Hier Petit Poucet, la galaxie NG Travel, davantage connue pour ces deux marques phares, Kappa Club et Club Coralia, se développe tous azimuts à travers un judicieux positionnement dans le tour-operating, le haut de gamme et le sur-mesure. Inciter les clients à faire tomber les barrières des clubs, pour sortir et découvrir l’ADN du pays, tout en éveillant les consciences écologiques, a permis à cet acteur ambitieux de s’imposer dans l’écosystème touristique. Forbes s’est entretenu avec Olivier Kervella, PDG de NG Travel, qui nous parle de sa stratégie payante. Mais aussi de sa philosophie solidaire et locavore.

Quelle est votre stratégie pour imposer NG Travel dans le secteur saturé du tour-operating ?

Notre stratégie est axée sur le développement des clubs. Avec 80 clubs, nous sommes le troisième acteur du secteur en France, juste derrière Club Med et le Groupe TUI. Nous avons innové sur le concept, surtout avec Kappa Club. Nous sommes les premiers à être allés à la rencontre des populations locales et à inciter nos clients à faire tomber les barrières des clubs, pour sortir et découvrir l’ADN du pays. Nous compterons 42 Kappa Club cette année sur le marché français.


Nous innovons certes grâce au concept, mais aussi grâce à la technologie. Nous nous sommes dotés d’un moteur de recherche qui nous permet d’aller rechercher les meilleurs tarifs aériens à la différence des autres TO qui s’engagent sur des stocks aériens à l’avance. Nous scannons les meilleures disponibilités, les meilleurs tarifs et les impactons sur nos sites Internet, nous permettant d’être imbattables sur les prix appliqués. Nous innovons grâce au concept mais aussi à la technologie, ce qui nous permet d’offrir un excellent rapport qualité prix.

Quel bilan tirez-vous de 2019 ? 

2019 a été une excellente année pour le groupe Kappa, avec un chiffre d’affaires en hausse de 25%, corrélé à une forte augmentation du nombre de clubs (Kappa Club et Club Coralia). Nous avions 40 clubs en 2018, 63 en 2019 et 80 en 2020. Nous le constatons chaque jour en sondant les agents de voyage, nos clients et les retours sur nos réseaux sociaux : notre concept plaît de plus en plus.
Au niveau financier, la rentabilité ne cesse de progresser. NG Travel est rentable chaque année depuis 2008. Lors de l’exercice précédent, nous avons par ailleurs réalisé un CA de 270M€ et espérons dépasser les 300M€ en 2020, nous positionnant comme le 4ème tour-opérateur en France.

De nombreux acteurs du tourisme estiment que la banqueroute de Thomas Cook constitue un avant et un après dans votre écosystème. Dans quelle mesure cette faillite pourrait-elle rebattre les cartes ?  

Il y aura clairement un avant et un après “23 septembre”. Le modèle du TO intégré avec sa propre compagnie aérienne et de forts engagements est mort. Auparavant, les tour-opérateurs devaient contrôler les stocks hôteliers et les stocks aériens. Les clients partaient via des modèles très rigides, packagés en 7 nuits, avec le même jour de départ sur des vols charters.

Aujourd’hui, avec notre technologie ‘Airfox’ développée en interne, nous arrivons à identifier de biens meilleurs tarifs et à proposer une flexibilité décuplée, qu’un TO classique comme Thomas Cook ne pouvait pas offrir. Avec notre système, on peut avoir des départs chaque jour de l’année et des durées de séjours variables de 3 jours à 21 jours. Par exemple, un parent peut rejoindre sa famille à n’importe quel moment du séjour, ce qui était strictement impossible auparavant.

Le marché du TO est en pleine disruption, amenée par le développement des technologies. Les premières, dont la nôtre, ont vu le jour il y a 4-5 ans… et de nombreux acteurs développent actuellement leurs propres outils. 

@Olivier Kervella, PDG Fondateur de NG Travel

Kappa Club est devenu cet automne le premier tour-opérateur club labellisé ATR (Agir pour un Tourisme Responsable). A travers un manifeste en 8 points, vous prenez des engagements en matière de compensation carbone, de recyclage, de bien-être animal ou d’économie solidaire… En ces temps où prolifèrent les discours alarmistes, est-il encore possible de faire coexister tourisme de loisirs et respect de l’environnement ? 

C’est notre rôle et notre devoir de prendre ces engagements. Nous avons été, en septembre 2019, le 1er TO club en France à annoncer absorber 100% des émissions carbones de ses salariés et de ses clients d’ici 5 ans. Mais nous ne pouvions nous contenter de cette simple action.
Nous nous sommes également engagés à supprimer l’intégralité du plastique à usage unique au sein de nos hôtels, à y recycler 100% des eaux usagées ou encore à proposer de la nourriture issue de circuits courts. Les clients le demandent, l’époque l’exige et nous devons agir.

