C’est avec autant d’optimisme que de prudence que Hamdiya Ismaila, la Directrice Générale du Fonds de Placement de l’Entreprise et la Présidente de Impact Investing Ghana (IIGh), a présenté cette dernière à une salle remplie d’acteurs-clés à l’intérieur du tout nouvel auditorium d’Ecobank Ghana. L’entreprise a pour but d’aider le pays à atteindre les Objectifs de Développement Durable établis par les Nations Unies.

Impact Investing évolue elle-même au sein d’un monde de contradictions tentant de se résoudre elles-mêmes. « L’investissement d’impact n’est pas de la philanthropie. Nous avons dépassé ce stade », nous informe Ismaila. Cette tension est au cœur de l’investissement d’impact. Vous investissez pour créer un impact social et environnemental, mais vous attendez également des bénéfices en retour. C’est une industrie qui n’essaie pas simplement de prouver que vous pouvez avoir le beurre et l’argent du beurre, mais aussi que si vous ne le faites pas, il n’y aura un jour plus de beurre pour personne.  


Ce nouvel élan pour l’investissement d’impact au Ghana en particulier, et plus généralement dans le monde, provient d’un besoin critique. Selon Sylvia Lopez-Ekra, la Chef de Mission au sein de l’Organisation Internationale pour la Migration, 5 à 7 billions de dollars sont nécessaires chaque année pour réaliser les Objectifs de Développement Durable (ODD). Les ODD sont une liste audacieuse de 17 objectifs mis en place par l’Assemblée Générale des Nation Unies en 2015, devant être réalisés d’ici 2030. Tout comme les Objectifs du Millénaire pour le Développement avant eux, ils incluent des objectifs ambitieux tels que « Pas de pauvreté » et « Égalité entre les Sexes ». Il y aura besoin d’une combinaison tout aussi ambitieuse d’innovation dans les politiques, la mise en place et le financement pour les atteindre.

En 2014, une étude de la Harvard Kennedy School financée par UBS avait calculé que les fondations détiennent plus de 1,5 $ billions d’actifs. Les fondations investissent du capital philanthropique (actifs de fondation) et utilisent le revenu généré par ces actifs pour à la fois fonctionner et accorder des subventions. Bien qu’il soit difficile de déterminer le montant total des dépenses globales des fondations, celles-ci se situent quelque part autour de 150 $ milliards par an. C’est beaucoup d’argent, mais ça ne représente pas encore le capital nécessaire pour atteindre les Objectifs de Développement Durable. C’est tout juste l’équivalent d’une fois et demie le SoftBank Vision Funds. Une partie du financement des ODD doit provenir des marchés de capitaux traditionnels. Selon Sam Yeboah, le fondateur de Mirepa Capital Ltd et le représentant du Groupe de Travail de IIGh, « atteindre nos objectifs sociaux et environnementaux exige de délibérément promouvoir l’investissement d’impact afin de remédier aux besoins sociétaux insatisfaits. »

Le Ghana prend des mesures délibérées pour y parvenir. Il se joint au Global Steering Group for Impact Investing, un groupe créé par le G7 en 2013 pour promouvoir le développement du secteur et la collaboration au sein de celui-ci. Il est seulement le deuxième pays d’Afrique sub-saharienne, après l’Afrique du Sud, à rejoindre le groupe. À l’inauguration d’IIGh le 18 juin, Sir Harvey McGrath, Président de Big Society Capital et du Conseil Consultatif National du Royaume-Uni sur l’investissement d’impact, avait applaudit le gouvernement ghanéen pour son statut de premier gouvernement au monde à aligner son budget avec un rapport de référence ODD.

Mais alors, cela fonctionnera-t-il ? Ismaila est optimiste car « Impact Investing Ghana est une organisation associative dirigée par le secteur privé comprenant des acteurs majeurs dans l’entrepreneuriat, l’entreprise sociale et l’écosystème de financement du Ghana. » Le groupe, composé en majorité de femmes, prend l’ODD 17 à cœur, « Partenariats pour la réalisation des objectifs ». « En faisant jouer les forces collectives de nos parties prenantes, nous savons que nous pouvons faire des avancées significatives dans la réalisation des Objectifs de Développement Durable et dans notre développement concret. », ajoute-t-elle.

Investir dans les débuts est difficile. Investir dans les marchés émergents est difficile. Créer un véritable impact social durable est difficile. Combiner les trois ne sera pas facile, mais IIGh est consciente du chemin à faire.

Amma Gyamo, Responsible Partenariats pour IIGh, déclare, « Nous avons beaucoup à faire, mais nous prendrons avant tout du recul et collaborerons avec des partenaires de recherche innovants afin de planifier et présenter des recommandations concrètes de politiques publiques dans le but de relever les principaux défis du développement auxquels notre pays et notre région doivent faire face. »

Pour prendre part au travail d’IIGh, les partenaires potentiels peuvent envoyer un e-mail à [email protected].