DISPARITION | Chef d’entreprise, ancien dirigeant de l’Olympique de Marseille et de l’équipe cycliste La Vie Claire (plusieurs Tour de France gagnés), ministre, acteur, Bernard Tapie s’est éteint des suites d’un cancer à l’âge de 78 ans. Emmanuel Macron salue « une source d’inspiration pour des générations ». Il sera inhumé à Marseille, la ville où, à jamais, il a ramené la Coupe d’Europe.


Bernard Tapie et, ce n’est pas un cliché, est un homme aux mille vies, qu’il a scénarisées au tournant des années 80, montrant sa réussite économique et sociale, lui pourtant né dans une famille modeste de la banlieue parisienne. Une soif de réussite, de monter sur scène aussi, avec un charisme fou, jusqu’à parfois se brûler les ailes, comme Icare. Adulé ou détesté, marionnetisé dans les Guignols, « Nanard » a traversé près d’un demi-siècle de la vie des Français. Tout a commencé dans les années 60 avec un premier détour par la chanson, mais c’est surtout au tournant des années 80, grâce à ses premières réussites dans le monde des affaires, que les Français vont commencer à vivre avec Bernard Tapie. Une saga hors du commun, avec des succès retentissants mais aussi ses affaires. Un homme resté populaire jusqu’au bout malgré la maladie. 

 

Un patron flamboyant, spécialisé dans le rachat d’entreprises en difficulté

Ainsi, durant les années 80, il rachète Manufrance, le fleuron fragile de la vente par correspondance, les magasins bio La Vie Claire, les balances Terraillon et son concurrent Testut. Cette dernière sera mise en liquidation. Il rachète aussi les piles Wonder.  Sa vraie réussite ce sera l’entreprise Look (fixations de ski) en lançant les pédales de sécurité. Avec une promotion inouïe puisque Bernard Tapie, patron d’une équipe cycliste (La Vie Claire) gagne avec Bernard Hinault le Tour de France.

 

Le sport, c’est donc son affaire. Succès sur les routes du Tour de France, dans les stades, il se lance dans le rachat d’Adidas, « l’affaire de sa vie« , en 1990.
Mais les pertes du groupe allemand se poursuivent et Bernard Tapie revend ses parts à un groupe d’investisseurs, dont le Crédit Lyonnais. S’ensuivra une des plus longues batailles judiciaires entre Bernard Tapie et le Crédit Lyonnais, qui devrait connaître son épilogue dans quelques jours.
Ces dernières années, Bernard Tapie était aussi devenu patron de presse en rachetant le quotidien marseillais La Provence.

 

Bernard Tapie, l’animal politique

C’est depuis Marseille, la ville dont il dirige l’omniprésent Olympique de Marseille, qu’il se lance dans l’arène politique. Son théâtre de jeu est cette fois la Canebière. Couvé par François Mitterrand, le chef de l’Etat voit en lui son côté gouailleur, sachant parler aux classes populaires et rendre coup pour coup au Front National de Jean-Marie Le Pen qui connaît ses premiers succès. La saga politique de Bernard Tapie commence : il sera tour à tour tout élu député des Bouches-du-Rhône, conseiller régional et  député européen. Il sera aussi nommé brièvement ministre de la Ville entre avril et mai 1992.

A l’Assemblée nationale : il sera élu député des Bouches-du-Rhône en 1989.

Ici à la sortie du Conseil des ministres : Bernard Tapie a été ministre de la Ville du gouvernement Bérégovoy (ci-dessous)

 

Lors de son premier duel télévisé face à Jean-Marie Le Pen

 

Bernard Tapie, le gagneur sur les terrains de sport

A l’annonce de son décès, la femme de Bernard Tapie a demandé à ce qu’il soit inhumé à Marseille, et son cercueil sera présenté au Stade Vélodrome. A Marseille, l’homme est le symbole d’une réussite inégalée, celle d’avoir mené l’OM sur le toit de l’Europe un soir de mai 1993, en remportant la Ligue des Champions. L’OM est aussi le début des affaires pour Bernard Tapie, notamment avec le match truqué contre Valenciennes. Il sera condamné pour complicité de corruption et subornation de témoins, l’obligeant à être incarcéré 165 jours.

Présentation de la Coupe d’Europe dans les jardins de l’Elysée,
en présence de François Mitterrand et toute l’équipe de l’OM

Mais avant la folie football, il y avait eu les premiers succès dans le monde cycliste au milieu des années 80. A la tête de l’équipe La Vie Claire (une de ses sociétés), il relance Bernard Hinault et l’Américain Greg LeMond. Victoires sur le Tour de France mais aussi le Giro. La légende Tapie comme patron dynamique et gagneur commence à s’écrire. 

Avec l’Américain Greg LeMond et surtout Bernard Hinault, il s’offre plusieurs Tour de France et sculpte son image de patron champion

 

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