La jeune pousse estonienne Taxify, qui a pris ses quartiers à Paris il y a peu, va prochainement « prendre d’assaut » d’autres villes dans l’Hexagone notamment Saint-Etienne et Lyon. Objectif : s’imposer comme une alternative crédible à Uber et le bouter hors de sa route.

« Toutes les grandes villes françaises sont dans notre scope ». Les propos, de l’état-major français de la start-up estonienne, ne laisse aucune place à l’ambiguïté : Taxify a bien l’intention d’implanter son drapeau un peu partout en France. Et la jeune pousse a de sérieux arguments à faire valoir. Comme en atteste les premiers chiffres, lors de la première semaine complète suivant son lancement, qui font état de courses « multipliées par 10 », soit l’équivalent de 150 000 trajets hebdomadaires. D’excellents débuts pour la start-up qui vise, ni plus ni moins, à faire tomber Uber de son piédestal hexagonal et lui ravir son leadership incontesté et incontestable. Pour ce faire, Taxify a déjà de sérieux faits d’armes à son actif. Car la start-up estonienne fait feu de tout bois, après s’être déjà installée à Londres début octobre où elle compte largement profiter des déboires de Uber dans la capitale anglaise.

En effet, le géant du VTC est quelque peu dans la tourmente après avoir vu les autorités britanniques opposer – pour l’instant – une fin de non-recevoir à la prolongation de sa licence.  Une stratégie de la « déferlante », comme en témoigne son installation prochaine à Saint-Etienne et Lyon, qui a déjà porté ses fruits sur d’autres marchés. Autre atout de la jeune pousse : des tarifs résolument attractifs pour ne pas dire des « prix cassés ». « Taxify sera toujours moins chère que Uber » claironne sa direction. Dans le détail, la jeune pousse balte a rappelé qu’elle prélevait une commission de 15% sur les courses commandées via sa plate-forme en ligne alors qu’Uber prend 25% à Paris. Une manière de séduire plusieurs chauffeurs désireux de bénéficier des conditions les plus séduisantes possibles. 

Bulle ou modèle viable ?

Mais toute médaille a son revers et plusieurs observateurs et connaisseurs avisés de la « nébuleuse VTC », s’ils prédisent un « effet du curiosité », estiment que le « soufflet » finira par retomber assez rapidement. « Si Uber ne s’en sort pas en prenant 25%, l’autre (ndlr Taxify) va débarquer avec 15%, vous pensez qu’il va s’en sortir? », soulignait, à l’AFP début octobre, Sayah Baaroun, secrétaire du syndicat des chauffeurs-privés VTC. Avant de prédire tout de même « une belle euphorie » dans les mois à venir, parce que Taxify « va mettre des primes, chacun essayant d’acheter des chauffeurs de son côté ». Et d’ajouter « Mais à long terme, on sait très bien que dans les autres pays du monde où Uber et Didi sont en concurrence, les chauffeurs ne vivent pas bien », remarque-t-il, militant pour refonder les relations entre plateformes et chauffeurs ».

 D’un point de vue strictement financier, Taxify peut compter sur la force de frappe du mastodonte chinois du VTC Didi qui a déjà bouté Uber hors de Chine. Didi affirme contrôler aujourd’hui 90 % du marché des VTC dans son pays et a levé au printemps plus de cinq milliards de dollars, en faisant la start-up la mieux valorisée d’Asie. Cette volonté de contrecarrer Uber sur tous ses marchés obéit à une stratégie bien huilée qu’elle compte reproduire en s’associant avec différents acteurs de moindre envergure pour accomplir ce dessein : Taxify en Europe, Lyft aux Etats-Unis ou encore Ola en Inde.  Enfin, la start-up estonnienne propose également différentes alternatives de paiement à la différence de Uber où celui-ci s’effectue dès la prise de commande. Avec Taxify, il est ainsi possible de régler sa course en espèces mais également par carte bancaire.

 Les syndicats en première ligne

Mais cette implantation dans l’Hexagone n’est pas au goût de tout le monde et certains syndicats mettent en exergue une stratégie qualifiée « d’agressive ». « Ils (Taxify) sont arrivés de manière agressive, honteuse. On leur dit qu’on est là, qu’il y a des partenaires sociaux, des syndicats en face. On n’est pas d’accord pour qu’ils cassent les prix du marché, qui sont déjà déplorables », a expliqué le porte-parole du syndicat FO-Capa VTC, Helmi Malmouk, à l’AFP après une action de « blocage » devant la station de recrutement de Taxify mi-octobre. Le plus difficile à appréhender pour Taxify en France est visiblement la réglementation et la jeune pousse va devoir apprendre à « ménager la chèvre et le chou » avec les syndicats. Un changement de paradigme qui pourrait ralentir la vitesse de son expansion en France, le marché du VTC y étant plus réglementé qu’ailleurs.