La France. Ses maisons prestigieuses, son incroyable potentiel de création, son rayonnement international. On y prône l’art de vivre, la gastronomie, l’amour des bonnes et des belles choses, et… le discours s’arrête généralement là.

Car il semblerait que notre beau pays dispose d’une petite tendance au paradoxe. Je m’explique : il est souvent mal vu de clamer que l’on apprécie le luxe. Parler du luxe, c’est la crainte d’être estampillé bling bling et de traîner sous la semelle une étiquette au mieux matérialiste, au pire élitiste. Cette crainte est d’autant plus partagée par les personnalités du monde politique qui, sans doute par peur de segmenter leurs soutiens, prennent, à mon sens, relativement peu la parole sur le sujet.


Le luxe est-il honteux ? Il constitue pourtant l’un des plus forts leviers économiques de notre pays ! Selon une étude effectuée par le cabinet Deloitte, sur l’année 2017, la France figure en tête du palmarès des 100 plus grands groupes de luxe internationaux. Sa diversité – le luxe peut aussi bien concerner le secteur automobile que la gastronomie, l’hôtellerie, la mode, la joaillerie… -, son succès à l’exportation et son attractivité touristique font partie de ses atouts majeurs. Sa capacité à créer de l’emploi n’est également plus à démontrer. Car oui, le luxe, c’est aussi et avant tout, des femmes et des hommes issus de centaines de corps de métiers. Guillocheur, Calligraphe, Plumassier, Verrier, Parqueteur, Passementier… autant de savoir-faire uniques reconnus dans le monde entier. Soyons fiers de cet héritage !

La place des savoir-faire dans la bataille technologique 

Bien sûr, il existe quelques initiatives publiques à l’image des Pôles d’Excellence ou du label EPV. Nombre de grands noms du luxe appuient également de façon positive les porteurs de projets, à l’image de la Station F soutenue par LVMH…

Au-delà de la question des moyens, je m’interroge sur la répartition de ces soutiens. En partant à la rencontre des différents acteurs du secteur, notamment dans le cadre de la préparation du prochain Salon du Luxe Paris, je ne peux m’empêcher de remarquer à quel point les start-up proposant des services liés à la technologie et à l’expérientiel sont poussées sur le devant de la scène. Si cette tendance est parfaitement compréhensible et répond à des besoins actuels, elle est loin d’être inédite : tous les pays capitalisent sur de néo modèles CRM, des procédés innovants d’intelligence artificielle, de nouveaux outils de réalité virtuelle…

Devrons-nous nous livrer, dans les années à venir, à une bataille technologique autour du luxe, à une compétition internationale leadée par les hackatons et les remises de prix ? En privilégiant le développement technologique au détriment des savoir-faire – ces deux aspects sont pourtant loin d’être incompatibles -, la France se concentre sur ce qui gravite autour du produit et non sur le produit en lui-même. Soutenir l’artisanat et les métiers d’art pour faire fructifier notre réputation créative : voilà ce qui fait notre force, notre caractère unique, notre élément différenciant !

Le made in France au-delà de l’étiquette…

Le savoir-faire Made in France ne doit pas être un simple vecteur de communication mais un engagement d’aujourd’hui et de demain. Il nécessite un soutien concret et l’implication sincère de forces vives pour devenir un standard du luxe. Il faut se donner les moyens d’investir sur ce patrimoine qui est le notre. Sinon, quelle sera la valeur ajoutée du luxe français dans dix ans, sur un marché globalisé ?

A titre d’exemple, les consommateurs chinois représentent aujourd’hui 32 % du marché du luxe. Si le Made in China a encore mauvaise presse, la vitesse, la capacité et la puissance d’innovation de ce pays est telle qu’il est relativement facile de prédire l’émergence imminente de nouvelles marques chinoises haut-de-gamme sur la sphère internationale.

Face à la montée de la concurrence, nous avons une carte stratégique à jouer. Parce que cette clientèle étrangère est sensible au design et à la création Made in France. Et parce que la Génération Z, les consommateurs de demain, désirent ces savoir-faire et cette implication sociale, locale et durable de la part des maisons de luxe.