Des tests de masse pour chercher la présence d’anticorps permettraient d’identifier la population immunisée et de reprendre l’activité économique. Par Lily Hua Fang, Professeure de Finance à l’INSEAD, titulaire de la chaire AXA sur les risques sur les marchés financiers.

Les ravages humains et économiques causés par le coronavirus ne cessent de se multiplier. Chaque jour perdu dans ce combat nous enlise davantage dans les difficultés. Tout aussi silencieuse et fatale, la contagion économique prend de l’ampleur. Le prix à payer augmente quotidiennement. Le plan de sauvetage adopté par le Congrès américain est ainsi passé de mille à deux mille milliards de dollars en une semaine. La Réserve Fédérale a dû se résoudre à octroyer des fonds de façon “illimitée”, et cela n’a même pas été suffisant pour apaiser les marchés financiers, toujours en chute libre. Il n’y a aucune échappatoire. Même en Chine, où la victoire sur le virus est en cours et où les marchés ont remarquablement bien résisté au plus fort de la crise, ces derniers ont fini par sombrer la semaine dernière, l’épidémie ayant dépassé les frontières du pays. L’économie est mondiale. La Chine a peut-être gagné son combat contre le virus elle ne pourra pas l’emporter face à l’effondrement de l’économie mondiale.


Une trop longue pause de l’économie pourrait créer une deuxième Grande Dépression. C’est une réelle menace. Même une fois la lutte contre le virus achevée, si la crise a coupé les ailes de l’économie, celle-ci pourra ne pas redécoller, comme l’illustre la Chine à présent. En ce sens, le président Trump a raison : “Le remède ne peut pas être pire que la maladie”.

Par conséquent, dans la lutte contre la crise économique, il est essentiel de définir l’horizon de la reprise des activités. Après 3 ou 4 semaines, les décideurs politiques doivent faciliter cette reprise. Comment faire ?

Pratiquer des tests d’anticorps en masse, voilà la réponse. Ces tests nous permettraient non seulement de comprendre la véritable étendue de la contagion, mesure statistique indispensable à la bonne compréhension du virus, mais aussi, et c’est là un point essentiel, d’identifier la population saine et nouvellement immunisée qui peut retourner au travail et relancer le moteur économique. Par rapport aux tests de diagnostic, les tests d’anticorps sont plus faciles à réaliser à grande échelle et moins chers. Il en existe déjà des versions commerciales et les scientifiques du monde entier se battent pour leur développement.

On assiste cependant à des poussées d’espoir. L’Italie a connu une réduction du nombre de nouveaux cas deux jours de suite. Cette tendance est apparue le 22 mars, exactement 14 jours après le confinement généralisé dans ce pays. Ces chiffres suivent la même courbe que ceux de la Chine. Nous devons garder espoir mais nous devons aussi savoir être courageux. L’épidémie ne peut être éradiquée et ce ne doit pas être l’objectif du confinement. Au contraire, une immunisation naturelle est une meilleure stratégie à long terme en l’absence de traitement efficace et de vaccin.

La reprise de l’économie doit aussi pouvoir s’appuyer sur des politiques publiques. Protéger les maisons de retraite et toutes les populations vulnérables reste une priorité politique nécessaire. Que les personnes atteintes par le virus et les malades chroniques restent chez eux en est une autre. Leurs pertes de revenus doivent d’ailleurs être compensées par le gouvernement. Mais il est essentiel que la population saine et immunisée puisse retourner au travail. C’est la seule façon de sortir de cette crise. En outre, si nous saisissons cette occasion pour réaliser des investissements stratégiques à long terme dans nos infrastructures et dans nos ressources intellectuelles, nous aurons transformé une crise en une opportunité de croissance à long terme.

“Il ne faut jamais laisser une bonne crise se perdre” – Winston Churchill.  

 

Traduit de l’anglais par Gwénaële Reboux, traductrice à l’INSEAD.