Le groupe Fiat Chrysler Automobiles et le français PSA ont annoncé hier la signature d’un accord de fusion qui leur permettra de devenir le 4e constructeur automobile en volume et le 3e en chiffre d’affaires. L’accord leur permettra de faire des économies de coût.

Carlos Tavares, PDG de PSA, a déclaré lors d’une conférence téléphonique avec des analystes financiers : « Il s’agit d’une fusion entre deux entreprises saines. Nous ne sommes pas simplement fiers, mais aussi très enthousiastes à l’idée de créer une nouvelle entreprise qui deviendra un leader dans une nouvelle ère de mobilité soutenable ».

Mike Manley, PDG de Fiat Chrysler Automobiles, a ajouté : « Grâce à cette fusion, nous allons vraiment concrétiser ce qui n’a été que théories par le passé : une consolidation intelligente du secteur ».

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PSA et FCA unient leurs forces dans un accord de fusion

 

Dans une déclaration publiée mercredi, les sociétés annoncent avoir signé un accord de rapprochement contraignant pour créer ce qu’elles appellent une « fusion 50/50 », qui sera dirigée par Carlos Tavares. Celui-ci deviendra en effet PDG, tandis que John Elkann, président de PSA, deviendra président de la nouvelle société issue de la fusion. Le conseil d’administration de la nouvelle société comptera 11 membres, dont la majorité sera indépendante. Mike Manley explique qu’il exercera pour sa part des fonctions de cadre supérieur.

 

Les deux sociétés estiment leurs ventes annuelles à 8,7 millions d’unités, soit un chiffre d’affaires combiné de « près de 170 milliards d’euros, soit environ 190 milliards de dollars et une marge opérationnelle de 6,6 % sur la base des résultats 2018 ». 

À l’annonce de l’accord de fusion, les entreprises ont souligné les gains d’efficacité qui seront réalisés en « optimisant les investissements dans les plateformes, les moteurs et les nouvelles technologies, tout en tirant parti de l’augmentation d’échelle permettra à l’entreprise d’améliorer sa performance d’achat et de créer une valeur supplémentaire pour les parties prenantes ».

La déclaration commune indique par exemple que les 2/3 des volumes de production seront concentrés sur deux plateformes de véhicules, avec environ 3 millions de voitures fabriquées chaque année sur la petite plateforme et la plateforme de taille moyenne. 

Tavares et Manley ont insisté sur le fait qu’il n’y aurait ni fermeture d’usine ni perte d’emplois à la suite de la fusion.

Les options de mobilité, en particulier les véhicules électriques et autonomes, sont également des directions clés pour la nouvelle entreprise. Carlos Tavares estime : « La mobilité propre est un must, mais nos clients attendent aussi une mobilité abordable ».

Dans la présentation de 27 pages diffusée analystes financiers, on constate que tous les véhicules neufs des deux sociétés auraient des versions électrifiées sur le marché d’ici 2021.

Carlos Tavares assure également que l’électrification est un « vent arrière » pour la rentabilité, ce qui a attiré l’attention de l’analyste Adam Jonas, de Morgan Stanley. Dans une note aux investisseurs, Adam Jonas annonce : « Nous pensons que cette déclaration met en évidence un sujet auquel les investisseurs devraient porter une attention toute particulière : que les véhicules électriques produits en assez grande quantité dans la bonne usine et au bon endroit peuvent permettre des niveaux de rentabilité potentiellement supérieurs à ceux des véhicules à moteur à combustion interne ».

Selon la déclaration officielle, la fusion devrait avoir lieu dans un délai de 12 à 15 mois, et doit encore être approuvée par les actionnaires des deux sociétés. 

La société mère du nouveau groupe sera domiciliée aux Pays-Bas et ses bureaux centraux des opérations seront situés en France, en Italie et aux États-Unis. Ses actions seront cotées à la Bourse de New York, à Euronext Paris et à la Borsa Italiana de Milan.

Très enthousiaste à l’idée d’une fusion entre les deux sociétés, Carlos Tavares explique être conscient des défis, mais a déclaré : « Cela va être passionnant, excitant ».

Dans une lettre envoyée aux employés de FCA, Mike Manley s’est dit heureux de pouvoir travailler avec Carlos Tavares et a affirmé : « Le succès de cette fusion sera alimenté par le parcours de nos entreprises historiques, un parcours où nous avons démontré notre leadership afin d’intégrer avec succès des cultures multiples, de porter une attention particulière à nos marques iconiques et de faire preuve d’une détermination intelligente, rigoureuse et créative pour réussir ».

