Comment les célibataires peuvent-ils continuer à se rencontrer en confinement ? Abricot, jeune acteur français du slow dating, a mis en place des rencontres en visio. Entretien avec son co-fondateur Antoine Géraud, sur les innovations d’Abricot. Et les perspectives nouvelles du dating. 

Forbes France : qu’est-ce qui distingue, sur le concept et les fonctionnalités, Abricot des autres plateformes de dating ?

Antoine Géraud : Avec Abricot, pas de swipe ni de chat et des rencontres dans la vraie vie. Réponse courte pour une différence… majeure. Concrètement, on agit comme un entremetteur, mais 2.0. On apprend à connaître nos membres, on leur sélectionne des profils sur-mesure, et quand on a un accord de deux personnes pour se rencontrer, on les aide dans l’organisation de la rencontre. Notre ambition n’est pas de pousser au maximum l’usage digital de nos membres, mais plutôt l’usage IRL (in real life). Car c’est dans la vraie vie que les belles histoires se passent. 

Qu’avez mis en place en particulier lors de ce confinement ? Comment continuer de faire se rencontrer les célibataires malgré le confinement ?

Nous avons codé en urgence la fonctionnalité des live-dates afin de nous adapter au contexte et combattre l’isolement des célibataires. Nous allons conserver cette fonctionnalité le temps nécessaire et en vue de poursuivre ce combat contre l’isolement. 

Maintenant, pour la phase de déconfinement, et en attendant que des mesures précises soient actées, nous avons décidé de ne pas faire prendre de risque à nos utilisateurs. Nous allons, dans les prochains jours, mettre à disposition de nos abricots un date-kit du déconfinement qui va leur permettre de maximiser leur expérience de rencontre dans un cadre safe. Le but ? permettre aux célibataires de pouvoir renouer avec des rencontres en chair et en os, de qualité, et en sécurité. 

Avez vous connu une croissance substantielle de vos utilisateurs durant cette période de quarantaine ?

Notre réactivité a payé, nous avons eu bonne presse et nos utilisateurs se sont passé le mot sur les réseaux sociaux. Nous avons doublé notre base utilisateur en un mois, triplé notre trafic sur le site et nous enregistrons une centaine de live-dates organisés chaque jour. La plateforme suit une forte croissance et notre équipe est sur le pied de guerre.

En quoi le simple swipe and chat vous semble dépassé ?

Parfois pour créer de la valeur, il faut supprimer ce qui n’est pas essentiel, supprimer ce qui éloigne les gens de la promesse que nous leur devons. Par exemple, l’Iphone a supprimé le clavier des téléphones, le walkman a supprimé les hauts-parleurs, l’Ipod a supprimé le CD, la blockchain supprime des intermédiaires. Internet suit également son évolution du modèle de plateforme et de l’internet 2.0, à l’ère de l’internet 3.0 voire 4.0 où la technologie se met au service de l’Homme et où chaque utilisateur a sa propre version d’internet.

La promesse d’une app de dating, c’est de faire des rencontres. Pourtant, actuellement, ce sont les utilisateurs qui travaillent. Chez Abricot nous avons fait le saut technologique de l’IA et du machine learning afin que le chemin qui vous emmène à une rencontre soit chaque fois un peu plus court, et plus agréable. Nous avons mis la technologie au service des célibataires et nous sommes fiers que nos utilisateurs n’aient pas à passer 30 min par jour sur notre service et à appuyer sur des boutons, comme on pourrait le faire sur Candy Crush, pour faire des rencontres. 

Est-ce que la quarantaine a encore davantage mis en lumière les limites du fast-dating ?

Slow ou fast-dating, j’estime que c’est du buzzword marketing pour différencier les acteurs présents sur le marché. Slow ou fast, peu importe finalement. La vraie différenciation selon moi, devrait se faire sur le modèle de ces apps. Tous les acteurs connus existants sont construits sur le modèle des casinos à jeux, à savoir maximiser le temps passé sur le service pour maximiser les revenus. Il y a un vrai problème d’alignement entre la promesse annoncée et la réalité. Et les utilisateurs s’en rendent compte petit à petit, il y a une vraie overdose de ce modèle. 

Donc, pour répondre à votre question, j’estime que la quarantaine a en effet mis en évidence ces limites. On a l’impression que ce confinement est en fait une situation rêvée pour ces apps, et qu’elles avaient été pensées dès le début pour ça : un usage digital massif, voire addictif. Exactement comme les jeux vidéo en ligne. Finalement, la quarantaine a permis à certains utilisateurs d’apps de dating de comprendre que leur situation de solitude sentimentale est sensiblement la même qu’en période de pré-confinement.

Quel rôle joue votre communauté dans la mise en place de nouvelles fonctionnalités ?

On se construit grâce à notre communauté, dont nous sommes extrêmement proches. Nous avons 2 personnes en interne (sur une équipe de 9) uniquement dédiées à répondre aux messages. Car nous en recevons beaucoup et sommes sensibles à leur feedback afin d’améliorer l’expérience Abricot chaque jour. Nous sommes justement en train de réaliser une dizaine d’interviews d’utilisateurs quotidiens, car nous allons bientôt sortir notre app mobile et nous promettons une expérience Abricot encore plus fluide et plus humaine. Notre défi est de conserver le même niveau d’attention (s) à nos utilisateurs que lorsqu’on le faisait pour nos amis célibataires lorsqu’on s’est lancé au tout début. Nous ne voulons pas dégrader l’expérience malgré une forte croissance. 

A quoi va ressembler selon vous le dating du futur ?

Les acteurs du dating ont une responsabilité énorme. On supplante petit à petit les moyens de rencontre traditionnels : famille, religion, travail, cercles d’amis. Quasiment 50% des célibataires sont inscrits sur les services de rencontres. Nous nous devons donc d’être à la hauteur. 

Concrètement, je pense qu’on entre dans une nouvelle ère du dating, avec une 4eme génération de services qui arrivent (après Match.Com, Meetic, Tinder). Une ère dans laquelle les services de dating vont devoir agir avec éthique, responsabilité et humanité (des mots qui aujourd’hui semblent être aux antipodes des services existants). 

C’est en tout cas ce que demandent les utilisateurs et ce qui nous anime nous, en tant qu’équipe, au quotidien. Et je compte bien faire d’Abricot une des figures de proues de cette nouvelle génération.