Il y a quelques années, le présentateur américain Charlie Rose interviewait la première épouse de Warren Buffett, Susie, et lui demandait ce qui la contrariait lorsque les gens parlaient de son mari. Elle avait alors répondu ne pas supporter que les gens ne voient pas son mari comme un innovateur.

Et c’est vrai. Prenez la réunion annuelle de son fonds d’investissement Berkshire Hathaway. Quelle autre entreprise de la planète organise un week-end des actionnaires ? Aucune. En général, les PDG veulent en finir le plus vite possible avec l’assemblée annuelle des actionnaires, qu’ils informent sans essayer d’instruire.


Le 2 mai, la réunion annuelle 2020 de Berkshire Hathaway, présentée par Warren Buffett et Greg Abel (coprésident exécutif de Berkshire et PDG de Berkshire Hathaway Energy) a été diffusée en live sur Yahoo ! Finance. Pour de nombreux spectateurs, il s’agissait là d’une vision surréaliste : les deux hommes, installés sur la scène de l’auditorium semi-obscur devant 20 000 sièges vides. Le vice-président et co-animateur habituel de la réunion, Charlie Munger, n’était pas présent à cause des restrictions de voyage liées au coronavirus.

La grande idée de cette année a été présentée lors de la réunion d’affaires, et non pendant les cinq heures de questions-réponses. Warren Buffett a en effet évoqué la proposition de Scott Stringer, un actionnaire de Berkshire Hathaway qui est aussi le contrôleur des comptes de la Ville de New York. Ce dernier est en charge des plans de retraite de la ville et détient actuellement 2,5 millions d’actions Berkshire. L’intéressé a ainsi pu bénéficier de temps à l’antenne pour présenter sa proposition, une nouveauté chez Berkshire Hathaway.

Lors de sa déclaration, Scott Stringer a indiqué que le conseil d’administration de Berkshire était composé à 21 % de femmes (soit la représentation moyenne parmi les 1000 entreprises de l’indice Russell). Il a également signalé que la représentation au sein du conseil d’administration et de la direction était diversifiée, avec Ajit Jain, le PDG de Berkshire Insurance, et Ken Chenault, le PDG d’American Express qui vient de prendre sa retraite.

Pourtant, Scott Stringer s’attendait à encore plus de diversité chez Berkshire. Il a ainsi recommandé à la société d’adopter une nouvelle pratique de gouvernance : lors de la recherche de nouveaux directeurs et PDG pour leurs entreprises, Berkshire pourrait selon lui créer une liste de candidats qualifiés, de genre féminin et d’origines ethniques diverses. Mais pourquoi cette mesure est-elle nécessaire ?

Tout d’abord, la recherche montre que la diversité insuffle un vent d’innovation et de résistance dans les cultures d’entreprise. De plus, une étude de la Harvard Business Review de 2016 a montré que « l’inclusion d’au moins une femme ou un membre d’une minorité ethnique parmi les candidats aide à combattre les préjugés inconscients ».

Mais qu’est-ce qu’un préjugé inconscient ? Cette notion se définit comme : « des opinions préconçues non fondées sur la raison ou l’expérience réelle ».

La démarche consistant à créer une liste de candidats qualifiés, de genre féminin et d’origine ethnique diverse, a été mise en place il y a 12 ans en NFL. Appelée « règle Rooney », elle ne dicte pas qui doit être embauché ou non, mais élargit les possibilités. Preuve de son efficacité, depuis que la règle a été adoptée, le nombre d’entraîneurs issus de minorités en NFL est passé de quatre à seize.

En fait, les préjugés inconscients permettent d’expliquer pourquoi Warren Buffett avait donné le coup d’envoi de la Variant Perspectives Value Investing Conference 2019, la toute première conférence d’investissement entièrement féminine. L’investisseur avait reçu de nombreuses invitations ce jour-là, mais avait choisi d’attirer l’attention du monde entier sur le manque de diversité du système d’allocation des capitaux aux États-Unis. En effet, seuls 3 % des fonds de gestion d’investissement américains sont détenus par des gestionnaires féminines ou issus de minorités.

Devant une salle bondée, Warren Buffet avait reconnu que la croissance des fonds de gestion détenus par des femmes était « très en retard ». Alors pourquoi les investisseuses sont-elles si sous-représentées ? La réponse est simple : à cause des préjugés inconscients.

Faisons un exercice : fermez les yeux et imaginez votre conseiller financier idéal. Est-ce un homme ou une femme ? Pour prendre conscience des préjugés inconscients enfouis en chacun de nous, nous vous conseillons ce Ted Talk (en anglais) qui propose un bon aperçu de cette notion peu connue. On y apprend notamment que les êtres humains ne naissent pas avec des préjugés, mais les acquièrent au fil de leur vie.

Mais alors, comment progressons-nous dans le dépassement des préjugés inconscients ? Récemment, lorsque la pandémie de coronavirus a rendu la poignée de main trop risquée, certaines personnes ont adopté la salutation hindoue « namasté ». En pressant leurs paumes de main devant leur cœur et en s’inclinant légèrement, ils choisissent de voir et de respecter ce qui est béni en chacun, au-delà de son apparence. Peut-être un bon début ?

 

Article traduit de Forbes US – Auteure : Laura Rittenhouse

 

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