Mardi 26 octobre, la société américaine de biotechnologies Moderna a annoncé avoir conclu un accord pour la vente de 110 millions de doses de son vaccin aux États membres de l’Union africaine. Cette initiative intervient à un moment clef. En effet, les fabricants de vaccins et les pays riches subissent une pression croissante de l’opinion publique pour les inciter à respecter leurs engagements envers les nations plus pauvres, dont les taux de vaccination sont nettement inférieurs.

 

Dans un communiqué de presse publié lundi 25 octobre, la société Moderna a annoncé qu’elle livrerait 15 millions de doses de son vaccin d’ici la fin de l’année et 35 millions de doses supplémentaires d’ici la fin mars 2022.

Moderna a également déclaré travailler sur plusieurs projets pour embouteiller des doses de son vaccin en Afrique à partir de 2023. Par ailleurs, Moderna travaille sur la construction d’une usine de fabrication de vaccins à ARNm sur le continent africain.

La société Moderna s’était déjà engagée à fournir 500 millions de doses de vaccin jusqu’en 2022 au programme Covax, soutenu par l’OMS. Ce programme a été créé afin de garantir un accès équitable aux vaccins, mais il a fait l’objet de critiques pour avoir laissé tomber les nations les plus pauvres.

Un responsable de la Maison-Blanche a déclaré à Forbes que le gouvernement américain allait reporter la livraison d’environ 33 millions de doses du vaccin Moderna entre décembre et février, initialement destinées aux États-Unis, afin que l’Union africaine puisse acheter et recevoir ces doses.

Natalie Quillian, coordinatrice adjointe de la réponse covid-19 de la Maison-Blanche, a déclaré : « Nous sommes ravis d’avoir contribué à négocier cet accord encourageant entre Moderna et l’Union africaine, qui permettra d’élargir considérablement l’accès aux vaccins sur le continent africain à court terme ».

Sur les 1,8 milliard de doses de vaccins covid-19 promises par le G7 et l’Europe aux nations les plus pauvres, seulement 14 % dont été livrées jusqu’à présent, selon un rapport publié la semaine dernière par People’s Vaccine Alliance. Le rapport montre que Moderna n’a livré aucune des doses promises dans le cadre du programme Covax.

L’accord de mardi intervient alors que la société Moderna fait l’objet de critiques croissantes, car elle a refusé de partager la composition de son vaccin ou de transférer sa technologie à des fabricants de pays plus pauvres. Moderna a déjà déclaré ne pas être en mesure de fournir directement et rapidement davantage de doses de son vaccin aux pays pauvres, car sa capacité de production est limitée. En outre, la production actuelle de Moderna est liée aux commandes passées par les États-Unis et l’Union européenne. Un groupe sud-africain appelé Afrigen Biologics and Vaccines tente actuellement de reproduire le vaccin Moderna afin qu’il puisse être fabriqué et distribué sur le continent africain. Les experts ont déclaré que le processus serait beaucoup plus simple si des entreprises comme Moderna ou Pfizer acceptaient simplement de partager leur expertise. Jusqu’à présent, Moderna et les autres fabricants de vaccins n’ont pas partagé leur savoir-faire malgré la pression exercée par l’opinion publique.

Mardi 26 octobre, BioNTech a annoncé son intention de commencer la construction d’un site de fabrication de son vaccin à ARNm au sein de l’Union africaine d’ici la mi-2022. La société a indiqué que la première installation produira environ 50 millions de doses de vaccin ARNm et qu’elle pourrait atteindre une capacité de production annuelle de plusieurs centaines de millions de doses. Dans un premier temps, l’installation sera gérée, détenue et exploitée par BioNTech, qui prévoit de transférer ultérieurement la capacité de production et le savoir-faire à des partenaires locaux.

La semaine dernière, l’agence Reuters a rapporté qu’une initiative soutenue par l’OMS prévoyait de demander un financement de 22,8 milliards de dollars pour fournir des vaccins, des médicaments antiviraux et des tests covid-19 aux nations les plus pauvres. Début octobre, l’OMS a présenté sa nouvelle stratégie de vaccination mondiale. L’objectif de l’OMS est de vacciner 40 % de la population de tous les pays d’ici la fin de l’année et 70 % d’ici la mi-2022. Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a également indiqué que la pénurie de vaccins n’était pas un problème, car à l’heure actuelle, 1,5 milliard de doses de vaccin sont fabriquées chaque mois. « Ce n’est pas un problème d’approvisionnement, c’est un problème de répartition », a-t-il déclaré.

 

Article traduit de Forbes US – Auteur : Siladitya Ray

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