La plateforme de vidéos en ligne, désormais dans le giron de Vivendi, va, une nouvelle fois, opérer un virage stratégique, mettant davantage en exergue le contenu premium.

Dailymotion va faire peau neuve. Une assertion faisant résolument office « d’Arlésienne » tant les effets d’annonce autour d’une énième relance de la plateforme arrachée à Orange pour 280 millions d’euros en 2015 n’ont jamais véritablement été suivis d’effet. Potentiel rival de Youtube dans un lointain passé, Dailymotion est désormais pris en étau par la plateforme de Google, véritable vidéothèque ou grenier virtuel, ou encore Facebook dont les avancées en matière de vidéo ont été notables ces derniers mois. Dès lors quel espace pour le Français ? La question mérite d’être posée. Confronté à un véritable exode de ses troupes dans la foulée du rachat de Vivendi – une centaine de personnes ont alors quitté le navire sur les 220 salariés que comptait l’entreprise-, Dailymotion est alors à quelques encablures de l’abîme, ce qui s’apparenterait à un véritable gâchis pour une plateforme fondée « quelques semaines » avant Youtube, comme nous le confiait récemment Didier Rappaport, cofondateur de la société française.


Mais une « nouvelle mue » semble à l’ordre du jour sous la houlette de Maxime Saada, DG du groupe Canal et désormais présidant aux destinées de Dailymotion. Initialement prévue pour avril, cette refonte devrait finalement voir le jour au mois de juin. Et ce « Dailymotion New Look » se veut le chantre du haut de gamme, du premium.  Fini les contenus amateurs. Objectif avoué : mettre un terme à la sempiternelle comparaison avec Youtube. « Nous allons repositionner Dailymotion vers plus de premium, pour mieux le différencier de YouTube », abondait Maxime Saada, aux Echos en début d’année. Et d’esquisser les contours de ce « reboot ». « Les contenus Universal ont vocation à rejoindre la plate-forme, nous serons plus mobiles et l’international reste une priorité. Nous avons, par exemple, ouvert un bureau en Afrique ».

Exit les vidéos amateurs

Un positionnement à haut risque pour Dailymotion qui espère nénamoins se frayer un chemin et jouer sa propre partition dans cette symphonie de propositions en la matière, de Facebook, comme évoqué, à Youtube, en passant par Netflix – où l’un des cofondateurs Olivier Poitret a trouvé « refuge » après le rachat par Vivendi-. Maxime Saada assure plancher sur de nombreux partenariats publicitaires pour mener à bien cette stratégie faisant la part belle au « haut de gamme ».  « Le nouveau Dailymotion » sera, en effet, uniquement financé par la publicité, avec en ligne de mire, les plus de 25 ans.

Et Maxime Saada et ses équipes ont des objectifs très ambitieux en ce qui concerne « l’appli » Dailymotion dont le design ressemblerait à s’y méprendre, selon certaines sources, à celui d’Instagram : intégrer le « Top 10 » des applications les plus téléchargés. En tout cas la « version actuelle » est-déjà- résolument caduque puisqu’elle propose immédiatement de « filmer et mettre en ligne ses propres vidéos », soit à rebours de la nouvelle utilisation promise par les huiles de Dailymotion.

“Vivendi veut tout contrôler”

Le temps presse pour le « pionnier » français de la vidéo en ligne, dont le passage chez Orange -en dépit d’une stagnation au niveau stratégique couplé à des collaborations quasi-inexistantes- est pourtant regretté chez certains salariés. « La moindre petite demande met 15 jours à être validée, contre 2 heures auparavant, explique-t-on chez Dailymotion. Là où Orange avait compris comment fonctionne une start-up et avait laissé la société autonome, Vivendi veut tout contrôler. », témoigne un salarié toujours dans les colonnes des Echos.

Il faudra en effet faire montre de davantage de célérité pour relancer une plateforme aux abois avec « seulement » 300 millions de visiteurs uniques mensuels essentiellement répartis entre l’Europe et l’Asie. Quand 4,3 millions de visiteurs uniques sont recensés…chaque jour sur Youtube en France. La tâche s’annonce rude pour Dailymotion, au risque de sombrer dans l’oubli et dans le grenier de Vivendi à méditer sur son lustre passé