Peu de temps après avoir compris que c’était l’automatisation de la ligne de production de la Tesla Model 3 qui avait causé les retards que l’on sait, Elon Musk a temporairement stoppé la chaîne d’assemblage pour opérer quelques modifications qui devaient permettre de tripler sa production hebdomadaire. Il a également développé un nouvel intérêt pour la rentabilité de l’entreprise, tout en continuant de blâmer ses fournisseurs.

Mardi, dans un long mémo adressé aux employés de Tesla (obtenu par Jalopnik), Elon Musk annonçait que la production allait être stoppée pour une durée de trois à cinq jours dans l’usine de Fremont en Californie, ainsi que dans l’immense usine de fabrication de batteries du Nevada, afin de procéder à « de nombreuses améliorations. Cela devrait nous permettre de passer d’une production de 3 000 à 4 000 Model 3 par semaine le mois prochain ».

C’est donc une production supérieure à celle de 2 000 véhicules par semaine finalement atteinte après près de dix mois de galère. Lorsque la production reprendra, les usines tourneront en continu afin de rattraper le temps perdu. D’autres améliorations seront apportées aux lignes de production à partir de fin mai, pour arriver à une productivité hebdomadaire de 6 000 voitures avant la fin du semestre, toujours selon le mémo. Cette prévision dépasse l’objectif initial de 5 000 Model 3 par semaine avant le mois de juillet. Dans une récente interview diffusée sur CBS, Elon Musk a reconnu avoir trop misé sur l’automatisation de la production, et pas assez sur les compétences d’ouvriers qualifiés. 


Elon Musk
Oui, l’automatisation excessive de Tesla était une erreur. Mon erreur, pour être précis. Les Hommes sont sous-estimés. | Twitter

La Model 3 est devenue le plus gros défi d’Elon Musk. En 2006, il a imaginé cette voiture électrique Tesla pour le marché de masse, qui devait permettre d’augmenter considérablement la portée de l’entreprise, au-delà des quelques Model S ou X que l’on peut croiser dans la rue et qui sont commercialisés à partir de 100 000 $ (80 000 €). Mais, depuis sa sortie en juillet 2017, aucune Model 3 à 35 000 $ (28 000 €) n’est sortie de l’usine. En effet, sont construites en priorité, les Model 3 haut de gamme de 50 000 $ (40 000 €) et plus. On ne sait pas encore exactement quand Tesla s’attaquera aux 500 000 réservations des modèles bas de gamme qui se sont accumulées depuis deux ans.

Après une série de révisions à la baisse de la production de sa Model 3 ces derniers mois, impossible de savoir si le dernier objectif annoncé sera réalisable. En tout cas, certains investisseurs semblent y croire, car l’action Tesla a pris 2,4 points après la clôture du Nasdaq. Ou alors, ils ont été sensibles à la déclaration du PDG, stipulant qu’il est enfin temps de mettre le cap sur la rentabilité de l’entreprise et de réduire les dépenses.

« Tesla est victime de critiques disant qu’une vraie entreprise doit générer des bénéfices c’est-à-dire que les recettes doivent être plus importantes que les dépenses. Or, cette logique n’avait aucun sens pour Tesla tant que nous n’avions pas atteint l’économie d’échelle, et maintenant, nous y sommes », affirmait Elon Musk. L’équipe financière de l’entreprise a reçu l’ordre de couper toutes les dépenses injustifiées, en plus de devoir suspendre toutes les dépenses de plus d’un million de dollars, à moins qu’elles ne soient explicitement approuvées par le PDG.

Un contrôle strict des dépenses est indispensable chez tous les constructeurs et la décision de Tesla intervient au moment même où les inquiétudes grandissaient quant à la dette croissante de l’entreprise, mettant en danger sa santé financière.

Depuis son introduction en bourse en 2010, l’entreprise n’a connu que deux trimestres de rentabilité. Les pertes ont considérablement augmenté en un an à cause de lourds investissements dans les équipements de production et le réseau de stations électriques, des magasins de l’entreprise et des garages, de nouveaux produits comme un semi-remorque électrique, un petit crossover et un roadster, ainsi que l’achat de SolarCity. En Mars, le service d’investissement de Moody’s a modifié la note de la dette de Tesla pour une catégorie spéculative encore plus basse.

Économiser de l’argent, c’est intelligent, et le plaidoyer de Musk pourrait apparaître dans le mémo de futures réunions. Cependant, il semblerait qu’il trouve encore à redire au sujet de ses fournisseurs et sous-traitants : « J’ai été déçu de voir combien d’entreprises étaient liées à Tesla. Bien souvent, on peut comparer ça à des poupées russes de sous-traitants, sous-sous-traitants, etc, avant de finalement tomber sur la personne qui travaille réellement. Cela veut dire qu’il y a beaucoup d’intermédiaires qui augmentent les coûts, mais qui n’ont pas de réelle utilité. Il existe tout un panel de sous-traitants, certains sont irréprochables, et d’autre ne sont pas plus compétents qu’un paresseux enfariné ».

Il est plutôt rare d’entendre un constructeur automobile blâmer ses sous-traitants pour son retard, mais c’est désormais monnaie courante chez Tesla. Et à en croire ce mémo, cela ne changera pas de si tôt.

« Tous nos sous-traitants devraient mettre cette semaine à profit pour montrer l’étendue de leurs capacités. Tous ceux qui ne répondent pas aux critères d’excellence de Tesla seront renvoyés dès lundi ».

Tesla n’a peut-être pas fait de bons choix en ce qui concerne les sous-traitants, mais Elon Musk a présenté une gestion inhabituellement stricte, tout en restant très précis sur les objectifs qu’il se fixe. À en croire ses déclarations publiques et le taux de renouvellement des ingénieurs hautement qualifiés ces dernières années, il est le seul élément constant chez Tesla depuis la mise en production de la Model S à Fremont en 2012.

Si c’est le cas, et qu’il continue de trouver des défauts dans les opérations de Tesla, il faudra peut-être un peu plus que quelques arrêts temporaires, des courtes réunions et des coupes budgétaires pour résoudre tous les problèmes.