Ce n’est pas par hasard si le secteur pharmaceutique est celui qui a le mieux résisté en bourse ces derniers mois : le Covid-19 a mis en évidence de façon éclatante l’importance vitale de ces métiers. Décryptage. 

Par chance, l’Europe en général et l’hexagone en particulier regorgent de savoir-faire et d’opportunités d’investissement dans le secteur médical qui sont également très porteuses de sens. Ce vaste secteur est néanmoins très spécifique : il est statistiquement un des investissements innovants les plus rentables, mais il est fortement réglementé et nécessite des années avant de commencer à générer les premiers revenus. Par nature contra-cyclique, il nécessite quelques clés de compréhension.


Un secteur qui a généré plusieurs “Licornes”

Si l’Europe est avare de ces start-up qui dépassent le milliard d’euros de valorisation, elles sont nombreuses dans le secteur des Health Tech dont le champ est extrêmement riche, à l’instar de Doctolib qui a franchi en 2019 ce seuil du milliard lors de son dernier tour, ou LDR rachetée $1Md  par Zimmer Biomet en 2016, tout comme Medtech en 2017. Citons aussi Trophos racheté 500M€ par Roche ou Genfit qui a temporairement dépassé le demi-milliard après son introduction au Nasdaq en 2019. L’année dernière, c’est aussi un milliard d’euros qui a été investi par le Venture dans ce secteur en France, ce qui nous place à la deuxième place mondiale, juste derrière les Etats-Unis.

 Au total, ce sont 1700 entreprises qui oeuvrent dans le domaine pour 28 milliards de CA selon l’association France Biotech. L’Europe représente 27% des Health Techs mondiales derrière les Etats-Unis (42%) et loin devant l’Asie, ce sont aussi 650.000 emplois directs selon l’association Medtech Europe. Ce secteur qui est incontestablement un point de force de notre économie, avec notamment le grand leader mondial Sanofi, comprend 3 segments principaux : les Biotechs qui incluent les vaccins et les molécules, les Medtechs, qui regroupent tous les équipements, notamment robotiques, et enfin les solutions digitales, notamment en imagerie. 

S’il a énormément crû ces dernières années, il faut savoir être patient car une start-up “Health Tech” peut investir plusieurs millions par an pendant plus de 5 ans avant de matérialiser son savoir-faire. Si ce domaine est si juteux, c’est que l’investissement dans l’innovation par les laboratoires pharmaceutiques et autres géants du secteurs se fait de plus en plus par le rachat de start-up porteuses de revenus futurs, avec un degré de certitude facile à prévoir. Les équipes de R&D internes de ces leaders ont les mêmes cycles longs d’investissement, mais généralement avec des coûts supérieurs, et il faut commencer à investir sur les projets alors qu’ils ont un degré d’incertitude bien plus vaste. A tel point que les partenariats et les rachats des Biotechs représentent aujourd’hui la principale source d’innovation des grands laboratoires “Big Pharma”. Ils enchérissent sur les plus intéressantes pour arriver à des prix d’acquisition très élevés sur les sujets clés. 

Le coup de projecteur du Covid-19 et la course contre la montre associée

Bien entendu, la recherche d’un vaccin contre le Covid-19 mobilise actuellement toutes les attentions et toutes les énergies. Il est vital et d’une importance capitale de trouver une solution à l’échelle du monde. Cela représente un enjeu économique énorme et semble conditionner le “retour à la normale”. Ce vaccin devra être d’un très haut niveau d’efficacité et il faudra pouvoir en produire rapidement plusieurs milliards de doses.

Ce secteur des maladies infectieuses a pris ces derniers mois une importance phénoménale dans le monde entier. Une deuxième vague est possible, et d’autres crises sanitaires peuvent survenir. Au moins 120 équipes du monde entier cherchent des solutions tous azimuts : vaccins à base d’agents infectieux, vaccins à vecteurs viraux, vaccins à acide nucléiques, ou vaccins à base de protéines. Parmi ces derniers, citons les Lyonnais d’Osivax dont la plateforme technologique développée à l’origine pour la production d’un vaccin universel contre la grippe pourrait être efficace sur le COVID-19. En répliquant leur approche qui vise à cibler la nucléoprotéine du virus, ils pourraient ainsi mettre au point un vaccin à base de Particules Pseudo-Virales (PPV) efficace sur coronavirus actuels et les futures pandémies

Selon le CIRU, près de $500M supplémentaires ont déjà été investis dans ce domaine prometteur, et il y a fort à parier que certains investissements se révèleront très rentables tant les enjeux économiques sont majeurs.

Les principales causes de mortalité : le cancer et les maladies cardio-vasculaire

Statistiquement, les deux tiers des décès en Europe sont liés à un cancer ou d’une maladie du coeur. L’augmentation régulière de notre longévité est largement due aux progrès faits par ces secteurs. L’oncologie, spécialité de traitement des différentes formes de cancer, est logiquement le secteur qui draine le plus d’investissement, avec la lutte contre les maladies cardio-vasculaires. Là encore, il faut distinguer deux types de technologies : les dispositifs médicaux (appareils, robots, équipements) et les approches biotechnologiques (comme le candidat-médicament d’Acticor), mais le potentiel est énorme. Derrière les sociétés hexagonales innovantes les plus en vue  comme Carmat, qui a déjà levé 200 M€ en bourse pour sa solution de coeur artificiel, on trouve des poids lourds de la robotique chirurgicale comme les normands de Robocath, qui bouclent une “série-C” de 40M€ conduite par Microport avec notamment Supernova Invest et Anaxago. Leurs robots ont rencontré le succès car ils permettent des interventions vasculaires beaucoup plus précises et moins dangereuses pour les praticiens. 

Un des secteurs du capital investissement les plus attractifs

Parmi les entreprises côtées, certains grands laboratoires ont dépassé rapidement leur cours d’avant le confinement, et c’est le seul secteur qui a ainsi récupéré. Les laboratoires “Health Tech” cotées qui cherchent des solutions contre le Covid19 comme BioSynex, Moderna, Innovio, ont déjà beaucoup monté. C’est probablement un bon investissement de long terme mais la volatilité reste grande à court terme : les entreprises non cotées sont plus protégées de ces aléas. 

Si la crise sanitaire a pénalisé l’activité économique de beaucoup de secteurs, ce n’est pas le cas des entreprises de la santé. Par ailleurs, le cycle économique de ces sociétés innovantes dépasse largement celui des crises économiques : elles n’ont que très peu de revenus avant leur valorisation, qui est généralement un rachat par un géant du secteur. Elles continuent mois par mois à dérouler leur programme d’investissement préfinancé. On dit que ce secteur est “Contra-cyclique” et c’est un des seuls dans ce cas.

Par chance, l’Europe en général et la France en particulier foisonnent de start-up talentueuses, et d’équipes de leaders mondiaux du financement “Health Tech” comme Sofinnova. Le secteur est bien structuré, fortement aidé par les mécanismes de soutiens publics, et il a montré que des sorties avec de très beaux multiples étaient régulières.

L’attractivité de l’investissement dans les pépites du domaine ressort donc largement renforcé de la crise sanitaire. Il propose de belles perspectives, mais il permet de faire avancer des sujets essentiels et vitaux, d’utilité publique. Ils accroissent la durée et la qualité de la vie de nombreux patients, partout dans le monde, depuis des siècles et pour encore des décennies. C’est aussi parce que ces investissements sont extrêmement porteurs de sens qu’ils ont le vent en poupe.

 

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