Uber, Yelp, Lyft, et depuis hier Airbnb, les licornes de la Tech annoncent des licenciements par centaines voire milliers de leurs salariés. La crise du coronavirus met en lumière les limites des modèles économiques de ces firmes.

La plateforme de location de logements Airbnb a annoncé mardi 5 mai qu’elle licenciait 25 % de ses effectifs dans le monde en conséquence de la pandémie de coronavirus, qui affecte profondément le secteur du tourisme. Le PDG du groupe, Brian Chesky, a déclaré qu’il se voyait dans l’obligation de congédier 1 900 salariés, soit 25 % des effectifs, qui représentent au total 7 500 personnes à travers le monde. Aux États-Unis, les personnes concernées toucheront 14 semaines de salaire de base, ainsi qu’une semaine supplémentaire pour chaque année passée chez Airbnb, en guise d’indemnités de licenciement. Le PDG de la plateforme, qui a annoncé sa décision sur le site Airbnb, précise : “Nous savons que l’activité de Airbnb finira par se redresser complètement, mais les bouleversements que nous allons subir ne seront ni temporaires ni à court terme. C’est la raison pour laquelle nous devons apporter des changements fondamentaux à Airbnb en réduisant la taille de nos effectifs et en adoptant une stratégie commerciale plus ciblée “.


Airbnb n’est pas la seule licorne de la Tech à avoir dû pousser des salariés à la porte. Uber a déjà licencié 20% de ses effectifs avec 5 000 licenciements. Son principal concurrent, Lyft, a également dû se séparer de 982 travailleurs (17% de ses effectifs). On peut également rajouter à cette liste Yelp (1 000 licenciements, 17% de ses salariés),  Juul, Opendoor et Eventbright. Sur l’ensemble des licenciements intervenus dans l’ensemble des start-up de la Tech, 30% concernent les fonctions commerciales de ces entreprises, et 22% la relation-client, qui sont de loin, les fonctions les plus touchées. 

Des chiffres d’affaire en chute libre

Il faut dire que la conjoncture n’a pas joué en faveur de ces acteurs valorisés à plusieurs milliards de dollars. Les secteurs du tourisme et du logement ont été particulièrement touchés par la pandémie de coronavirus, puisque de nombreux pays ont fermé leurs frontières et recommandent aux citoyens de rester chez eux. D’autres entreprises ont également dû licencier une partie de leur personnel, comme des compagnies aériennes, des aéroports ou encore des établissements hôteliers. Les hôtes Airbnb sont également victimes de la chute de la demande, puisque les réservations sont quasiment réduites à néant. De telle sorte que le chiffre d’affaires de la société en 2020 devrait en effet être au moins deux fois inférieur à celui de l’année 2019. Dans la même veine, le confinement a nuit aux spécialistes des VTC que sont Lyft et Uber. Au début de la crise, Uber a vu l’activité de ses chauffeurs baisser de 60 à 70% dans la seule ville de Seattle. Selon les estimations, le chiffre d’affaires des plate-formes de VTC pourrait chuter de 70 à 80%.

Face à la contraction globale de l’économie mondiale, Juul, qui commercialise des cigarettes électroniques, vient de réaliser un second plan de restructuration, après celui mis en place en octobre dernier et qui avait déjà mis à la porte 650 des 3 000 salariés d’alors. Les ventes en Europe et au Moyen-Orient ont généré environ 107 millions de dollars en 2019, alors que l’objectif était fixé à 600 millions, mettant dans le rouge la firme américaine. 

Des modèles économiques trop fragiles

Ces plans de “restructuration” ajoutent aux licenciements des basculements de stratégies commerciales. À ce jour, Airbnb concentre tous ses efforts sur son activité initiale de location de logements, et met en pause toutes ses prestations annexes, comme le transport ou les activités touristiques. Le groupe a également prévu de réduire ses dépenses pour sa filiale Airbnb Luxe, qui propose des hébergements fastueux.

Le coronavirus met ainsi en relief les limites et les faiblesses de ces entreprises. Uber et les autres ont cherché à atteindre rapidement des positions monopolistiques sur leur marché, en tablant sur une hyper croissance à l’échelle mondiale. Mais face à des marchés européens et américains pas aussi dynamiques que l’ont espéré les firmes, l’accroissement d’échelle de ces firmes ne peut se faire sans de lourdes levées de fonds, qui viennent aussi bien soutenir leur croissance… que compenser les pertes. Face à une économie mondiale frappée de plein fouet par la pandémie du covid-19, les débouchés de ces firmes jeunes et multinationales se réduisent comme peau de chagrin. 

Créée il y a 10 ans, Uber n’a jamais été bénéficiaire sur une année. Au premier trimestre 2019, elle affichait une perte nette de 1 milliard de dollars. Et même plus de 5 milliards juste avant son entrée en bourse. Malgré ses 81 millions d’utilisateurs mensuels, la firme ne trouve toujours pas de quoi arriver à l’équilibre. Quant à Airbnb, fondée en 2008, il a fallu attendre 2018 pour réaliser ses premiers bénéfices, avec un résultat net estimé à 100 millions de dollars. Mais en 2020, en plein confinement mondial, la firme a dû lever 2 milliards de dollars pour espérer rester debout. Reste à savoir jusqu’où ces firmes pourront survivre sous perfusion des fonds d’investissement alors qu’une crise financière d’ampleur inquiète le monde économique…

 

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