Il s’agira du quatrième mariage de FCA depuis sa fusion avec Daimler AG en 1998, qui avait essuyé un échec cuisant en 2007 lorsque le constructeur allemand s’était imposé comme le partenaire dominant du couple.

La deuxième fusion avait duré moins de deux ans après que le fonds d’investissement américain Cerberus Capital Management avait décidé de se lancer dans un business dans lequel il n’avait aucune expérience. Résultat : une stagnation du développement des produits, des milliers de pertes d’emplois et une faillite pendant la récession. 

En juin 2009, le patron de Fiat, Sergio Marchionne, s’empare de l’affaire et conclut un accord en vertu duquel le constructeur automobile italien reprendrait Chrysler pour zéro dollar. Fiat partagerait ainsi l’entité avec United Auto Workers et les gouvernements américain et canadien. La participation de Fiat démarre donc à 20 %, avec par ailleurs 55 % pour le syndicat UAW et des parts minoritaires détenues par les deux gouvernements. Entre-temps, Chrysler est sauvé de la faillite grâce à un prêt de 6,6 milliards de dollars du gouvernement américain. 

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Feu Sergio Marchionne, ancien PDG de FCA

 

En 2014, le prêt est remboursé intégralement plus tôt que prévu et Fiat prend alors une participation de 100 % dans son partenaire américain, fusionnant ainsi officiellement avec Chrysler pour créer Fiat Chrysler Automobiles N.V., une société cotée en bourse à Milan et à New York.

Mais depuis le début, Sergio Marchionne réfléchissait à d’autres fusions, non seulement pour son entreprise, mais aussi pour l’industrie automobile en général. Il assurait que les constructeurs automobiles gaspillaient des milliards de dollars à développer les mêmes composantes, les mêmes plateformes et les mêmes technologies. 

Il finit par formuler ses hypothèses lors d’une conférence téléphonique avec des analystes financiers et des journalistes, qui avait pour but de discuter des résultats financiers de FCA lors du premier trimestre 2015. Il délivre à cette occasion une présentation intitulée « Confessions of a Capital Junkie », dans laquelle il critique la culture insulaire de l’industrie automobile, et affirme qu’il serait plus judicieux de partager les coûts pour augmenter les bénéfices. 

Tentant de mettre ses idées en pratique, Sergio Marchionne s’adresse à plusieurs reprises à Mary Barry, PDG de General Motors Corp., lui proposant une fusion entre les deux sociétés. Cette dernière, soutenue par le conseil d’administration de l’entreprise, assure ne rien avoir à gagner dans un tel accord.

Le mois dernier, General Motors a accusé FCA de corruption, alléguant que Sergio Marchionne était tellement déterminé à fusionner les deux entreprises qu’il aurait versé des pots-de-vin au syndicat UAW afin de conférer à Fiat-Chrysler des conditions contractuelles favorables, qui ne seraient pas disponibles pour le constructeur américain.

General Motors affirme l’existence d’une « manipulation du processus de négociation collective par FCA » au cours des négociations contractuelles de 2011 et 2015, qui aurait « entraîné des coûts de main-d’œuvre injustes et des avantages opérationnels ». General Motors aurait ainsi été contrainte d’envisager une fusion avec FCA. 

FCA a qualifié la poursuite de « perturber notre fusion envisagée avec PSA et les négociations (salariales) en cours avec l’UAW ».

Cette affaire intervient au beau milieu d’une enquête fédérale en cours sur des faits de corruption supposée envers le syndicat automobile UAW et certains de ses dirigeants. Jusqu’à présent, 13 fonctionnaires de FCA et de UAW ont été poursuivis, et 7 autres ont plaidé coupables (notamment Alphons Iacobelli, ancien vice-président de FCA, qui purge aujourd’hui une peine de cinq ans et demi dans une prison fédérale). 

Lorsque la poursuite avait été déposée le 20 novembre, certains pensaient qu’elle pourrait perturber la fusion FCA-PSA, mais lors d’une conférence téléphonique avec des journalistes ce mercredi, Caros Tavares a déclaré : « Nous avons fait preuve de diligence et nous appuyons entièrement la déclaration de FCA qui affirme que cette réclamation est infondée ».

Grâce à la fusion PSA-FCA, les souhaits de Sergio Marchionne, décédé subitement le 25 juillet 2018, seront enfin réalisés.