2020 sera une triste année qui marquera à jamais la population mondiale par l’ampleur de la pandémie bien sûr mais aussi par la dureté des conséquences économiques… 2020 sera la pire année en termes de croissance depuis 1945 et de loin. En 2009, quand nous avions le sentiment que le monde économique s’écroulait, la récession n’était que de -2,2%, elle sera entre -6% et -10% pour 2020. Selon Philippe Waechter, (ici) le PIB 2020 cumulé se serait contracté de -9% à fin avril… avec une dégradation encore à venir laissant entrevoir un -10% à -15%. Du jamais vu dans le monde moderne.

 


 

Comment prendre en compte ce nouveau paradigme dit du « monde d’après » et aboutir au “Vert Demain” ? Comment gérer une transition d’un monde intensif en échanges, en consommation et en mondialisation des processus de production vers un monde qui reste ouvert, accueillant mais qui devient plus local, circulaire, durable et donc moins dépendant de transports incessants et d’une consommation énergétique carbonée et déraisonnée ?

Le catalyseur pour favoriser la transition n’est pas le déclinisme, les collapsologues et autres annonciateurs d’un monde encore pire qu’aujourd’hui (est-ce possible ?). C’est une impasse qui ne ravirait qu’une minorité prête à se retirer ou à l’imposer par la force. Pour raviver une vision collective, commune qui fait le sens de notre vivre ensemble, il est nécessaire de s’appuyer sur les fondements de notre système économique, c’est à dire la liberté de travailler, d’entreprendre et d’échanger mais en évaluant mieux les externalités positives et négatives.

 Ainsi, trois mesures immédiates pourraient être prises pour favoriser une croissance verte :

1/ Relancer l’investissement durable en particulier en ce qui concerne l’énergie renouvelable, l’alimentation bio et locale, les textiles biosourcés, les transports à énergie décarbonnée (hydrogène, électrique, …), l’efficacité énergétique des bâtiments, l’économie circulaire et le numérique vert (datacenter basse consommation). Pour cela une mesure de suramortissement fiscal graduée de 10% à 50% en fonction de l’externalité positive de l’investissement est nécessaire. Ainsi, les dépenses ciblées « investissements durables » des TPE-PME mais aussi des ETI seraient soutenues avec une incitation fiscale qui permet simplement de bonifier le ROI (jusqu’à x2) de l’investissement en fonction de ses effets sociétaux de long terme et donc de le rendre plus intéressant qu’un investissement non respectueux de l’environnement.

2/ Créer, pour l’éligibilité au suramortissement, un Label « Vert Demain » piloté par les régions pour mettre en avant les entreprises qui contribuent au Plan Vert. Elles seraient ainsi identifiées par le public comme « entreprise reconnue environnementalement responsable ». Celles-ci seraient mises en réseau pour favoriser les pratiques vertueuses et auraient accès à des accélérateurs verts pour les faire grandir ou pour les faire essaimer par des carve-out verts dans lesquels pourraient investir des fonds à impacts spécialisés et régionaux

3/ Enfin, pour financer cette croissance verte indispensable à la planète et à l’économie, il sera nécessaire de mobiliser une Finance Verte : la Banque du Climat, autrement dit la BEI mais aussi les Banques Universelles privées qui auraient un allègement prudentiel en terme de besoins en fonds propres sur les financements de projets verts et des programmes de refinancements souples et spécifiques auprès de la BCE. Les Green Bonds seraient également favorisées en terme prudentiel. Les Fonds à impact seraient les seuls à pouvoir déduire les intérêts d’emprunts des financements à effet de levier. Pour associer le grand public, le financement participatif serait réorienté vers les financements des projets verts et durables, comme l’initiative Kiwaï en Normandie (100% verte, 100% locale et 100% garantie).

Une fois la pandémie passée et notre tissu économique sauvé, ces quelques pistes peuvent contribuer à faire basculer l’économie vers une économie plus vertueuse. Bien entendu, les incitations ne sont rien sans la nécessité d’arbitrer sur les dépenses envers les modèles non durables et sans la volonté de chacun d’y contribuer : la révolution verte est une révolution des détails, si chacun fait un peu c’est le monde de demain, celui de nos enfants, qui y gagnera.

 

 

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