2017 : il se passera quelque chose d’important en France. Les grands patrons, comme les investisseurs, gérants de fonds internationaux en sont persuadés et suivent de très près la politique française.  

Les patrons d’entreprises se passionnent pour la présidentielle française, ils jouent Macron, Fillon, et Peillon gagnants et se félicitent du recul relatif de Marine Le Pen, Montebourg, Hamon et Mélenchon. Avec les investisseurs internationaux, ils voient là un facteur de maturité et de rebond. Les trois mois qui viennent vont donc être déterminants.

Ou bien le pays est capable de se donner une gouvernance experte pour remettre le pays dans la course internationale.

Ou bien la France va s’enfoncer dans un statut de rentier ou de paradis des riches touristes chinois, ce qui n’est pas une perspective très enthousiasmante.


Or les grands patrons français rejoignent les investisseurs et les gérants de fonds internationaux pour penser qu’il se passe quelque chose d’important en France. Cette communauté internationale n’a jamais été aussi optimiste sur la capacité de la France à retrouver la voie de la prospérité, de l’autorité et de l’influence internationale qu’elle a eues jusqu’à la fin du siècle dernier.

La France a tout pour réussir : l’histoire, la culture, l’intelligence, mais faute de gouvernance courageuse, elle s’est laissée tomber dans les habitudes, la rente, et des systèmes de protection. Les Français se sont enfermés dans leurs vieilles structures, ankylosés dans leurs rhumatismes fiscaux, paralysés par la bureaucratie administrative.

Depuis le deuxième mandat de François Mitterrand, à la fin des années 1980, il ne s’est pratiquement rien passé. Rien sur le plan industriel, rien sur le plan social, rien sur le plan culturel.

Or aujourd’hui, la présidentielle envoie tous les signaux du réveil annonciateur du redressement. Explications en trois points. Trois facteurs d’optimisme.

1er facteur d’optimisme : pour la première fois depuis un demi siècle, les deux candidats les mieux placés dans la course à la présidentielle appartiennent au parti de l’économie de marché. Emmanuel Macron pour la gauche, et François Fillon pour la droite, ont mis au cœur de leur programme, la nécessité du redressement économique. Ni Fillon ni Macron ne se sont enfermés dans l’idéologie, ils se sont tous les deux enracinés dans les faits et dans les chiffres. Aucun ne promet de déplacer la montagne, tous les deux veulent la contourner et assumer les contraintes de la mutation.

Pour tous les observateurs de la chose politique, le fait d’avoir des candidats qui sont en capacité de gagner l’élection, et qui ne fassent pas de promesses inconsidérées, irréalistes, représente une révolution. Mais tout cela signifie aussi qu’une majorité du peuple s’est sérieusement penchée sur la réalité et les contraintes de cette réalité.

Pour certains, la France revient aux racines de sa démocratie au moment de la Révolution, à la fin du XVIIIème siècle. A l’époque, le génie français a inventé le libéralisme qui ne pouvait fonctionner que sur deux jambes: le libéralisme politique et le libéralisme économique. Alors, le système a cherché les institutions idéales pendant longtemps; le pays est passé par beaucoup d’excès et de dérives tragiques… Le système a même été exporté avec succès aux Etats-Unis.

Mais il faut reconnaître que l’élite française s’est beaucoup plus passionnée pour la démocratie politique que pour la liberté économique, d’où son asservissement progressif et non assumé aux contraintes des marchés.

On est peut-être en train de sortir de cette situation qui a consumé toute l’énergie nationale à petit feu.

2ème facteur d’optimisme: la mécanique des primaires permet d’éliminer dans chaque camp, les plus radicaux, les moins réalistes. A droite, François Fillon l’a emporté parce que c’est celui qui assumait le plus clairement des positions de droite.

A gauche, le primaire va marquer le fossé profond entre ceux qui pourraient gouverner en responsabilité et ceux qui vendent une promesse idyllique mais utopique et qui ne sont pas sérieux.

Benoît Hamon en sortira gérant de la gauche historique mais marginale. Arnaud Montebourg aura montré qu’il a plus de talent pour faire « un one man show » que pour gouverner.

De l’autre coté, Vincent Peillon a réussi à prouver son expertise et son sens de la responsabilité, avec un grand mérite, celui d’avoir remis l‘Europe au cœur de la perspective d’avenir. Rayer du discours Bruxelles bouc émissaire c’était courageux mais peu séduisant pour des électeurs à qui on a tellement dit par lâcheté que tout ce qui nous était arrivé était de la faute de Bruxelles. Mais Peillon n’aura pas assez de clients pour ouvrir une grande surface de la politique. Manuel Valls aurait eu sans doute la notoriété voulue mais il va ressortir de ce quinquennat essoré, puis de la primaire complètement éclipsé par Emmanuel Macron.

Le talent de Macron, outre son équation personnelle, aura été de ne pas se compromettre dans le marigot du Parti socialiste où des vieux crocodiles passent leur temps à se battre pour protéger leur petit pouvoir et leurs rémunérations.

Macron est sorti de ce système mortifère, qui n’a pas produit une seule idée et un seul projet depuis longtemps, parce que c’était dans sa nature. Macron avait un boulevard. Il l’a emprunté.

Macron a compris qu’il fallait définir un courant, ou un mouvement totalement nouveau, capable de proposer une alternative de gauche pour répondre aux mutations de la modernité… exactement comme François Fillon a proposé une alternative crédible de droite.

Parallèlement, l’émergence de deux candidat responsables, la perspective d’un duel Fillon-Macron a d’ailleurs stabilisé les extrêmes. L’extrême gauche de Jean-Luc Mélenchon plafonne. L’extrême droite de Marine Le Pen recule.

Pour les milieux d’affaires et les investisseurs internationaux, la France est peut-être en train de se fabriquer une démocratie telle qu’elle fonctionne dans les pays anglo-saxons. Une droite et une gauche qui privilégient d’abord l’efficacité pour le bien du pays et pas seulement l’efficacité pour protéger l’intérêt du parti ou de sa clientèle de proximité.

3ème facteur d’optimisme : les acteurs les plus puissants du modèle français sont peut-être en train de prendre conscience que leur détermination à défendre ce modèle, dont ils ont beaucoup profité, nous conduit tout droit à la ruine. Quand on voit dans les représentations syndicales la montée en force d’une organisation comme la CFDT, dont le credo est fondé sur la négociation et le compromis plutôt que sur l’épreuve de force, on se dit que le pays est en train de changer en profondeur.

Quand on voit le corps social des fonctionnaires ne plus s’émouvoir de la nécessité de réduire ses effectifs et surtout de s’organiser mieux pour travailler davantage, on se dit que le vrai changement est en route.

Ces facteurs d’évolution sont des facteurs optimistes parce qu’ils préparent le pays en capacité de répondre aux contraintes de la mondialisation, de la révolution digitale, ou de la concurrence internationale.

Tous ces facteurs, considérés comme anxiogènes et qui ont paralysé le pays depuis 20 ans, sont évidemment des opportunités de progrès pourvu qu’on les assume.

Si nous avons une gouvernance politique convaincue par la nécessité de mettre la performance économique au cœur de l’investissement, si nous avons des contrepouvoirs puissants dont l’ambition n’est pas de bloquer le système, mais au contraire de le faire avancer dans l’intérêt de tous, si nous avons enfin un appareil d’Etat qui accepte de se replier sur ses fonctions régaliennes, alors le pays est très certainement en train de changer en profondeur.

Le métier des investisseurs est de percevoir les facteurs favorables aux changements en profondeur. Désormais, ils les voient de mieux en mieux se dessiner et ils le disent.