La crise du coronavirus a provoqué une crise inédite pour les clubs de football professionnels français qui espèrent ne pas faire faillite avant une potentielle reprise de la Ligue 1 en septembre. 

La Fédération de football a confirmé ce mardi 28 avril l’arrêt de la saison 2019/2020, une catastrophe pour les clubs qui s’inquiètent de l’impact économique de cette décision :

  • Au niveau des droits TV, les diffuseurs Canal+ et Beinsport ne pourront pas diffuser les derniers matchs de la saison et ne payeront pas aux clubs la dernière tranche de 243 millions d’euros. Mediapro, futur diffuseur de la Ligue 1 et de la Ligue 2, attendra la première journée du championnat de la saison prochaine pour commencer ses versements, aucune date de démarrage n’étant pour le moment envisagée.
  • Même si la billetterie ne représente que 11 % des recettes des clubs de Ligue 1, les prochains matchs se joueront à huis clos et donc, sans rentrée financière pour les clubs.
  • De nombreux sponsors activent leur clause de cas de force majeure pour suspendre le paiement de leurs contrats jusqu’à nouvel ordre puisque les clubs ne peuvent plus assurer leurs prestations.

Les revenus des droits TV, sponsoring et de la billetterie se voient donc arrêtés en même temps que les compétitions.

Le premier poste de recette des clubs reste le mercato de joueurs qui profite de l’explosion du montant des transferts de joueurs de football depuis plusieurs années. Le montant global des transactions est passé de 2,66 milliards de dollars en 2012 à 7,35 milliards en 2019 selon le rapport TMS de la Fifa. Ce modèle économique fondé sur le « trading de joueurs » avec l’objectif de réaliser de belles plus-values à la revente est risqué puisque dépendant des dépenses des grands clubs. Si ceux-ci n’achètent pas ou peu, cela aura un effet tragique sur les petits clubs. 

D’ailleurs, cela fait plusieurs années que les clubs français sont confrontés à des difficultés financières, leur déficit cumulé étant de 150M€ au 30 Juin 2019. Une dynamique négative qui dure depuis onze années, une seule saison (2015/2016) ayant présenté un solde légèrement positif de 3 millions d’euros.

Pour réduire leurs charges, les clubs ont entamé des négociations avec les joueurs afin de réduire symboliquement leurs salaires après les avoir placés en chômage partiel dès le mois d’avril. Une mesure symbolique qui n’est toujours pas acceptée au Paris Saint Germain, la masse salariale du club, la troisième plus importante en Europe, étant de 371 millions d’euros pour un budget total de 637 millions d’euros lors de la saison passée. Afin de trouver des solutions de financement, les clubs commencent à s’organiser collectivement. Gerard Lopez, le président du LOSC, est sollicité par ses pairs pour obtenir auprès des fonds d’investissement « une ligne de crédit de plusieurs centaines de millions, qui pourrait être débloquée à l’issue d’un vote effectué par les clubs ».

La pandémie du Covid-19 pourrait provoquer l’éclatement de la bulle du foot-business et faire revenir ce sport à une économie réelle, ce qui permettrait de stopper l’inflation folle sur le marché des transferts. Un retour à la réalité qui permettrait à l’industrie du football de ne plus attirer toutes sortes d’investisseurs venus principalement pour faire du profit. Le retour de montants plus raisonnables et l’obligation de mettre en avant les jeunes des centres de formation donneront une occasion unique aux clubs de s’engager dans une dynamique plus vertueuse.

Par Grégoire Akcelrod, CEO de One Soccer Agency, spécialiste du sponsoring sportif.

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