Dans une déclaration commune, LVMH et Tiffany ont déclaré la cessation des hostilités et annoncé un nouveau prix d’achat modifié de 131,50 $ par action, au lieu des 135 $ convenus en novembre dernier. 

Le milliardaire français Bernard Arnault vient de tirer un trait sur la récente bataille entre le groupe de luxe LVMH et le géant américain de la joaillerie Tiffany & Co. concernant les termes d’un accord de 16 milliards de dollars annoncé en novembre dernier.

Ce nouveau prix ramène le montant total convenu pour Tiffany à environ 15,8 milliards de dollars (contre 16,2 milliards prévus initialement), ce qui permet à Bernard Arnault de bénéficier d’une réduction de 400 millions de dollars sur la plus importante acquisition de son groupe à ce jour.


Le nouvel accord met fin à des mois de débats dans les médias, après l’annonce de LVMH indiquant son intention de « reporter » l’accord en septembre, ce qui a mis les deux parties sur la voie d’une âpre bataille judiciaire dans le Delaware.

Dans la déclaration d’hier, Bernard Arnault a décrit le nouvel accord comme étant « équilibré », ce qui permet à LVMH de « travailler sur l’acquisition de Tiffany en confiance ». Il a ajouté que le groupe LVMH est « convaincu » du « formidable potentiel » de Tiffany et « pense que LVMH est le bon choix pour Tiffany ».

Le dilemme du dividende

Bien que Bernard Arnault, célèbre pour son inflexibilité, puisse se réjouir d’avoir obtenu un rabais et d’avoir réglé une procédure judiciaire, Tiffany a réussi à pousser l’accord vers sa conclusion et a plaidé en faveur de la poursuite du versement de son dividende trimestriel de 58 cents par action. 

Ainsi, trois séries de dividendes de 70 millions de dollars par trimestre auront été versées par Tiffany au moment de la conclusion de l’accord, pour un total de 210 millions de dollars. Cette décision de continuer à verser des dividendes en pleine pandémie, qui a pourtant fortement ébranlé le secteur du luxe, a été qualifiée de « décevante » par LVMH, et a constitué un point de désaccord majeur pour l’accord.

Roger N. Farah, président du conseil d’administration de Tiffany, a ajouté que l’accord donnait à LVMH un « prix attractif » et qu’il était « dans l’intérêt de toutes nos parties prenantes d’obtenir la certitude de conclure ».

Mélodrame du luxe

Le feuilleton LVMH-Tiffany a vu la plus grande fortune d’Europe affronter le plus célèbre géant américain de la joaillerie, dans un drame qui a suscité l’intervention du gouvernement français. Les deux parties prenantes semblaient prêtes à mener une bataille juridique amère et coûteuse devant un tribunal du Delaware.

En novembre, Tiffany et LVMH ont convenu d’une fusion de 16,2 milliards de dollars, qui verrait le joaillier rejoindre la famille LVMH. Bernard Arnault avait alors qualifié Tiffany d’« icône américaine » qui, sous sa direction, « deviendrait un peu française ».

Toutefois, à l’arrivée de la pandémie au mois de mars, le paysage du luxe a changé, et Tiffany a vu nombre de ses magasins du monde entier être fermés pendant le confinement.

En juin, une source proche de Tiffany ayant participé aux négociations a déclaré à Forbes que la marque de joaillerie savait qu’elle avait un problème, et que son équipe juridique commençait à se préparer au pire.

En septembre, le groupe LVMH semblait s’être retiré de l’accord après la publication d’une lettre du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères demandant le report de celui-ci en raison d’un différend commercial entre la France et les États-Unis. L’opposition politique française n’est pas mentionnée dans l’annonce d’hier, et elle n’a pas fait l’objet de l’action en justice intentée par Tiffany devant un tribunal du Delaware pour obliger LVMH à honorer l’accord.

L’objet de la querelle entre les deux géants du luxe s’est plutôt déplacé vers les 70 millions de dollars versés chaque trimestre par Tiffany à ses actionnaires pendant la pandémie. Une source proche de LVMH a décrit le groupe pour Forbes en septembre dernier comme « en train de littéralement brûler de l’argent ».  

Mais Tiffany a soutenu que, malgré la période difficile due à la pandémie, sa position financière solide n’avait pas changé, détenant quelque 1,1 milliard de dollars de réserves de trésorerie, selon un récent document de la Securities and Exchange Commission.

Une source proche de Tiffany a également déclaré à Forbes que LVMH utilisait la pandémie comme « excuse » pour tenter d’arrêter le paiement des dividendes, ce qui aurait pour conséquence de faire entrer davantage de liquidités dans le bilan dont le groupe hériterait au moment de l’acquisition de la société. 

Dans la dernière volée d’arguments le mois dernier, Tiffany a riposté directement au milliardaire français Bernard Arnault et à son groupe LVMH. Dans sa réponse finale à la demande reconventionnelle de LVMH devant le tribunal du Delaware, la marque de bijoux a qualifié les allégations comme étant « sans fondement juridique et factuel » et a accusé le PDG de LVMH d’utiliser « tous les moyens et toutes les occasions à sa disposition pour s’assurer que LVMH paie le prix le plus bas possible pour les actifs souhaités ».

Cette date de comparution a désormais été évitée, et la fusion devrait être finalisée début 2021, sous réserve de l’approbation des actionnaires de Tiffany.

Article traduit de Forbes US – Auteur : David Dawkins

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