Depuis le début de l’épidémie de coronavirus, une guerre des prix fait rage entre deux géants de la production pétrolière et secoue les marchés du monde entier. Les prix ont chuté de plus de 30 % pour atteindre un niveau jamais vu depuis les années 1990. Mais comment en sommes-nous arrivés là ? Explications.

La semaine dernière, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) a réuni ses 14 pays membres ainsi que la Russie pour envisager une réduction de l’offre pétrolière. En effet, depuis le début de l’épidémie de coronavirus, la demande de pétrole a chuté de manière spectaculaire et les besoins du marché ne sont plus les mêmes. La Russie a refusé de réduire sa production, une décision que certains interprètent comme un projet délibéré visant à faire baisser les prix du pétrole et à gagner des parts de marché.


En réponse à cette situation, la compagnie pétrolière publique saoudienne, Saudi Aramco, a annoncé qu’elle augmenterait sa production à plus de 10 millions de barils par jour en avril, et réduirait ses prix afin de proposer une meilleure offre que la Russie et ses autres concurrents.

Lundi, à l’annonce de l’augmentation de l’offre par les deux pays, les prix du pétrole ont chuté de 20 % (des pertes jamais vues depuis la guerre du Golfe en 1991). Mardi après-midi, les prix ont fait un bond de 8 % afin d’amener la Russie et l’Arabie saoudite à reprendre les négociations. Mais le conflit s’est envenimé ce même jour, puisque la Russie a déclaré qu’elle était disposée à envisager une réduction de son offre, tandis que l’Arabie saoudite a affirmé vouloir augmenter encore sa production, afin d’atteindre un record de 12,3 millions de barils par jour. Le Wall Street Journal assure que la Russie, vexée, serait également prête à augmenter sa production.

Actuellement, le prix d’un baril de pétrole brut WTI est de 33,3 $, alors qu’il y a un an à peine, les prix tournaient autour de 60 $. Dimanche, ils ont même chuté à 28,22 $.  

Pour rappel, les titres des plus grands producteurs de pétrole du monde ont chuté de concert avec les marchés lundi matin, et le coronavirus y est pour quelque chose. L’action BP a chuté de 19,2 % pour atteindre 25,25 $, soit une perte de plus de 20 milliards de dollars en valeur marchande. L’action Royal Dutch Shell a chuté de 15,2 %, à 18,00 dollars par action, soit une perte de 25 milliards de dollars. Mardi, Occidental Petroleum a réduit son dividende de 86 %, passant de 0,79 $ par action à 0,11 $ par action. La société va également réduire ses dépenses d’investissement à hauteur de 1,9 milliard de dollars. La PDG, Vicki Hollub, déclare : « En raison de la forte baisse des prix des matières premières dans le monde, nous prenons des mesures qui renforceront notre bilan et permettront de réduire notre dette ».

Mais alors que les prix s’effondrent, les petits producteurs américains sont sous les feux de la rampe. Ted Hall, vice-président de Kayrros, une start-up qui analyse des données énergétiques, affirme que depuis l’épidémie de coronavirus : « Nous nous concentrons sur la réaction des producteurs américains. Ils devraient être assez réactifs ». Certaines grandes entreprises, comme ExxonMobil, ont des activités diversifiées qui leur permettront de résister à la crise pétrolière, mais les petites sociétés pourraient bien avoir du mal à vendre suffisamment de pétrole pour suivre la concurrence ou même simplement éponger leurs dettes. 

Mardi, le Parlement russe a adopté une loi proposée par le président Vladimir Poutine qui permettrait d’annuler la limitation de la durée de son mandat, afin qu’il puisse se représenter. La Douma a validé l’amendement, permettant ainsi à l’actuel président de se représenter en 2024. Arrivé à son poste en l’an 2000, Vladimir Poutine pourrait donc au total exercer ses fonctions pendant 36 ans.

 

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