Il est tout à fait compatible de gérer les deux. Le tourisme est un excellent moyen de contribuer au développement de l’économie locale. Il est primordial de faire voyager nos clients d’une manière respectueuse, de les inciter à découvrir de nouvelles cultures et à rencontrer les locaux. Le voyage est basé sur le partage, et c’est aussi ce qui construit la société de demain.

Ce procédé permet à nos clients de revenir grandis, enrichis, mais contribue aussi à contribuer à l’économie du pays. Il faut donc repenser le tourisme, le rendre plus responsable, plus à l’écoute des contraintes éthiques et environnementales. En permettant aux clients de sortir du club, nous participons au développement de l’économie locale. Notre concept est d’ailleurs au cœur de cette vision, avec un catalogue de sorties culturelles fourni et élaboré par nos équipes avec l’aide des habitants, sur place. Lorsque nous emmenons nos voyageurs au détour de marchés, à la découverte des artisanats ancestraux, profiter de repas chez l’habitant, de nuits sous les étoiles et même récemment en compagnie de moines bouddhistes, nous renforçons le tissu économique du pays.

Un autre exemple probant est l’association ‘Yagasu’, en Indonésie, avec laquelle nous nous sommes associés pour absorber nos émissions carbone (via Voyageurs du Monde). Le projet de réhabilitation des mangroves, entrepris depuis des années, impacte 20000 personnes et 39 villages, directement concernés par le projet.

Enfin, l’éducation des voyageurs et leur sensibilisation est un élément-clé. Et qui de mieux que les acteurs du tourisme pour s’en charger ? C’est pour cette raison que nous allons lancer notre formation certifiante et dédiée aux agents de voyage (ainsi qu’à nos équipes), en partenariat avec l’ESCAET (Ecole Supérieur de Commerce spécialisée dans le Tourisme) et le label ATR, leur permettant d’avoir une vision globale du tourisme durable et des bonnes pratiques. A destination, nous proposons déjà des sorties pédagogiques dans des centres de préservation, des sorties à la découverte des diverses biosphères (à l’instar de la Somone, au Sénégal)… sans compter l’engouement des enfants pour notre Green Day, sorte de sessions de beach-cleaning organisées avec leurs parents et parfois aux côtés d’associations locales (comme Trash Hero à Krabi). La technologie peut d’ailleurs parfois y jouer son rôle, comme nous allons le prouver en installant des imprimantes 3D permettant de recycler et de transformer le plastique abandonné sur les rivages et les sentiers jouxtant nos Kappa Club.  

Slow tourisme, « flygskam » ou la honte de prendre l’avion, législations contre le surtourisme (Venise, Barcelone, Santorin) :  de nombreux défis se posent à votre profession. Comment répondez-vous à ces nouveaux enjeux ? 

Cette nouvelle philosophie est extrêmement intéressante et enrichissante. Kappa Club s’inscrit dans cette mouvance. Nous faisons en sorte que nos clients voyagent mieux, s’intéressent à la destination dans laquelle ils partent et à leur rythme. Il faut relativiser tout que l’on entend par rapport au flygksam. Car le tourisme reste, encore une fois, le meilleur moyen d’aider la population. De nombreuses destinations en dépendent avec des PNB (produit national brut) parfois liés au secteur de l’ordre de 20 à 30%. Il faut donc se réinventer en permanence. Lorsque nous avons lancé notre premier Kappa Club, en janvier 2013, nous ne pensions pas que cela rencontrerait un tel succès. Ce succès nous force à innover, et c’est une première. 

Depuis 10 ans, grâce à Internet, au big data et à tout ce que peuvent apporter les nouvelles technologies, le tourisme a plus évolué qu’au cours des 6 décennies précédentes. 

Vos projets à moyen terme ? 

En 2020, nous continuerons à accélérer la croissance des Kappa Club et des Club Coralia (avec 44 Kappa Club et 36 Club Coralia) pour nous imposer comme le N°2 du club de vacances/voyage. Nous avons ouvert de nouvelles destinations intéressantes et culturellement aussi riches que variées, comme les Philippines, Abu Dhabi ou le Sénégal en Kappa Club, ou le Cap Vert en Club Coralia. Nous allons aussi continuer le développement de nos Kappa City, notre concept de city-break directement inspiré de Kappa Club et permettant de faire découvrir aux voyageurs la ville comme un local. Nous comptons déjà 6 adresses et bientôt 12 en 2020 avec des ouvertures prévues en Europe et sur des destinations long-courrier.

Evidemment, nous continuerons à aller de l’avant sur nos engagements Kappa Club et poursuivrons nos efforts de sensibilisation auprès de l’ensemble de nos collaborateurs, partenaires et clients. Cela passera notamment par le lancement de notre formation certifiante pour un tourisme durable,  parrainée par l’ATR et ESCAET. Toutes nos équipes passeront par ce centre de formation, et on l’espère de nombreux agents de voyages.