Le monde ne sera plus jamais comme avant. Chez les chinois qui l’ont déjà en partie surmontée, les idéogrammes représentant la crise associent Danger et Opportunité. L’histoire retiendra de ce début d’année 2020 un épouvantable et inimaginable drame sanitaire sans précédent qui confine un tiers de l’humanité, mais aussi une forte crise économique et boursière, qui sera peut-être la plus puissante du siècle. Elle était prévisible, mais personne ne la voyait venir comme ça et à ce moment-là. Elle remet en cause certains fondamentaux et il y aura assurément énormément à réinventer. 

Après la Chine et l’Asie, le tsunami du Covid-19 déferle actuellement sur l’occident, et en toute logique, il s’étendra dans les prochaines semaines aux continents encore relativement épargnés, avec malheureusement sa cohorte de drames, totalement inimaginable il y a encore quelques semaines. Ce XXIè siècle est décidément imprévisible. Au-delà de l’horreur des dizaines de milliers de décès, ce sont déjà des millions de personnes infectées qui seront très affaiblies pendant plusieurs semaines, et un nombre colossal de PME qui n’y survivront pas, générant une casse sociale inévitable. Aucun scénariste n’aurait osé imaginer ce spectacle surréaliste de villes paralysées et désertique, ni la façon dont la société se réorganise dans des contacts à distance, avec son lot de drames liés à la pauvreté et à la solitude.


On a parlé de guerre. C’est pour mieux se rappeler à quel point nous avons eu de la chance de traverser 75 ans de paix : aussi contraignant soit-il, notre confinement est une plaisanterie en comparaison de l’occupation ou des conditions de vie des populations réellement en guerre. 

Le coût pharaonique d’une économie à l’arrêt 

De nombreuses sociétés, de l’hospitalité, de l’événementiel en passant par le commerce de détail (hors alimentaire) se sont arrêtées totalement et brutalement. Le coût de cette économie figée pendant plusieurs semaines va être pharaonique. De nombreuses économies seront en décroissance sur les premiers mois de l’année et les déficits se creuseront de façon vertigineuse. De nombreuses entreprises sont quasiment à l’arrêt, des usines se sont interrompues, les transports se sont pour l’essentiel figés. L’essentiel des entreprises tournent au ralenti. Elles seront loin de leurs budgets du trimestre et vont être amenées à couper des investissements, ce qui aura un effet domino. La bourse a montré à quelle vitesse elle peut descendre, ce qui va de façon induite la fragiliser structurellement dans les prochaines années. En cela, cette crise ressemble aux précédentes.

Mais d’autre part, de très nombreuses entreprises se sont aperçues qu’elles n’avaient finalement pas si besoin de leurs bureaux coûteux et qu’elles parvenaient à fonctionner à distance. En serrant les coûts sur ce trimestre par cas de force majeure, elles parviendront à identifier des économies durables qu’elles pensaient impossibles. Les professions médicales sont dépassées dans de nombreux secteurs mais elles ont montré la nécessité absolue d’investir dans ce domaine sur la durée. Les acteurs de la distribution alimentaire tournent à plein régime, alors que la morosité était de mise. Certains médias vont faire une audience “day time” inimaginable, même si les recettes publicitaires ne suivent pas dans la même mesure. Il n’y aura jamais eu aussi peu d’accidents sur les routes et les assureurs automobile vont faire un excellent résultat cette année. Cette pause est aussi semble-t-il une bénédiction pour la qualité de l’air et pour la planète en général. 

Beaucoup de pans de l’économie et de notre société vont se réinventer. 

Les investissements dans l’innovation et dans l’économie seront nécessairement plus sélectifs dans les quelques trimestres à venir, ce qui va laisser sur le carreau de nombreux projets. Bien entendu, personne ne peut savoir combien de temps ça va durer et quelles métamorphoses vont se produire. Mais le Covid-19 nous a rappelé à quel point nous avions besoin de la science dans ce siècle imprévisible. 

