La compagnie d’Abu Dhabi qui, en quelques années, est parvenue à se hisser au niveau de ses prestigieux rivaux du Golfe, comme Emirates ou Qatar Airways, a annoncé le départ de son directeur général, en poste depuis dix ans ainsi que de son directeur financier.

Une page se tourne dans l’histoire de la compagnie aérienne. James Hogan, directeur général du groupe, et chantre de la politique de prise de participations tous azimuts d’Etihad, tirera sa révérence au second semestre 2017. Il sera accompagné par le directeur financier de la compagnie, James Ringley, qui quittera ses fonctions « dans le courant de l’année ». Un départ constituant une « demi-surprise » pour plusieurs observateurs avisés du secteur, mais qui pourrait justement être imputable à cette fameuse stratégie de prises de participations à outrance qui a connu ses limites ses derniers mois, notamment en Europe. Au pinacle ces dernières années, Etihad Airways a eu la main « moins heureuse » avec Alitalia et Air Berlin, dont le redressement peine à se matérialiser, les deux compagnies étant toujours déficitaires.

Alitalia lâche du lest

Conscient de ces difficultés, le groupe a d’ores et déjà fait savoir qu’il souhaitait supprimer des postes dans certaines de ses activités, sans faire montre de davantage de précisions. Faut-il y voir une relation de cause à effet ? Toujours est-il qu’Alitalia, dont Etihad possède 49% du capital, a déclaré ce lundi vouloir réduire ses coûts non salariaux d’au moins 160 millions d’euros cette année afin de renouer (enfin) avec les bénéfices. Certaines sources, citées par Reuters, évoquent notamment la suppression de 2 000 emplois, la fermeture des lignes non rentables et une réduction drastique de la flotte de l’ancien fleuron transalpin.

Des difficultés récurrentes qui expliqueraient la mise à l’écart du stratège de la compagnie ? Chez Etihad, cette hypothèse est balayée d’un revers de main. En effet, le président du groupe émirati, Mohamed Mubarak Fadhel al-Mazrouei, a tenu à éteindre tout début de polémique, martelant qu’Etihad poursuivrait sa « vaste revue stratégique » – qui impliquera des ajustements sur ses prises de participations – , et que le départ de James Hogan était prévu « depuis des mois ».

Un départ prévu « depuis des mois »

Divers ajustements qui ne devraient pas concerner Lufthansa, la compagnie allemande ayant vu son titre grimper en Bourse, mardi dernier, sur fond de rumeurs de presse évoquant un intérêt d’Etihad. « Nous pouvons confirmer que nous ne cherchons pas à prendre une participation financière dans Lufthansa », avait déclaré le porte-parole de la compagnie après que le Wall Street Journal a cité des propos de James Hogan selon lesquels il souhaitait renforcer leur partenariat avec Lufthansa mais pas acheter une partie de son capital.

Outre les difficultés susmentionnées, Etihad, à l’instar de ses illustres concurrents, doit également faire face au ralentissement des économies régionales et à la vigueur retrouvée du dollar qui pèse sur ses bénéfices. Le prochain « pilote » de la compagnie aura fort à faire pour redonner un nouvel élan à un groupe qui, sous la houlette de James Hogan, s’est métamorphosée d’une compagnie régionale disposant de 22 appareils à une multinationale possédant 120 avions. La tâche s’annonce délicate pour le prochain homme fort « en cours de recrutement », selon Etihad.