Vendredi, l’analyste pétrolier Bill Featherstone a déclaré : « Le pire est certes derrière nous, mais il a laissé place à une longue période de convalescence ».

Le secteur pétrolier est-il vraiment sorti de la crise ? Dix semaines après le début de la pandémie du COVID-19 et un mois après que le prix du pétrole brut fut tombé en dessous de zéro, le cours du brut de West Texas Intermediate est maintenant à 35 dollars. Les pétroliers américains ont réduit leur production et réduit de 400 milliards de dollars les budgets d’investissement. Le rythme des forages est en baisse de plus de 80 % par rapport au pic du grand boom pétrolier américain.

Les Américains conduisent plus qu’au début de la pandémie, car à la mi-avril, la consommation d’essence avait dégringolé à cause du confinement. Aujourd’hui, selon les chiffres de la Deutsche Bank, ils ne conduisent plus que 30 % de moins qu’avant. De même, la demande mondiale de pétrole aurait atteint son point le plus pas en mai avec 79 millions de barils par jour. Malgré la prévision du cabinet de conseil en énergie Rystad de 84 millions de barils par jour,  Ce chiffre reste encore loin des 99,5 millions de barils de la fin 2019.

Pendant ce temps, les pétroliers américains contribuent à réduire l’excédent de l’offre en maintenant les plateformes à l’arrêt. Le nombre de plateformes Baker Hughes a baissé de près de 500 cette année, pour atteindre 289. À titre comparatif, lors de la dernière crise pétrolière en 2015/2016, il a fallu 17 mois pour que les volumes domestiques baissent de 1,1 million de barils par jour.

Alors que la production américaine diminue, les analystes de Cowen & Co. sont légèrement plus optimistes et prévoient un ralentissement des activités de forage au troisième trimestre 2020, ce qui n’était pas prévu avant 2021.

Pourtant, il y a encore de bonnes raisons de rester sceptiques quant à l’avenir du pétrole américain. Les analystes financiers ont cessé de couvrir les entreprises surendettées. Vendredi, Cowen a renoncé aux sociétés de forage offshore Valaris (6 milliards de dollars de dette contre seulement 70 millions de dollars de capitaux propres) et Noble (3,8 milliards de dollars de dette et 30 millions de dollars de capitaux propres), affirmant que pour cette dernière « une réévaluation de la dette est possible ». Des entreprises de premier plan comme Chesapeake Energy ne survivent qu’à l’aide de crédits. L’analyste Featherstone du Crédit Suisse a déclaré dans un rapport publié vendredi qu’il s’attendait à ce que les actions de CHK passent de 13 dollars à moins d’1 dollar. Il voit également une baisse possible de 67 % pour les producteurs de gaz naturel Range Resources et Southwestern Energy.

La crise n’a pas épargné les grands pétroliers. La semaine dernière, Chevron a été le premier à annoncer le licenciement massif d’environ 6000 personnes. ExxonMobil, qui est aussi à court de liquidités, prévoit un déficit de 2 milliards de dollars cette année. La société devra emprunter afin de pouvoir verser 15 milliards de dividendes. Les actions de la société ont-elles aussi baissé de 40 % au cours de l’année précédente.

Et puis il y a Occidental Petroleum, la grande compagnie pétrolière la plus touchée par la crise. Oxy a réduit son dividende trimestriel à 1 centime par action. Cela permettra d’économiser 360 millions de dollars supplémentaires par an, mais c’est loin d’être suffisant pour faire face à la dette écrasante de plus de 30 milliards de dollars que l’entreprise a contracté afin de financer le rachat d’Anadarko Petroleum l’année dernière. La dette nette d’Oxy s’élève à 6,5 fois le niveau de l’Ebitda, soit près du double de l’endettement moyen de ses homologues. Même avec plusieurs milliards de dollars de ventes, Featherstone prévoit que l’entreprise manquera de liquidités avant la fin de 2022.

Cela fait le bonheur de l’OPEP, qui a instauré des réductions de 10 millions de barils par jour en mai et juin afin de stabiliser le marché. Les analystes s’attendent à ce que l’OPEP continue de réduire sa production de 7,7 millions de barils par jour au cours du second semestre.

Cependant, l’OPEP ne compte pas s’effacer afin de laisser le champ libre aux pétroliers américains. Selon les chiffres de la Deutsche Bank, la part de l’OPEP sur le marché mondial du pétrole est passée de 42 % il y a quelques années à 31 % (son niveau le plus bas en 20 ans).

Cette crise pétrolière a commencé avant la crise du Covid-19 quand l’Arabie Saoudite rivalisait avec la Russie pour inonder le marché afin de regagner des parts. Avant d’accepter les réductions, les Saoudiens ont lancé en mars une armada de pétroliers en partance pour la côte américaine du Golfe. Ted Cruz, qui a critiqué les Saoudiens pour avoir tenté de réduire davantage les prix du pétrole afin de nuire aux exploitants de schiste américains, a lancé l’idée de frais douaniers sur le pétrole étranger.

Depuis février, la quantité de brut supplémentaire stockée dans les pétroliers en mer a triplé, pour atteindre 300 millions de barils. L’analyste Michael Hsueh de la Deutsche Bank prévoit que les prix du pétrole remonteront à 45 dollars le baril en 2021, tant que l’OPEP pourra maintenir sa coopération en matière de réduction des exportations.

 

Article traduit de Forbes US – Auteur : Christopher Helman

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