La plateforme de location de logements entre particuliers Airbnb a franchi, ce matin, une nouvelle étape dans la diversification de ses activités en proposant de « réserver une table » dans 700 restaurants au sein de 16 villes aux Etats-Unis. Une « première marche » avant le déploiement du concept à l’international.

L’empire Airbnb continue de tisser sa toile. La start-up, qui n’a même pas encore soufflé sa dixième bougie, a décidé de diversifier ses activités en proposant, via son site ou son application, un nouveau service : en l’occurrence la réservation de restaurants.  Désireux de s’attaquer à ce nouveau marché, Airbnb s’y dirige néanmoins à pas feutrés, en s’appuyant sur Resy, application spécialisée en la matière dont Airbnb est devenu actionnaire minoritaire.  En effet, malgré cette annonce, la prudence reste de mise pour l’état-major du groupe. « Ils (ndlr, Resy) font une interface de restaurants de classe mondiale et nous n’avons pas nécessairement l’intention d’aller dans ce métier », a expliqué à l’AFP Joe Zadeh, vice-président d’Airbnb en charge de l’application multi-services « Trips », lancée en novembre 2016. Une offre qui ressemble à s’y méprendre à des sites de référencement comme Yelp ou le plus célèbre TripAdvisor. Un « parallèle » rapidement battu en brèche par Joe Zadeh. « Nous ne voulons pas mettre tous les restaurants sur notre plateforme, seulement ceux où les voyageurs devraient aller ». Fin de citation.

Une volonté de privilégier la pertinence à défaut du plus grand nombre ? Le postulat semble intéressant mais le modèle économique demeure l’inconnue de cette équation. Preuve en est, Joe Zadeh, évidemment interrogé à ce sujet a préféré botter en touche, ne voulant pas donner de détails, même infimes, aux journalistes à ce sujet. Se définissant comme « une source de bien pour la collectivité », dixit l’état-major d’un groupe désormais valorisé à 31 milliards de dollars, Airbnb espère redorer son blason. En effet, la plateforme s’est récemment attirée les foudres de l’Etat de New York mais également de la ville de Paris désireuse d’encadrer – et de limiter- le nombre de nuitées dans la capitale. Actuellement limité à 120, ce barème reste un peu trop élevé aux yeux de la municipalité qui souhaiterait le voir « largement réduit ». Pour rappel, le « plafond » est fixé à 30 nuitées à New York, 60 à Londres et 30 à Amsterdam.

Encadrement strict

Paris est, en effet, l’une des villes les plus sollicitées sur la plateforme. Ainsi, sur les 400 000 logements « disponibles » dans l’Hexagone, près de 70 000 sont situés à Paris. De quoi faire pester Anne Hidalgo et son équipe municipale. « Dans les quatre premiers arrondissements, un logement sur quatre ne sert plus à loger des Parisiens », a récemment dénoncé Ian Brossat, adjoint au logement de la Mairie de Paris. L’élu communiste a notamment indiqué que 754 000 euros d’amendes avaient été prononcées par la justice depuis janvier pour infraction à la réglementation. 

En outre, concernant l’épineuse question du nombre maximal de nuitées  dans la capitale, Paris en appelle au gouvernement afin que celui-ci offre davantage de latitude aux collectivités, en les autorisant elles-mêmes à fixer le plafond. Mais en l’état, toujours selon Ian Brossat, la mairie n’avance aucune doléance, préconisant au préalable le dialogue avec les élus. En attendant, Paris fourbit ses armes et a déjà pris des mesures, dont la plus emblématique d’entre elles prendra effet à partir du mois de décembre prochain. Ainsi, toute personne désireuse de louer  son logement à Paris en meublé touristique sur une plate-forme numérique type Airbnb devra obligatoirement détenir un numéro d’enregistrement.

Un numéro d’enregistrement obligatoire

« Avec ce numéro d’enregistrement, nous pourrons surveiller le nombre de nuits maximales, toutes plates-formes confondues », a précisé Bruno Julliard, premier adjoint à la mairie de Paris l’été dernier à l’AFP car « chaque logement ne peut avoir qu’un seul numéro d’enregistrement. Il est très difficile aujourd’hui d’évaluer si la loi est respectée », a-t-il dit.  La mairie de Bordeaux a également pris des mesures cet été pour lutter contre ce qu’elle considère être de la concurrence déloyale à l’égard des hôteliers traditionnels.  Ainsi, parmi la dizaine de plates-formes locatives, les statistiques du site Airbnb font état de 6 000 locations sur sa plate-forme fin 2016 à Bordeaux. « La croissance du nombre d’hébergements concernés est exponentielle : +200% entre 2013 et 2014, +100% en 2015 et +100% en 2016 », précisait la mairie de Bordeaux, l’été dernier. L’impérieuse nécessité pour Airbnb de diversifier sa source de revenus – même si la part de son activité de réservation de restaurants devrait rester infime – prend davantage de sens à la lumière de tous ces éléments.