Dans le monde des grandes entreprises cotées, le 30 juin n’est pas un jour comme les autres. Il s’agit en effet de la date limite de réunion des assemblées générales devant se prononcer sur l’approbation des comptes, six mois après la clôture de fin d’année de l’exercice comptable.

 

Si l’on prend le soin d’égrener la liste des émetteurs qui ont attendu cette date ultime – Baccarat, Lagardère, Marie Brizard, SCOR, Solutions 30, Suez – force est de constater à la fois le caractère déterminant de ce rendez-vous pour chacun d’entre eux et l’importance fondamentale de préserver les droits des actionnaires. Pour ceux qui en doutèrent à l’occasion et au bénéfice de l’émergence du huis clos imposé par la pandémie, le 30 juin 2021 rétablit donc quelques vérités et notamment celle-ci : l’assemblée générale assourdit les succès et fait résonner les échecs.
En effet, à mesure que croissent les attentes qui pèsent sur les entreprises, devenues acteur de la Cité – sous la pression de la société dans son ensemble bien plus que des seuls actionnaires activistes – croît l’écho des erreurs de leurs dirigeants, notamment au regard des enjeux sociaux, sociétaux et environnementaux actuels.
Cette élasticité de plus en plus importante entre la gravité d’une situation et la réaction qu’elle suscite, notamment sur le Marché, est pourtant mal connue des entreprises en croissance qui, de levée de fonds en levée de fonds, augmentent leur exposition et se rapprochent d’une introduction en Bourse ou du passage sur le marché réglementé. Il en va de même au moment de l’entrée au capital d’un investisseur institutionnel important, particulièrement dans le cas d’un fonds souverain ou américain.

Dans un contexte aux exigences, à la temporalité et à l’écosystème renouvelés, une gouvernance très incarnée par les fondateurs, tournée principalement vers l’opérationnel et la croissance, peut se révéler être une vulnérabilité majeure.
Il est donc impérieux que ces sociétés préparent leur gouvernance en amont, en renforçant la compétence des membres de leurs organes sociaux et en veillant tout particulièrement aux sujets suivants : équilibre et indépendance des organes décisionnels, relations et dialogue avec les actionnaires, compétence des administrateurs, transmission du pouvoir, circulation de l’information, prévention des conflits d’intérêts, prise en compte sérieuse et sincère de la responsabilité sociale, sociétale et environnementale de l’entreprise.
Or, tous ces sujets ont vocation à converger au moment de l’assemblée générale, dont l’enjeu va bien au-delà de la seule question du vote, et parfois même au mépris de son incompétence juridique. L’appropriation du « say on climate » par l’assemblée générale, laissant penser que ces résolutions relèvent de sa compétence, illustre cette évolution profonde.  

Lieu d’échange, de débat et de confrontation, l’assemblée générale constitue une caisse de résonance majeure. Les entreprises seraient aussi mal inspirées de l’oublier, et pire encore, de tenter de brider leurs actionnaires.
Pour ceux qui seraient tentés de croire que cette évolution ne touche que les entreprises françaises, l’éviction du président de Toshiba lors de l’assemblée générale qui s’est tenue le 25 juin dernier constitue un rappel à l’ordre pour nos économies de marché.
En effet, les actionnaires du géant japonais, mécontents d’une tentative de neutralisation de plusieurs fonds activistes étrangers, notamment le plus grand fonds souverain le Norges Bank Investment Management, lors de l’assemblée générale de 2020, ont voté contre la reconduction du mandat d’Osamu Nagayama. Cette leçon mérite d’être retenue.
Dans un monde où la réputation de l’entreprise et de ses dirigeants prend toujours plus d’importance, où l’exigence de contradictoire devient un nouveau paradigme, mieux vaut faire des actionnaires un actif à part entière de sa réussite, et ce, dès les premiers pas de l’entreprise. 

 

Car ce qui arrive aujourd’hui aux unes arrivera demain aux autres.

 

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