L’un des feuilletons de l’été a pris fin hier soir avec l’annonce d’un accord entre le Paris-Saint-Germain et l’AS Monaco pour le transfert de la « nouvelle pépite » du football français, le jeune attaquant Kylian Mbappé, âgé de 18 ans, qui portera donc cette saison le maillot de son club de cœur. Montant de la transaction : 150 millions d’euros plus 30 millions de bonus divers. Une somme que le club de la capitale déboursera seulement l’été prochain, évitant – a priori – les foudres du Fair-Play financier. Explications.

Rêver plus grand. Le slogan du Paris-Saint-Germain n’a jamais paru aussi à propos que lors de cet été 2017. Un « mercato enchanteur » qui a permis au club de la Ville Lumière, propriété du fonds souverain du Qatar, de s’offrir les services de la star brésilienne Neymar pour 222 millions d’euros et de « l’étoile montante » du football hexagonal,  Kylian Mbappé, 18 ans, pour un montant presque aussi conséquent : 150 millions d’euros + 30 millions de bonus le tout assorti d’un salaire de 18 millions d’euros par an.  Des sommes vertigineuses qui permettent néanmoins d’effacer un mercato 2016 complètement raté avec les arrivées conjuguées de Ben Arfa, Jesé, Krychowiak, dont le club cherche aujourd’hui à se débarrasser. Seul Jesé a jusqu’à présent trouvé preneur du côté de Stoke City alors que le marché ferme jeudi minuit.

Mais depuis, la déroute du 8 mars est passé par là, et le PSG, humilié à Barcelone (6-1) était piteusement éliminé en 1/8 de finale de la Ligue des Champions, compétition reine qu’il rêve de remporter, après avoir pourtant gagné 4-0 une quinzaine de jours plutôt. Dans ce contexte, le club de la capitale n’avait d’autre alternative que de frapper fort sur le marché des transferts. Première banderille, et beaucoup ont tendance à l’oublier, l’arrivée d’un directeur sportif digne de ce nom : Antero Henrique en provenance du FC Porto qui a, en quelques semaines, effacé un autre fiasco retentissant de l’été 2016 : la nomination de l’ancien international néerlandais Patrick Kluivert au poste de « directeur du football » (sic).

Un montage complexe

Un premier acte qui va s’avérer un véritable coup de maître. Le nouvel homme fort du club sportif, épaulé par l’ancien latéral gauche Maxwell, au club depuis l’hiver 2011 soit quelques mois seulement après l’arrivée des qataris, a rapidement pris ses marques au point de conclure le plus gros transfert du monde en arrachant le brésilien Neymar au FC Barcelone pour 222 millions d’euros, montant de sa clause libératoire. Deuxième banderille plantée tard hier soir : l’arrivée de Kylian Mbappé, considéré comme l’avenir du football français, pour 150 millions d’euros et 30 millions de bonus. Comment, dans ce contexte, le club de la capitale après avoir déboursé de telles sommes, pourra-t-il décemment échapper au Fair-Play financier ? La réponse est simple : les 150 millions dus à l’AS Monaco ne seront payés qu’à l’été prochain pour la simple et bonne raison que l’attaquant monégasque débarque dans la capitale sous la forme d’un prêt… sans option d’achat obligatoire. Ce qui signifie concrètement que le PSG ne règlera cette somme qu’à l’été 2018.

La notion d’option d’achat non obligatoire peut surprendre mais, comme souligné par l’Equipe, il y a fort à parier, au regard des sommes en jeu, que les états-majors des deux clubs – Paris et Monaco – ont signé des documents sous seing privé pour garantir le paiement de la somme dans un an. Un « modus operandi » qui arrange également l’AS Monaco qui, avec notamment les ventes de Bernardo Silva, Benjamin Mendy ou encore Tiémoué Bakayoko a déjà récupéré près de 186 millions d’euros cet été, et pourra donc inscrire les 180 millions rapportés par Mbappé à son exercice 2018-2019. De plus, ce n’est pas la première fois que le Paris-Saint-Germain procède de la sorte. En effet, afin de respecter l’équilibre des comptes imposé par le Fair-Play financier, le club avait proposé, à l’été 2014, un montage peu ou prou similaire – avec bien entendu une somme bien moindre – à Toulouse pour s’offrir les services du latéral droit Serge Aurier. Avant de s’acquitter du transfert un an plus tard. Suffisant pour passer entre les fourches caudines du gendarme financier de l’UEFA ? Déjà sanctionné par le passé, avec notamment une limitation du nombre de joueurs inscrits en Ligue des Champions (21 contre 25), le PSG joue gros et s’expose à des sanctions plus importantes en cas de non-respect du « FPF », d’autant plus que ses rivaux européens comme le Real Madrid, le FC Barcelone ou encore le Bayern Munich n’ont pas caché leur agacement à l’encontre de la politique de recrutement massif du club de la capitale. Et ces clubs ont un certain poids au sein des instances.

Lourdes sanctions

Pour rappel, le PSG s’expose, en cas de non-respect du Fair-Play financier, à un large éventail de sanctions, comme nous le soulignait, dans nos colonnes, Gautier Kertudo, avocat spécialisé en droit du sport au sein du cabinet Barthélémy. « La majorité des sanctions concernent donc la limitation du nombre de joueurs inscrits pour les compétitions, des pénalités financières, l’exclusion d’une compétition européenne, et peuvent même aller jusqu’au retrait d’un titre. Le Fair-Play financier ne peut, à ce titre, être assimilé à une coquille vide car l’éventail de sanctions est assez large, et surtout, elles sont appliquées et ne demeurent pas de simples menaces et autres rappels à l’ordre dont les clubs n’ont souvent que faire ». Le PSG court donc le risque d’une exclusion de la Ligue des Champions, son « Graal » et compétition pour laquelle il a déboursé ses sommes faramineuses, ayant déjà raflé tous les trophées possibles sur la scène domestique du football. Une telle issue n’a que peu de chances d’aboutir mais le gendarme financier de l’UEFA, sous la pression des grands clubs susnommés, pourrait être tenté de « faire un exemple » avec le Paris-Saint-Germain.