Certains ont déduit qu’ils devaient réduire leur dépendance par rapport à l’Asie, qui pourtant a montré, de la Chine au Japon en passant par La Corée, Taiwan, Singapour ou Hong Kong, une maîtrise exemplaire de l’épidémie par le déploiement rapide de technologie et une plus grande discipline, ce qui a sauvé des milliers de vies. De façon induite, l’occident a montré du désordre et de la lenteur. Aux Etats-Unis comme en Europe, l’efficacité des politiques occidentales se sont révélées moins rapides et moins efficaces que les sociétés orientales touchées les premières et qui commencent à relever la tête alors que nous courbons l’échine face au virus. 

Cette vie sédentaire et confinée pousse chacun individuellement, et chaque entreprise, à repenser sa valeur ajoutée dans cette société transformée et vulnérable. Oui, ce confinement aura une fin, mais il y aura certainement d’autres épidémies et d’autres facteurs exogènes qui viendront perturber ce siècle imprévisible. 

Bien évidemment, chacun a appris à télétravailler et beaucoup y prendront goût, ils y auront recours de façon de plus en plus fréquente en économisant des déplacements longs et coûteux, générant pour eux et leurs “stakeholders” de fortes économies. Les outils du travail à distance sont des sociétés du “Cloud” et du logiciel à distance (“Software-as-a-Service” ou SaaS), qui permettent à chacun de piloter son activité depuis n’importe quel accès internet. Des groupes projet distanciels et pourtant très efficaces se sont constitués depuis le début du confinement. Certains interlocuteurs clés des organisations sont paradoxalement plus accessibles et plus réactifs du fait du confinement, ce qui génère des gains de productivité. On a montré ces dernières semaines qu’on peut signer des deals sans avoir à trouver une date (et un lieu) de déjeuner.

Bien entendu l’attentisme prévaut dans de nombreux domaines. On ne peut plus visiter de biens immobiliers pendant la quarantaine et il est presque impossible de passer chez le notaire. Mais les facteurs de la demande sont structurels et durables dans l’essentiel des secteurs. La qualité de l’habitat a – ô  combien – montré son importance depuis le 16 mars, ce qui va conforter la demande à la fois pour certaines catégories de biens et pour la chaîne de valeur de l’amélioration de l’habitat. Chacun sera forcément sensibilisé à la capacité de son logement à gérer une période de quarantaine. Des sujets clés comme l’e-learning, la qualité de l’alimentation et l’exercice physique à domicile se sont aussi durablement ancrés. L’entraide et la solidarité en période de crise sont plus que jamais d’actualité. Ce sont quelques unes des nouvelles tendances de fonds sur lesquelles il s’agira désormais de construire. 

Paris est désert (crédit : PE Struyven)

On ne vivra et on ne travaillera plus jamais exactement comme avant 

Cette crise questionne plusieurs fondamentaux de notre organisation sociale et, de façon induite, politique, au moins dans son sens étymologique, c’est-à-dire l’organisation de la cité. Quand les rues se vident, la cité se réorganise de façon “dramatique”, au moins dans le sens étymologique, c’est-à-dire théâtrale. Une transformation de fond s’est produite dans les dernières semaines. Il est trop tôt pour en connaître l’ampleur et la nature exacte. Ne faisons pas les autruches, des dangers existent. Mais des opportunités émergent déjà, les plus rapides parviendront à les saisir. Bref, c’est la crise, au sens de l’idéogramme chinois. 

Nos amis et notre famille nous manquent, notre vie d’avant nous manque, ce sera très bon de les retrouver, mais on sait d’ores-et-déjà que le monde ne sera plus exactement le même quand nous sortirons. Ce ne sera pas un lendemain de guerre, mais ce sera une formidable opportunité de reconstruire quelques bases d’un monde meilleur, notamment pour la planète qui en a infiniment besoin. 

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