Porté par la fusée Gucci, le groupe Kering a signé des résultats semestriels particulièrement impressionnants, la griffe florentine a ainsi vu sa croissance organique, sur le seul deuxième trimestre, s’envoler de 40%.

Les publications se suivent et se ressemblent pour Kering qui, deux jours après son grand rival LVMH, a levé le voile sur ses résultats semestriels. Et quels résultats ! Dans le détail, les ventes de l’ex-PPR se sont envolées de 26,8% à 6,43 milliards d’euros, soit une progression de 33,9% à taux de change constants et de 31,5% sur le seul deuxième trimestre. En outre,  le résultat opérationnel courant du groupe de François Pinault, propriétaire de Saint Laurent, Baliencaga ou Bottega Veneta, a grimpé de 53% à 1,77 milliard d’euros, soit au-dessus des attentes du consensus Inquiry Financial pour Reuters qui s’élevaient à 1,73 milliards. Enfin, La marge opérationnelle du groupe s’est quant à elle envolée de 470 points de base à 27,5%, dopée par un gain de 620 points chez Gucci dont la rentabilité a atteint un record à 38,2%. Car une fois de plus, dans cette farandoles de chiffres, le navire amiral Gucci a tenu son rang, voyant sa croissance exploser de 40% (!) au deuxième trimestre après une hausse de 49% sur les trois premiers mois de l’année.

40% de croissance organique en un trimestre… Un chiffre qui laisse songeur surtout lorsqu’on le compare à la croissance des rivaux de Gucci, à savoir Louis Vuitton et Hermès dont la croissance organique n’a respectivement progressé « que » de 13% et 11,5% sur la même période. Et pourtant, force est de constater que cette croissance stratosphérique a déçu les investisseurs, car elle ressort en deçà des prévisions qui s’établissaient à 42%. Dès lors, cette « contre-performance » a focalisé toute l’attention des opérateurs qui n’ont pas hésité à lourdement sanctionner le titre Kering qui se traîne dans les bas-fonds du CAC 40, reculant de 7% en milieu de matinée.  « Malgré l’impressionnante performance du groupe au premier semestre, avec un résultat d’exploitation et un free cash-flow en hausse de respectivement 53% et 65% en glissement annuel, la croissance organique de Gucci à 40% contre un consensus à 42% a attiré tous les regards », abonde Berenberg, cité par Reuters.

Une croissance de 40%… décevante

« Après huit trimestres consécutifs supérieurs aux attentes, le jour devait arriver où la barre serait trop haute », poursuit l’intermédiaire, toujours cité par Reuters, qui reconnaît toutefois que les fondamentaux restent intacts et maintient sa recommandation à « acheter ». Un autre broker, Citigroup, estime que, désormais, la forte progression des résultats, trimestre après trimestre, n’a pas vocation à surprendre le marché. « Les investisseurs pourraient être préoccupés par la potentielle modération des tendances Gucci : il s’agit du premier trimestre inférieur au consensus en plus de deux ans, la marque ayant enregistré un ralentissement probable en juin et un ralentissement dans le réseau Wholesale », soulignent les analystes de la banque américaine qui maintiennent néanmoins leur recommandation « Achat » sur le titre.  Quoi qu’il en soit, la trajectoire de la « météorite » Gucci a de quoi impressionner et la griffe italienne pourrait, plus tôt que prévu, remporter son pari de devenir la première marque de luxe mondiale, devant Louis Vuitton, dépassant alors à terme les 10 milliards de dollars de ventes.

« Avec le rythme exceptionnel de croissance que Gucci connaît, la question n’est pas de savoir si mais quand la marque se hissera devant Vuitton », estimait, sûr de sa force, en juin dernier, Marco Bizzarri, patron de Gucci. Une prouesse pour une marque au bord du précipice en 2015 et largement revigorée par l’arrivée du directeur artistique Alessandro Michele. Le designer italien a en effet réussi à remettre Gucci sur le devant de la scène grâce à son style flamboyant et baroque qui a rencontré un nouveau public sans pour autant se détacher des « aficionados » de la première heure. Preuve en est de la réussite de cette « stratégie de conquête », les Millennials, cible ô combien courtisée par les marques, pèsent désormais pour plus de la moitié de son chiffre d’affaires et ses ventes en ligne ont décollé de plus de 100% au premier trimestre. 

Gucci à la poursuite de Vuitton

Mais la question de la lassitude des clients, et peut-être du manque de renouvellement de la marque, ne risque-t-elle de se poser à un moment ou un autre ? Un faux débat pour l’état-major de la griffe. « Gucci n’est pas un effet de mode », appuie Marco Bizzarri. Et d’ajouter que « l’univers créatif d’Alessandro Michele était suffisamment vaste pour pouvoir évoluer dans le temps et s’adresser à tous les types de clientèles ». Ces derniers se sont dit rassurés par un modèle de développement jugé sain et fondé sur l’innovation et la créativité, sur une solide exécution dans les magasins et sur une communication efficace. Louis Vuitton peut trembler, il faudra compter avec Gucci pour l’avenir.