85% des métiers qui seront exercés en 2030 n’existent pas encore*. 60% des métiers qui recruteront en 2030 sont encore à inventer**. 65% des élèves qui entrent en maternelle aujourd’hui pratiqueront une activité professionnelle dont leurs parents n’ont encore jamais entendu parler***.

Si l’on en croit ces pourcentages, le monde professionnel de demain, qu’agitent déjà de profondes mutations au sein de l’entreprise, est amené, dès aujourd’hui, à se repenser, à se redéfinir et à se restructurer. Des groupes de métiers entiers disparaîtront pour laisser la place à de nouvelles fonctions ou devront se renouveler pour réinventer toute notre perception et notre expérience du monde du travail.


La tendance n’est pas nouvelle. L’apparition de nouveaux métiers est déjà un fait auquel sont confrontées les entreprises, notamment dans les secteurs soumis à d’incessantes innovations techniques ou servicielles. Il y a encore dix ans, les métiers de « data scientist », de « change manager », de « chief happiness officer », d’« UX/UI designer » ou encore de « community manager » n’existaient pas.

Leur création, leur développement rapide ainsi que l’engouement qu’ils ne finissent plus de susciter et qui a poussé les grandes écoles de commerce ou d’ingénieurs à ouvrir de nombreux cursus digitaux dédiés reflètent la même réalité : celle d’une transformation galopante qui s’appuie sur les nouvelles technologies digitales et l’évolution des usages des clients qui, de consommateurs, se pensent aujourd’hui davantage comme des utilisateurs, avides d’expériences. Dans ces perspectives, rien de surprenant à ce que les compétences et les stratégies de développement d’hier apparaissent comme limitées, voire dépassées !

Et ce n’est pas terminé ! Pour Ginni Rometty, CEO d’IBM, nous n’avons encore rien vu et nous devons nous préparer à entrer dès demain, ainsi qu’elle l’a affirmé lors du salon des nouvelles technologies VivaTech 2018, dans l’ère de l’« exponantial learning », soit l’alliance de l’Intelligence Artificielle et de la Data. Ainsi demain sera-t-il fait de robotisation, d’Intelligence Artificielle couplée à des logiques de Big Data et d’automatisation des process…qui transformeront en profondeur le monde du travail et les métiers qui l’habitent aujourd’hui.

Que nous restera-t-il alors, à nous, êtres humains ? Comment faire de ces mutations majeures des opportunités pour se recentrer sur ce que les questions de productivité et de rentabilité nous avait peut-être fait perdre de vue : la capacité à créer et à innover en s’appuyant sur les émotions et les sentiments humains ?

Le design, pour nous recentrer sur l’humain

Aujourd’hui, en France, les termes de « design » et de « designer » sont encore mal compris et surtout peu considérés comme des axes stratégiques majeurs dans le développement des entreprises. Pourtant, ils sont cette part d’humain que la transformation digitale ne pourra pas remplacer et c’est ainsi que demain, nous serons amenés à tous devenir designers de nos vies personnelles comme professionnelles.

Il s’agira d’adapter la démarche cadrée mais non-préconçue du designer au monde du travail, en favorisant la remise en cause perpétuelle des idées, l’acceptation de l’échec et de l’incertitude comme opportunités de créer et d’innover et en plaçant avec bienveillance et altruisme l’utilisateur final au centre de la réflexion.

Ainsi, quel que soit le secteur ou le métier, nous nous concentrerons davantage sur des tâches résolument humaines, sur notre capacité à offrir des services et des expériences aux autres, sur la possibilité de résoudre des questionnements de façon créative pour apporter de nouvelles solutions à de nouveaux problèmes avec agilité, flexibilité, réactivité et originalité.

Et si les nouveaux métiers qui se créent, intègrent, dès leur conception, le cheminement et les outils du designer, comme c’est déjà le cas pour les entrepreneurs et les start-up, les métiers d’aujourd’hui ont la possibilité de se renouveler et de faire face aux grandes mutations en incorporant dès à présent les logiques du design dans leurs pratiques actuelles et en mettant les évolutions digitales au service de l’humain.

Quelques exemples de professions qui pourraient se réinventer en intégrant le design dans leur quotidien :

  • L’homme politique : en ayant la possibilité de mesurer par la data l’adéquation entre ses propositions et la réalité, en s’appuyant sur des personnes identifiées, en sourçant l’information directement auprès des citoyens dans une démarche collaborative, en imaginant des phases de test de ses idées sur le terrain puis leur instauration ou leur abandon en fonction des résultats, avec le design, l’homme politique peut contribuer à la mise en place d’une démocratie participative et collaborative plus sereine, moins en prise à la contestation car pensée au plus près des attentes et des exigences des citoyens.
  • Le médecin : affranchi des tensions du diagnostic et de ses propres limites techniques – comment ne pas penser à cette Intelligence Artificielle mise au point par une équipe de chercheurs allemands, français et américains, capable de dépister le mélanome ou cancer de la peau avec une efficacité de 95% contre 87% pour une équipe de 58 dermatologues -, en intégrant une démarche de design, le médecin peut davantage se concentrer sur le parcours de santé « beyond the pill » des patients et se questionner sur le bien-être autour de la maladie et du traitement en mettant l’empathie, la bienveillance et l’accompagnement au centre de sa pratique médicale.
  • L’architecte : en acquérant une connaissance plus complète, plus empathique et plus précise des attentes et des exigences des consommateurs grâce à la data, l’architecte peut alors, au-delà des logiques de smart building déjà en cours, créer de nouvelles solutions d’habitat et surtout proposer des expériences de logement inédites et novatrices au plus près des nouveaux modes de vie qui se structurent autour de la digitalisation, pour la planète, pour la ville et pour ses habitants.
  • L’avocat : possédant déjà aujourd’hui de puissants outils de Legal Tech qui lui permettent d’estimer son pourcentage de réussite en fonction de l’axe argumentaire choisi, l’avocat peut intégrer des démarches de design pour repenser la manière dont il s’inscrit dans une équipe dans une perspective plus collaborative. Sa relation avec ses clients peut en être également transformée pour être tournée vers davantage de transversalité, de bienveillance, vers moins d’ascendance. En remettant en cause sans cesse les problématiques, même parmi les plus admises, et en cherchant à les résoudre de façon créative, l’avocat devient un designer de stratégie juridique.

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* Étude parue d’après le rapport de vingt experts du domaine numérique (universitaires et professionnels), invités par Dell et l’«Institut pour le Futur» basé à Palo Alto, réunis lors d’ateliers en mars 2017, afin d’anticiper les nombreux changements à prévoir pour le monde de l’entreprise et du travail, disponible sur : https://www.delltechnologies.com/content/dam/delltechnologies/assets/perspectives/2030/pdf/SR1940_IFTFforDellTechnologies_Human-Machine_070517_readerhigh-res.pdf ** D’après l’étude d’Ernst and Young « Le Révolution des métiers » disponible sur : http://www.ey.com/Publication/vwLUAssets/EY-revolution-des-metiers/$FILE/EY-revolution-des-metiers.pdf *** D’après une infographie intitulée « The career path of the generation Y & Z », publiée le 25 mai 2014 par l’agence canadienne Wagepoint spécialisée dans le conseil aux entreprises et qui informe sur le marché de l’emploi aux USA et les emplois phares en 2030, disponible sur : https://blog.wagepoint.com/all-content/jobs-in-the-future-the-career-path-of-generation-y-z-infographic