Comme toutes les compagnies aériennes, Transavia a beaucoup souffert pendant la période de pandémie. En exclusivité pour Forbes, sa CEO, Nathalie Stubler, révèle la manière dont elle a géré cette période délicate et trace les perspectives de développement de l’entreprise.

Nathalie Stubler (@Nath_Stubler) | Twitter

 

Comment avez-vous traversé la période de la pandémie ?

Nathalie Stubler : Nous avons appris à agir dans un cadre incertain. Depuis près d’un an et demi, rien n’est prévisible. Nous faisons des plans avec les équipes selon différents scenarii et nous nous adaptons. Nous échangeons beaucoup avec nos partenaires, avec les offices de tourismes locaux, les autorités des différents pays dans lesquels nous opérons.
Notre autre priorité est le maintien des compétences de notre personnel et la maintenance de nos avions. Là aussi, nous nous sommes organisés pour être en capacité de pouvoir reprendre le plus rapidement possible notre activité. Par exemple, en 2020, nous avons cessé notre activité pendant 3 mois et en quelques jours, grâce à cette préparation, nous avons été capables de monter à 40% de notre offre puis 50%. C’est un challenge humain, organisationnel et technique qui est permanent dans une compagnie aérienne.

Avez-vous pensé, à un moment, que Transavia pouvait être en danger ?

N. S. : Nous savions qu’il s’agissait d’une crise conjoncturelle qui touchait toutes les compagnies de la même façon. Nous avons immédiatement agi pour protéger notre compagnie. Très rapidement, nous avons pris des mesures conservatoires pour préserver au maximum notre trésorerie. Nous nous sommes appuyés par exemple sur les mesures de chômage partiels, nous avons réduit au maximum nos dépenses. Puis très vite, nous nous sommes préparés à différents scenarii pour faire face à cette incertitude et à redémarrer nos activités dès que nous le pourrions.

 

Nathalie Stubler : Transavia est une compagnie low cost, c’est-à-dire avec une structure de coûts plus faible et un produit simplifié. Elle assure des liaisons de point à point, sans correspondance

 

Quelles ont été les relations avec Air France qui a sans doute encore plus souffert que vous pendant le confinement ?

N. S. : Nous avons beaucoup travaillé au sein du Comité Exécutif d’Air France sur les mesures à mettre en place. Nous nous sommes aussi concentrés ensemble sur l’avenir et nous avons continué à regarder comment rendre notre groupe plus fort avec un plan de transformation ambitieux.

Vous venez d’acquérir 8 nouveaux appareils. Est-ce à dire que la croissance de Transavia repart « comme si de rien n’était » ?

N. S. : Transavia France est un atout pour le développement du Groupe Air France KLM sur le segment du low cost. Ce segment se développe et nous sommes bien placés avec Transavia France. Cela passe par la croissance de notre flotte pour répondre aux demandes des clients en France. La crise du Covid-19 a accéléré le plan de transformation du Groupe.

Vous ouvrez aussi plusieurs nouvelles lignes parmi lesquelles Paris-Kalamata, dans le Péloponèse. Pourquoi misez-vous sur cette destination ?

N. S. : La Grèce est un pays majeur de Transavia France. En 2021, nous proposons une offre de 40% supérieure à celle de 2019 avec 24 lignes dont 5 nouvelles. La demande pour partir en Grèce est très forte, nous souhaitons proposer une diversité de destinations. Kalamata s’inscrit dans cet objectif. C’est une destination entre mer et terres dans de très beaux paysages. Les prix vers cette destination sont attractifs. Une destination de vacances idéales pour des personnes qui souhaitent explorer de nouveaux horizons en Grèce, loin des sentiers battus.

La répartition des marchés entre Air France et Transavia reste-t-elle la même : à la maison-mère le « business », à vous les loisirs ?

N. S. : La différence entre Air France et Transavia est une différence de modèle économique. Transavia est une compagnie low cost, c’est-à-dire avec une structure de coûts plus faible et un produit simplifié. Elle assure des liaisons de point à point, sans correspondance. Notre clientèle est à la fois des voyageurs qui veulent partir en vacances, des personnes qui vont retrouver leur famille et leurs proches et aussi des petites et moyennes entreprises qui sont à la recherche de vols à prix compétitifs et adaptés à leurs activités.

La concurrence entre les compagnies low cost est féroce. Transavia semble plus se battre sur une certaine qualité que sur les prix…

N. S. : Nous avons un slogan que nous partageons avec Transavia Pays-Bas : « we make low cost feel good ». Nous sommes une compagnie low cost proposant des prix abordables et une qualité de service. Cette qualité de service repose sur plusieurs piliers : notre appartenance au groupe Air France KLM qui est un élément de réassurance pour nos clients, l’engagement de notre personnel naviguant qui est très bien noté dans toutes nos enquêtes de satisfaction, notre service client qui a été élu service client de l’année et notre engagement avec des start-ups innovantes avec qui nous travaillons par exemple sur l’éco-pilotage.

Comment abordez-vous cet été post-pandémie ?

N. S. : Nous sommes ambitieux : nous proposons cet été (en juillet – août) une offre équivalente à celle de 2019 avant la crise. Nous avons pris le parti de diversifier notre réseau en proposant 150 destinations. Nous nous renforçons particulièrement sur trois pays : la Grèce avec 40% d’offres supplémentaires, le Portugal (+15%) et l’Espagne (+60%). Par ailleurs, la réouverture récente des frontières du Maroc est une bonne nouvelle : nous allons proposer 14 routes.

L’impression générale, à commencer par celle du gouvernement français, est que les gens ont un appétit de voyages et de loisirs immense. Vous confirmez ?

N. S. : Tout à fait. Dès l’annonce d’un calendrier de déconfinement fin avril, les ventes ont redémarré. Depuis l’engouement n’a pas cessé, nous sommes, à la mi-juin, sur des rythmes de réservation supérieurs de 30 à 40% à ceux de 2019 à la même époque. Il y a certes un phénomène de rattrapage car les ventes ont démarré plus tardivement mais la tendance est forte. Nous avions constaté ce même désir de voyager et de s’évader l’été dernier ou à Noël.

Comment peut-on rester vigilant sur le plan sanitaire dans ce climat euphorique ?

N. S. : Les mesures sanitaires se poursuivent à bord de nos avions (port du masque chirurgical, filtres HEPA pour la qualité de l’air, comme ceux utilisés dans les blocs opératoires…) De plus, nous informons nos clients des différentes conditions sanitaires (vaccins, tests PCR ou antigéniques…) demandées par les pays que nous desservons.

 

À lire également : Interview Tim Warrillow, co-Fondateur et DG de Fever-Tree >>>