutenir et non pour remplacer l’humain.

Quelles nouveautés pour Strateos pour les prochaines années ? 

A.R. : Continuer à rendre le recrutement d’ingénieurs plus simple et efficace. Nous sommes en réflexion sur la création d’un média innovant dédié aux ingénieurs et en train de repenser notre offre autour d’un nouveau concept. Rendez-vous à la rentrée.

Quelles sont vos ambitions pour les années à venir ?

A.R. : Devenir le référent du recrutement d’ingénieurs en France dans les 3 prochaines années et nous développer à l’international pour accélérer l’innovation et les projets d’ingénierie partout dans le monde…