Pièce maîtresse du dernier parfum d’Azzaro, Wanted Girl, la fleur d’oranger se cultive en Tunisie dans la région du Cap Bon, célèbre pour la qualité de son climat à la fois semi-aride et méditerranéen. Forbes s’est rendu dans les vergers de bigaradiers de Takelsa, au nord- ouest de Nabeul, auprès des femmes qui recueillent leurs bourgeons en pleine floraison. L’occasion de remonter le fil d’un circuit où la production de la fleur d’oranger pérennise un savoir-faire unique d’extraction et profite à l’économie du pays.

La fleur d’oranger a son terroir, celui de la région de Nabeul. Lors de sa floraison entre mi-mars et mi-avril, dès l’aube pour profiter de la mansuétude du soleil du matin, les villageoises se rendent dans les vergers. À l’aide d’escabeaux pour se hisser jusqu’aux plus hautes branches, elles détachent avec habileté les fleurs qu’elles laissent tomber sur un vaste filet étendu sur le sol. Chacune amassera entre 8 et 12 kilos de fleurs qui sont collectées et traitées le soir même dans l’une des usines de distillation et d’extraction de la région. Il faut faire vite : au-delà de douze heures, la fleur n’est plus bonne.


Direction l’usine d’extraction

Si les petites récoltes familiales sont transformées à la maison en eau florale selon la tradition, 80 % de la récolte régionale est livrée par les collecteurs dans l’une des six usines de Nabeul qui transforment la fleur d’oranger. Sur place et le jour même, elle est soit extraite pour obtenir une « concrète », soit distillée pour obtenir l’essence de fleur d’oranger (appelée néroli) : une tonne de fleurs de bigaradier produit 1 kg de néroli et 600 litres d’eau de fleur d’oranger. « L’histoire de la culture de la fleur d’oranger a débuté au Cap Bon au début du siècle dernier avec les Grassois qui l’ont développée pour échapper aux contrariétés climatiques comme le gel », nous explique Chedly, propriétaire de 23 hectares de bigaradiers baptisés « Les Vergers de Tunisie », qui nous reçoit dans son usine d’extraction, l’une des plus anciennes, créée en 1903. Sa parcelle de champs est particulièrement importante dans un pays où l’ensemble des 400 hectares de la production de bigaradiers est morcelé en petites cultures familiales. De quoi assurer au chef d’entreprise une quantité minimum de production sur un marché où la demande grandissante (aromathérapie et parfumerie) fait grimper les prix.

« Une présence indispensable à l’accord floral et gustatif »

La récolte régionale est extraite en huile de néroli sous forme de précieuse concrète, avant sa nouvelle destination, dans la majorité des cas la France, où elle sera utilisée pour concevoir des parfums. C’est le cas pour Wanted Girl, une fragrance créée par Dominique Ropion, maître parfumeur à IFF, pour Clarins- Azzaro. Dans ce parfum, « la fleur d’oranger est une pièce maîtresse de la note en absolu, une présence indispensable à l’accord floral et gustatif du parfum », précise le nez le plus bankable – mais aussi le plus discret – de sa congrégation (on lui doit notamment Y d’Yves Saint Laurent, Promise de Frédéric Malle ou encore Girl of Now d’Elie Saab). Et d’ajouter : « Le savoir- faire dans la confection du parfum réside dans la technique d’extraction, le reste n’est qu’une affaire de mélange relativement simple dans les usines qui prennent le relais. » Ainsi, la concrète d’absolu de fleur d’oranger conditionnée dans des bidons de métal s’envole pour Grasse. Elle y sera testée et additionnée d’alcool pour la débarrasser de la cire végétale : une absolue pure que le maestro va pouvoir utiliser et « facetter ». Pour finaliser le nouveau-né de la maison Azzaro, il ne manque plus que l’étape de la mise en flacon à l’usine Clarins-Azzaro de Strasbourg… Avant de conquérir le cœur des femmes avec ses notes gourmandes et solaires, pour un été radieux et certainement lucratif.