Quand on est le descendant des monuments tels Ferdinand Porsche, créateur de la Coccinelle et fondateur de la marque éponyme, et Ferdinand Piëch, lui-même petit fils de Ferdinand Porsche, fondateur du groupe Volkswagen AG et ingénieur/créateur de la Porsche de course la plus fabuleuse qui soit, la 917, on doit être costaud pour porter de tels héritages technique, industriel et familial.

C’est le cas d’Anton “Toni” Piëch, arrière-petit-fils et fils de ces deux mastodontes de l’automobile, et fondateur du constructeur germano-suisse des supercars électriques : Piëch Automotive.

C’est un gigantesque patrimoine à assumer que d’être celui qui choisit de porter le flambeau familial de créateur de voitures de sport. Peut-être que cet héritage industriel le rend visionnaire en tant qu’apporteur d’un regard nouveau les automobiles de sport et de luxe dans le contexte actuel de la course au développement des autos électriques.

Au Salon international de l’automobile de Genève début mars, l’équipe de Piëch Automotive a présenté en première mondiale la Mark Zero, le coupé électrique grand tourisme du nouveau constructeur basé à Zurich en Suisse et à Munich en Allemagne.

Au début des années 1970, Porsche AG a connu une crise interne de contrôle du développement technique et commercial des modèles et du département compétition. La crise s’est soldée par l’introduction en bourse de Porsche et la démission en bloc des postes de management de tous les héritiers des deux branches de la famille Porsche/Piëch, y compris Ferry Porsche, le fils de Ferdinand Porsche, le fondateur de la marque.

Ferdinand Porsche a eu deux enfants : Louise Porsche, qui a épousé Anton Piëch en 1928, un avocat autrichien qui était co-fondateur de Porsche AG dès 1931 ; et Ferdinand ‘Ferry’ Anton Porsche (ils s’appellent tous soit Ferdinand, soit Anton dans cette histoire !), le fils ingénieur qui a développé le modèle 356 et a participé aux débuts de la 911.

Entré dans le groupe en 1963, avant cette crise, à l’age de 26 ans à la sortie de L’École polytechnique fédérale de Zurich, diplômé d’ingénierie des moteurs de la formule 1, Ferdinand Piëch, le fils d’Anton Piëch et donc le petit-fils de Ferdinand Porsche, prendra rapidement le poste de responsable du département course de Porsche AG ou il développera la 908 et sa grande sœur la 917. Mais les frictions commencent, dès la fin des années 1960, entre l’oncle Ferry et son neveu Ferdinand. L’un accuse l’autre de gaspiller de l’argent à poursuivre la victoire en course à tout prix, et l’autre d’incompétence dans la gestion de la poursuite d’économies dans la construction des autos sportives de série.

En 1972 Ferdinand Piëch quitte Porsche pour créer son propre cabinet de conseil en ingénierie. Après une année, il entre chez Audi, déjà au sein de la société Volkswagen, ou il démarre sa montée en puissance en hissant la société au niveau de ses concurrents les plus directs, Mercedes et BMW, et en finalisant une restructuration de toutes les entités intégrant Volkswagen pour leur donner la structure d’aujourd’hui. Passant à la tête du groupe en 1993, il y reste jusqu’en 2015, d’abord comme PDG et ensuite comme président du directoire.

Avec l’ADN de l’arrière-grand-père Ferdinand Porsche et du père Ferdinand Piëch, certainement sans se soucier de comment joindre les deux bouts, Toni Piëch doit quand même se soucier de la réussite commerciale de son projet. Lui-même sorti de l’université de Princeton diplômé d’études de l’Asie de l’Est, il est parti en Chine pendant une douzaine d’années avant de rentrer à Zurich fonder Piëch Automotive.

Que faire si on ne trouve pas sur le marché des supercars de luxe celle que l’on recherche ? On n’a qu’à la créer soi-même. Chose voulue, chose faite. Toni et son ami le dessinateur Rea Stark Rajcic, co-fondateur et co-PDG de Piëch Automotive, ont franchi le pas en lançant l’étude et puis le développement du modèle Mark Zero en créant en 2016 Piëch Automotive, nouveau constructeur automobile germano-suisse.

Et on veut qu’elle soit électrique, innovante, modulaire et avec un design intemporel, s’il vous plaît. Sur le marché actuellement en mutation, partir d’une feuille blanche pour réaliser une ligne de voitures de luxe en cherchant à simplifier sa conception et sa plate-forme, et en introduisant des technologies de pointes, notamment dans le domaine d’électrification de l’automobile, c’est relever un défi.

La Mark Zero est le fruit d’une collaboration qui, à la base, est une réponse au manque de véhicule sur le marché actuel qui répond à leur critères : une plate-forme modulable qui permettra de décliner la gamme facilement en plusieurs modèles complémentaires ; tout en prenant la pole position en tant qu’apporteur d’innovations techniques importantes, telle la recharge la plus rapide du marché : 500 km d’autonomie, recharge à 80% en 4 minutes et 40 secondes !

Ses cellules de batterie proviendront du groupe Desten, fabricant basé à Hong Kong. Avec une longévité de plus de 5 000 cycles de charge et de recharge, et l’absence de gros écart de température, la Mark Zero s’allégera de plus de 200 kg du système de refroidissement qui n’y sera pas nécessaire. Avec le lancement de la production prévu pour 2020, la Mark Zero sera le premier véhicule au monde doté de ce système de rechargement, un véritable atout dans ce monde si compétitif qui est le monde de l’automobile haut de gamme.

Un poids ne dépassant pas les 1800 kg, une accélération de 0 à 100 km/h en 3,2 secondes et une vitesse de pointe annoncée à 250 km/h, cette construction modulaire vise à simplifier la conception d’une plate-forme autant pour le choix des groupes propulseurs (thermique, électrique, hybride ou par des piles à combustible) que pour la variation des modèles entre le coupé Grand Tourisme, strictement deux place, une berline quatre portes ou un SUV de la même taille que la berline. Un peu comme un jeu de Lego, Piëch Automotive envisage les blocs modulables permettant de tenir les modèles à jour en échangeant les blocs quand cela devient nécessaire.

L’ingénieur en chef chez Piëch Automotive basé à Munich, Klaus Schmidt, est le concepteur de ces modalités. L’ancien ingénieur en chef responsable chez BWM de la Division-M, les versions les plus performantes de la marque bavaroise, est arrivé chez Piëch fort de ses 30 années d’expérience dans l’automobile haut de gamme et de luxe.

La Mark Zero veut délibérément rappeler les GT des années 60 et 70, tout en proposant un choix d’un véhicule 100% électrifié sur le marché des automobiles de luxe mais sans franchir le prix des 200 000 euros, tel qu’a annoncé Rea Stark lors du dévoilement à Genève. Leur but est d’en produire dans un premier temps entre 2 000 à 3 000 exemplaires par an.

Avec le nom de Piëch, les technologies réunies, les performances atteintes, la ligne de rêve et le prix alléchant, la Mark Zero est vouée à la réussite… et Toni à assurer que le flambeau ne s’éteindra pas.

 

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